d’après Mary Shelley
Scénario et dessin : David SALA
Editeur : CASTERMAN
Sortie le 15 avril 2026
220 pages
Genre : BD et littérature classique
En adaptant l’œuvre de Mary Shelley, David Sala ne se contente pas de lui donner une sublime interprétation graphique. S’il a choisi ce roman parmi tout ce que compte de chefs-d’œuvre la littérature, c’est qu’il y trouve une résonance particulière avec des thématiques qui lui sont chères : l’acceptation de la différence, la peur de l’inconnu, les violences faites aux minorités, la vindicte populaire… autant de sujets déjà abordés dans ses précédents albums, qu’il met ici en exergue pour faire de ce Frankenstein son album sans doute le plus personnel. Frankenstein est une œuvre terriblement moderne, qui fait directement écho aux grands défis actuels de nos sociétés.
David Sala opère une véritable réinterprétation visuelle, où la puissance graphique entre en dialogue avec la profondeur tragique du récit gothique original. L’auteur revisite le mythe avec une sensibilité artistique qui relève de l’expérience esthétique immersive. Dès la couverture et les premières pages, le lecteur est frappé par un dessin à caractère pictural. David Sala déploie un style ornementé, inspiré par l’illustration symboliste, l’Art nouveau, la sécession viennoise. Chaque case semble travaillée comme une peinture. Les couleurs, sombres et saturées, oscillent entre des teintes froides et des éclats lumineux. Dans certaines scènes, plus expressionnistes, la couleur se fracture en éclats violents lors des moments de rage ou de souffrance.

Sala fait le choix d’une adaptation narrative fidèle, mais elliptique, vu le format BD. Il adopte une posture davantage de peintre que de dessinateur de bande dessinée. Son Frankenstein dialogue autant avec l’histoire de l’art qu’avec la littérature gothique Les paysages, grandioses et tourmentés reflètent les états d’âme des personnages. Montagnes, forêts et tempêtes participent à la dramaturgie, fidèle ainsi à une tradition romantique.
La densité graphique peut séduire les amateurs d’expérimentations visuelles, mais dérouter ceux qui attendent une narration plus classique. Le Frankenstein de David Sala est à la croisée de la bande dessinée et du livre d’art. L’émotion passe autant par les images que par les mots. C’est une adaptation ambitieuse, qui s’adresse à un public sensible à la dimension esthétique du médium et qui tend à confirmer le potentiel de la bande dessinée comme forme d’expression artistique à part entière.
![]() | ![]() | ![]() |
SKIPPY




Chacun ses goûts mais en ce qui me concerne je ne conçois pas un récit aussi noir que Frankenstein avec ce type d’illustration et ces couleurs pastel….