Lune l’envers

lune l'envers,blutch,dargaud,fable,science fiction,société,création,artlune l'envers,blutch,dargaud,fable,science fiction,société,création,artScénario et dessin : Blutch

Editeur : Dargaud

date de sortie : janvier 2014

56 pages

genre : chronique de société, science fiction

 

 

 

Cette histoire commence de manière plutôt étrange et déconcertante. Une mère tient à sa fille – Liebling un discours assez pessimiste sur la place de la femme dans la société. Pour tenir le coup face aux difficultés qui l’attendent, elle lui transmet alors son « truc », qu’elle tient elle-même de sa mère : une capsule de cyanure, a n’utiliser qu’en ultime recours…

 

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La vie s’écoule, Liebling grandit et se retrouve sur le marché du travail. L’agence de placement l’envoi chez Eurifice, une curieuse entreprise de « créativité sensorielle », où les gens travaillent sans savoir sur quoi ni pour quoi, en plaçant leurs mains dans des trous …

Pendant ce temps là, chez Média Mondia, l’heure est à la crise. Lantz, dessinateur de BD qui a imaginé le « Nouveau Nouveau Testament », best-seller dont dépend l’économie entière, est en panne d’inspiration. Il est donc débarqué de la série, et il faut vite lui trouver un remplaçant. Le lien entre Media Mondia et Eurifice est fait.

Mais Lantz est de ces auteurs qui ne peuvent s’affranchir des méthodes de travail à l’ancienne, et ne peut se résoudre à signer une œuvre pondue par une armée de tâcherons. N’étant plus animé par la flamme de la créativité, il laissera ses souvenirs envahir son esprit pour retrouver la muse de sa jeunesse, la belle Liebling.

 

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Raconté comme ça, l’histoire parait assez simple. En vérité, il n’en est rien. La lecture est ardue et il faut s’accrocher pour ne pas perdre le fil, pour peu qu’on ait réussit à le trouver ! De plus, comme pour nous perdre encore un peu plus, Blutch s’amuse avec l’unité de temps en faisant se croiser les personnages à différentes époques mais sans que tous les personnages n’aient la même évolution.

Mais dès lors qu’on a accepté de sortir d’un mode de pensée cartésien et que l’on s’est extirpé du tourbillon scénaristique, on finit par comprendre le message de Blutch.

 

Il fait ici une critique acerbe de la société du rendement, de la performance, qui pressurise et rend le travail aliénant. Dans cet univers froid, déshumanisé et quasi totalitaire, il renvoie une image très négative de notre société telle qu’elle pourrait évoluer, ou telle qu’elle est en train d’évoluer. L’être humain n’a plus sa place en tant qu’être humain, mais en tant que machine juste bonne à produire. Et aujourd’hui, une machine qui ne fonctionne plus, on la jette. Avec ces métaphores « fantasmatiques » qu’il a placé dans un contexte qu’il connait, celui de la création artistique, Blutch nous démontre finalement que la résignation et le confort tuent l’Homme à petit feu. En acceptant de passer au second plan et de se sacrifier sur l’autel du rendement et de la production de masse, il se perd, il perd une part de liberté et sa création se perverti. L’auteur propose aussi dans cette fable une réflexion sur le temps qui passe et sur la vieillesse.

Le message est cinglant, mais il se noie un peu dans des circonvolutions scénaristiques alambiquées.

 

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Le dessin épais et charbonneux crée une ambiance froide qui colle bien au propos, mais qui n’aide pas franchement le lecteur à rentrer dans le récit. Par ailleurs, la colorisation partielle des décors et des personnages est déroutante. D’une case sur l’autre, des éléments du dessin se retrouvent en noir et blanc ou changent de couleur. Pourquoi avoir fait ce choix ? Est-ce censé apporter quelque chose à la narration ? Je n’ai pas trouvé la réponse à cette option graphique curieuse et perturbante.

 

Lune l’envers est un album pointu, dont l’approche est vraiment complexe. Il est difficile d’y entrer et d’en décoder les messages, mais curieusement, la lecture reste envoutante. C’est sans doute l’effet « Blutch touch ».

 

Ma note : 6/10

Loubrun

 

Un commentaire sur “Lune l’envers

  1. le dessin n’est pas la partie la plus difficile à appréhender. Mais je conçois qu’il puisse rebuter.

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