Les idées fixes

les idées fixes,piquet,futuropolis les idées fixes,piquet,futuropolis Scénario et dessin : Gabrielle Piquet

Editeur : Futuropolis

96 pages noir et blanc

 

 chronique sociale,

 

 

A chacun ses fantômes

 

Achille et Adrien sont frères. Achille assure le gîte et le couvert à Adrien, car celui-ci a un « esprit de travers, qui lui fait des misères mais aussi lui fait voir les plus belles histoires ». Autrement dit, Il est légèrement cintré. Il entend des voix, il voit les morts notamment ceux perdus en mer. Il parle par énigmes ; c’est parfois poétique mais aussi parfois non dénué de bon sens. Folie pure ou séquelles de deux ans de guerre passés en Algérie ? Nul ne le sait, mais tout le monde l’aime bien car, même s’il adore faire peur aux gosses, il n’est ni méchant ni dangereux. Achille lui, a la tête sur les épaules. Mais cet ancien marin pêcheur ne prend plus la mer depuis 20 ans. Depuis que son bateau, l’Agathe, a disparu avec toute la famille à qui il l’avait prêté. Reviendra ? Reviendra pas ? Adrien le sait lui. Un jour L’Agathe reviendra.

 

les idées fixes,piquet,futuropolisA travers ses thèmes de prédilection que sont la fratrie et les relations humaines, Gabrielle Piquet (Trois fois un , les enfants de l’envie) y aborde le sujet délicat de la folie. Adrien est atteint d’une folie douce qui le fait passer pour l’idiot du village, mais à l’écouter parler, on pourrait tout aussi bien le considérer tantôt comme un poète, tantôt comme un philosophe. Surtout lors de ces longues conversations avec cet enfant qui attend ses parents sur le quai, et qui parle comme un adulte. Qui est le plus fou des deux ? Cet enfant dont l’enfance l’ennui et qui a hâte d’entrer dans le monde des adultes pour accomplir ses rêves de gloire ou bien Adrien qui voyage dans sa tête ? L’attente et l’espérance, les deux thèmes sous-jacent de ce récit, voilà ce qui lie les deux frères.

 

Les idées fixes est un livre atypique à la sensibilité touchante, dans le fond et dans la forme. Le sujet est traité avec beaucoup de délicatesse, tendresse et poésie. Gabrielle Piquet ose y glisser un vers de Victor Hugo ainsi que quelques dialogues en alexandrins qui donnent un rythme musical et léger à la lecture. Mais le côté le plus atypique réside dans le graphisme. Le dessin de style « fil de fer » où les traits se mêlent, se chevauchent, se croisent, se superposent semble de prime abord délicat à appréhender. On a une impression de dessins transparents, sans fond. En feuilletant l’album avant de le lire, j’ai pensé que la lecture serait compliquée. D’autant que les bulles ne sont pas des bulles, mais de simples traits se confondant parfois avec le dessin.

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L’histoire est en fait parfaitement bien construite et écrite et la lecture coule de source, pour peu que l’on arrive à mettre de côté les conventions et les codes traditionnels de la BD.  Ainsi, la lecture ne se déroule pas toujours de gauche à droite, elle peut être sinusoïdale, tourbillonnante, mais curieusement jamais confuse. Jamais je ne me suis perdu dans une page, et jamais je n’ai eu a chercher le bon sens de lecture. Textes et images se mêlent habilement grâce à une écriture simple, une narration claire, le tout accompagné d’un dessin épuré et élégant.

Un beau livre qu’il ne faut pas se contenter de feuilleter, mais sur le quel il faut s’arrêter pour en apprécier la sensibilité et se laisser toucher par des personnages attachants.

 

Ma note : 7/10

Loubrun

 

I FUCKING LOVE PARIS.

I fucking love Paris, Vande Wiele, Moerenhout, Raven, Casterman, 03/2014I fucking love Paris, Vande Wiele, Moerenhout, Raven, Casterman, 03/2014Dessin : Maarten Vande Wiele – Scénario : Erika Raven & Peter Moerenhout

Editions Casterman

Sortie : 05/03/2014

216 pages en noir et blanc

Prix conseillé : 18,00 €

ISBN : 9782203078635

Société, roman graphique,mode, show business,people.

 

Résumé (de l’éditeur) : Obsédée depuis son enfance par la mode et la beauté, mais défigurée par une cicatrice consécutive à un accident de voiture, Hope part pour Paris, seul endroit pense-t-elle où elle peut espérer concrétiser son rêve : devenir top model. Les deux colocataires qu’elle y rencontre nourrissent le même genre d’espoir : Chastity veut à tout prix faire partie des people riches et célèbres, tandis que Faith ne songe qu’à devenir une chanteuse à succès. Mues par une ambition dévorante, les trois jeunes femmes partent chacune en quête de la gloire, ne s’interdisant rien ou presque dès lors qu’elles peuvent parvenir à leurs fins…

I fucking love Paris, Vande Wiele, Moerenhout, Raven, Casterman, 03/2014

Mon avis : Est-ce l’effet du hasard ? J’ai l’impression que la bande dessinée flamande est en train de faire sa révolution. Après « Sugar » de Serge Baeken (chez Dargaud), L’ « Amphoria » de Bob et Bobette (chez Paquet), voici un troisième album d’auteurs flamands qui se font  remarquer chez un autre grand éditeur, à savoir Casterman. Et en plus, ces albums se démarquent complètement de ce que l’on connaît d’habitude. Cela décoiffe grave !

I fucking love Paris, Vande Wiele, Moerenhout, Raven, Casterman, 03/2014

L’album est une petite brique de 216 pages, en noir et blanc, en moyen format (17,6 X 24,8 cm) pour le prix compétitif et officiel de 18,00€. Le dessinateur s’appelle Maarten Vande Wiele et c’est sa première bande dessinée qui est traduite en français. Retenez bien son nom car il fera encore parler de lui dans le futur, j’en prends le pari ! L’album est subdivisé en deux parties. La première est intitulée « I love Paris » (j’aime Paris), scénarisée par Erika Raven et Peter Moerenhout. La seconde partie, plus sombre, s’appelle « I hate Paris » (je déteste Paris), scénarisée uniquement par Peter Moerenhout.

I fucking love Paris, Vande Wiele, Moerenhout, Raven, Casterman, 03/2014

Le lecteur va suivre le parcours de 3 jeunes femmes ambitieuses à Paris qui vont tout faire pour arriver à leurs fins. C’est un portrait au vitriol des milieux de la mode, du show business, des « peoples ». Tous les coups sont permis. C’est cynique, tout à fait amoral, cruel, fait de faux-semblants. La première partie montre l’ascension au faîte de la gloire, la seconde partie va montrer la dégringolade vertigineuse et l’envers du décor, beaucoup moins glamour, sans pitié pour les faibles. Voilà pour la vue globale de l’album. Reste maintenant à analyser l’œuvre par le détail…

I fucking love Paris, Vande Wiele, Moerenhout, Raven, Casterman, 03/2014

Le premier choc en ouvrant l’album est le dessin, le graphisme de Maarten Vande Wiele. Exclusivement en noir et blanc avec des aplats assez noirs, le dessin est très stylisé, y compris dans la représentation des trois héroïnes de l’histoire. Je pense directement au courant de l’ « Atome Stijl », le style « Atome ». Je retrouve une certaine filiation avec Ever Meulen, Serge Clerc, Ted Benoit, cette catégorie de dessinateurs qui ont instantanément une signature graphique, reconnaissable entre toutes, dont les réalisations peuvent se retrouver sans problème en bande dessinée, dans la publicité, l’illustration ou les galeries d’Art. Ce dessin peut sembler simple, épuré mais ne manque pas de qualités indéniables et une force graphique étonnante. Non seulement ce dessin fait passer des émotions mais aussi,  comme une lettre à la poste, les pires des choses, la perversion, la déglingue des milieux branchés de Paris. Vande Wiele ne nous épargne rien, même pas les « partouzes » en tous genres. D’où ce contraste entre un dessin limite enfantin,  et des scènes plutôt scabreuses. Ce livre est sans conteste destiné aux adultes et pourrait choquer les âmes prudes. Les auteurs vont jusqu’au bout de la logique de leur scénario et ne nous cachent rien. Quelle est la part de la réalité, quelle est la part de la fiction ? Chacun se fera son idée à ce sujet mais cela semble bien documenté.

I fucking love Paris, Vande Wiele, Moerenhout, Raven, Casterman, 03/2014

Deuxième point à souligner sur le plan graphique et non des moindres, est que tout au long de l’album, le dessinateur s’est ingénié à vêtir des héroïnes de vrais vêtements de créateurs connus. A chaque fois, en dessous des cases, le lecteur peut connaître les références vestimentaires des personnages dessinés telles que Versace, Gucci, Dolce et Gabbana, Chanel,…Cela représente un énorme travail de documentation sur la mode. Cet aspect du travail graphique est vraiment impressionnant.

I fucking love Paris, Vande Wiele, Moerenhout, Raven, Casterman, 03/2014

Au niveau du scénario, La question des sources, de la documentation, de la part de vérité et de création littéraire se pose. L’histoire et le décor tiennent la route. C’est comme si on lisait la presse people et trash. Mais je me pose surtout la question de savoir pourquoi il a fallu attendre que des auteurs néerlandophones s’emparent du sujet pour que cet album voit le jour. Avec ce sujet sur la mode, on aurait plutôt attendu le travail d’auteurs français (sujet trop franco-français ?). Je sais que l’école de mode d’Anvers est maintenant reconnue à Paris mais cela n’explique pas tout, d’autant plus que Maarten Vande Wiele ne parle pas le français (son éditeur propose des interviews en anglais!).

I fucking love Paris, Vande Wiele, Moerenhout, Raven, Casterman, 03/2014

Ce n’est donc pas les questions qui manquent à propos de cet album inclassable. J’ai bien apprécié l’album tant au point de vue graphique que du scénario. Une bonne surprise de plus pour ce début d’année. Réservés aux lecteurs avertis, aux amateurs de graphisme particulier et de la mode.

 

Dessin :             9,0/10

Scénario :          7,0/10

Mode :             10,0/10

Moyenne :           8,0/10

 

Liens vers le site de l’éditeur : ICI.

 

Capitol

 

I fucking love Paris, Vande Wiele, Moerenhout, Raven, Casterman, 03/2014

 

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