INTERVIEW DE NICOLAS PITZ (Les jardins du congo).

Je vous propose aujourd’hui de faire la connaissance de Nicolas Pitz, jeune dessinateur belge, qui se lance dans l’aventure de la bande dessinée avec beaucoup de motivation. Je l’ai rencontré lors du Salon BD de Seraing 2014.

Interview Nicolas Pitz, Les jardins du congo, La boîte à bulles, 08/2013Samba BD : Pouvez-vous vous présenter, nous raconter votre parcours au niveau de la bande dessinée?

Nicolas Pitz : Je suis né à Bruxelles, j’y vis toujours, c’est une ville parfaite pour moi. Grande et belle mais toujours en simplicité, elle me nourrit constamment.

J’ai eu la chance d’étudier la bédé à Saint-Luc.  Mes principaux amis d’aujourd’hui suivaient les cours avec moi. D’ailleurs, je travaille encore avec certains, à l’atelier Mille, à Saint-Gilles, une commune Bruxelloise. Nous sommes six à partager un atelier, Léonie Bischoff, Thomas Gilbert, Jérémie Royer, Hieu Nguyen et Flore Balthazar. Une belle mixité, une belle énergie, qui pousse à la création. 

Samba BD : Dans « les jardin du Congo » vous racontez la vie de Yvon Hardy, votre grand-père maternel, qui a vécu au Congo. Un nombre important de photos de votre grand-père est publié en fin d’album. Quelle est la part de la vérité, quelle est la part du roman dans votre album?

Nicolas Pitz : J’ai essayé de retranscrire, le plus fidèlement possible, l’époque et la vie de mon grand-père. Les témoignages, les photos, les films m’ont beaucoup aidés. C’était important pour moi de rester réaliste, puisque l’objectif, c’était de raconter la colonisation à travers les yeux d’un colon. Je souhaitais parler d’une époque avec un autre regard, celui du « dominant », du blanc. Je voulais mettre scène un « gars lambda », qui presque malgré lui, devient le rouage d’un système destructeur. 

Quand au coté romancé, pour les besoins du récit, j’ai tout de même ajouté un personnage fantastique qui apparaît aux moments sombres de la vie de mon grand-père, une sorte d’incarnation de sa conscience.

Samba BD : Le Congo, qu’est ce que cela représente pour vous ? Quels sont les sentiments qui vous habitent à propos de la vie de votre grand-père au Congo? Que pensez-vous de la problématique du Congo belge?

Nicolas Pitz : Quand je pense au Congo, d’abord, je pense aux couleurs, aux animaux, à laInterview Nicolas Pitz, Les jardins du congo, La boîte à bulles, 08/2013 biodiversité, c’est un truc qui me fascine. 

Quand à la colonisation au Congo, c’est étonnant de constater comme cette époque, les années 50-60 du Congo belge, reste tabou en Belgique. Pour preuve, il n’y a pas d’obligation pour les enseignants d’aborder ce thème en classe, au niveau des programmes scolaires. 

Par ailleurs, on sait qu’aujourd’hui, en Belgique, que la communauté congolaise  est la mieux qualifiée professionnellement mais pourtant elle détient le plus bas taux de mise à l’emploi, parmi les personnes issues de l’immigration. 

Bien sûr, il y a eu l’état indépendant du Congo avec Léopold II, qui a été largement abordé et analysé, mais il y a encore, dans la colonisation du Congo, quelque chose qui n’a pas encore été digéré. 

Samba BD : Vous avez déjà publié un album intitulé « Luluabourg Tome 1 » chez un autre éditeur. Vous reprenez le scénario et vous le développer dans « Les jardins du Congo ». Ce thème est permanent dans vos premiers récits. Pourquoi cette fixation sur ce thème? Avez-vous besoin de faire le tour du sujet pour passer à un autre thème?

Nicolas Pitz : Le cours d’histoire que j’ai eu à l’école sûr le Congo tenait 2 heures. Celui de la révolution française, 40 heures .Il est certain qu’il y a un abcès à percer. J’aime raconter des histoires et je pense que le Congo est un sujet infini. Bien sûr, beaucoup d’autres thèmes m’intéressent, je prépare d’ailleurs actuellement une bande dessinée sur la jeunesse de Marie Curie. 

Samba BD : Peut-on juger une période de l’histoire révolue à la lumière des mentalités actuelles et de l’air du temps présent?

Nicolas Pitz : Juger avec le recul est facile. J’ai évité de juger mon personnage dans les Jardins du Congo. Qu’aurions-nous fait à la place d’Yvon? Il était pauvre, presque sans famille, et « l’exotisme » du Congo s’ouvrait à lui. On peut comprendre son choix de partir. Yvon est un personnage réel. Certes, un peu simple mais je pense qu’il était comme beaucoup d’homme là bas, partant construire quelque chose de nouveau. 

Interview Nicolas Pitz, Les jardins du congo, La boîte à bulles, 08/2013

Samba BD : Votre style graphique est dépouillé, simple voire même « enfantin ». Quelles sont vos sources d’inspiration au niveau graphique? Etes-vous capable de faire de la bande dessinée plus élaborée au niveau du dessin, plus réaliste?

Nicolas Pitz : Oui, oui, pour les Jardins, je voulais un dessin lâché, fluide, simple, comme le personnage. Je ne voulais pas rentrer dans un système de dessin « réaliste ». 

Mes prochains projets le sont beaucoup plus, car les scénarios le demandent. 

Pour l’inspiration, je citerais, bien sûr mes amis de l’atelier, et puis Blutch, Coyote, Brüno. Ça part dans tout les sens !

Samba BD : Vous êtes dessinateur et scénariste. Où votre préférence? Etes-vous un scénariste par défaut ou est-ce pour vous également un vrai plaisir?

Nicolas Pitz : Les deux sont merveilleux. Pour moi, la bédé, c’est d’abord une histoire et ensuite un dessin.

Samba BD : Quelles sont les dernières BDs que vous avez lues? Quelles sont celles qui vous ont plu?

Nicolas Pitz : Je viens de lire « Princesse des Glaces » de « Léonie Bischoff » et d' »Olivier Bocquet », J’ai passé un véritable bon moment. Le dernier « Last man » et « les enquêtes d’Andrew Barrymore » de « Valambois »  le furent aussi. 

Samba BD : Quels sont vos futurs projets ?

Nicolas Pitz : Je travaille actuellement sur une aventure en 3 tomes au Congo et sur la jeunesse de Marie Curie.

 

Interview réalisée par Capitol pour Samba BD. Remerciements à Nicolas Pitz pour sa bienveillante collaboration.

 

Interview Nicolas Pitz, Les jardins du congo, La boîte à bulles, 08/2013

Page de la nouvelle série de Nicolas Pitz intitulée « Brume », une aventure en 3 tomes.

  

LES JARDINS DU CONGO.

Les jardins du Congo, Pitz, Boîte à bulles, 08/2013Les jardins du Congo, Pitz, Boîte à bulles, 08/2013Dessin &- Scénario : Nicolas Pitz

Editions La boîte à bulles

Collection « Hors champ »

Sortie : 01/08/2013

144 pages

Prix conseillé : 21,00 €

ISBN : 9782849531761

Roman graphique, Historique, Congo, Colonisation, 2e guerre mondiale

 

Résumé (de l’éditeur) :   1940, les Allemands envahissent une Belgique neutre, sans véritable défense. Durant l’Occupation, comme de nombreux autres jeunes de Chimay, Yvon veut échapper aux camps de travail : il décide de se cacher dans la forêt. Hélas, les occupants ne quittent pas les lieux. Les semaines passent, puis les mois et les années… Au total, ce sont quatre interminables années qu’il va passer dans les bois à lutter contre la peur, la faim et la folie…Lorsqu’il peut enfin sortir de son refuge, Yvon éprouve un besoin vital de changer d’air pour effacer ses cauchemars et se donner l’occasion de démarrer de plain pied sa vie d’adulte. Il prend donc le premier bateau en partance pour le Congo, la colonie belge si pleine de promesses.

Les jardins du Congo, Pitz, Boîte à bulles, 08/2013

Mon avis : Il y a parfois des rencontres non programmées, improbables, lors d’un salon BD (à Seraing 2014), qui font que je m’intéresse à un album que je n’aurait probablement pas lu en d’autres circonstances. D’abord, Samba BD n’a pas de contact particulier avec « la boîte à bulles ». Ensuite, je suis peu porté en général vers cette production alternative, loin des grands courants des éditeurs bien installés. C’est plutôt un album pour Monsieur William, notre chroniqueur branché « petites maisons alternatives ». Cela n’empêche pas parfois d’y trouver des petites pépites, des premiers albums, des jeunes dessinateurs pleins de talents et avec une foi dans leur (futur) parcours BD pouvant déplacer des montagnes. C’est le cas de Nicolas Pitz qui a son job de professeur pendant la journée et qui fait de la BD une fois son boulot terminé.

Son album, « les jardins du Congo », m’a attiré. Le Congo belge, cela me parle, même si je n’y suis jamais allé. Mais, pendant toute mon enfance, j’ai entendu parler de membres de ma famille, de connaissances proches qui y ont vécu. J’entendais parler surtout de mon oncle Georges, médecin à Kinshasa. Comme Nicolas Pitz attendait le chaland, j’en ai profité pour acheter l’album et le faire dédicacer. La discussion s’est vite engagée fort sympathiquement…

Les jardins du Congo, Pitz, Boîte à bulles, 08/2013

En ouvrant l’album, directement, c’est le graphisme qui saute aux yeux. Ce n’est pas du beau dessin réaliste bien léché mais plutôt un dessin simple, dépouillé avec un style. Un style qui est encore hésitant, avec des imprécisions, et qui doit s’affirmer mais il y a un style intéressant. Ce style me fait un peu penser à un mixte entre Brüno et Kerascoët.

Le scénario est bien construit et s’inspire de la vie d’Yvon Hardy, le grand père maternel de  l’auteur. En fin d’album, 3 pages de photos, intitulées « Souvenirs du Congo », témoignent de la vie au Congo à l’époque de la colonisation belge. L’histoire se divise en trois parties. La première partie parle des années 1940-1945 et de la seconde guerre mondiale à Chimay en Belgique. La deuxième partie est consacrée au Congo. C’est la partie centrale du récit. La troisième partie concerne la décolonisation et le retour en Belgique. Nicolas Pitz nous raconte une histoire de famille qui se mêle à l’histoire de la Belgique, avec ses « non-dits », ses silences, une communication défaillante entre membres de la famille. Au final, Nicolas Pitz se pose des questions sur le comportement de sa famille au Congo, une sorte de culpabilisation est même sous-jacente dans la narration de l’auteur.

Les jardins du Congo, Pitz, Boîte à bulles, 08/2013

J’ai bien aime lire ce type d’album qui raconte la vie d’un « colonial » belge depuis ses origines à Chimay, jusqu’à son retour avec au final une deuxième carrière professionnelle en Belgique, mais toujours avec cette « nostalgie » du bon temps au Congo. Un jeune talent à suivre.

 

Dessin :             6,5/10

Scénario :           7,5/10

Moyenne :           7,0/10

 

Liens vers le site de l’éditeur : ICI.

Liens vers le blog de Nicolas Pitz : ICI.

 

Capitol

 

Les jardins du Congo, Pitz, Boîte à bulles, 08/2013

 

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