
Dessin & scénario: Jacques Tardi
Editions Casterman
Collection : Univers d’auteur
Sortie : 21/11/2012
188 pages
Prix conseillé : 25,00 €
ISBN : 9782203048980
Histoire, 2e guerre mondiale, biographie romancée.
Résumé (de l’éditeur): « Nous nous étions battus, mon mécano et moi. Nous avions reçu l’ordre de détruire l’ennemi. Nous avions obéi…Oui, nous nous étions battus, et ce 22 mai 1940, un mercredi, douze jours après l’offensive, au petit matin, à l’orée d’un bois, nous venions d’être faits aux pattes. C’était à Mons-en-Chaussée, près de Péronne, dans la somme. Mon père avait été blessé dans ce coin, vingt cinq ans plus tôt. Moi, j’avais vingt-cinq ans et je venais de recevoir comme un coup de massue derrière la tête. »
Mon avis : Il s’agit probablement de l’album marquant de cette fin d’année 2012. La sortie d’un Tardi est toujours un événement. Mais en plus, il s’attaque à la seconde guerre mondiale et plus particulièrement à l’histoire de son père René Tardi, sur base de carnets qu’il a rédigés. Fini la guerre 14-18 de son grand-père, il nous parle maintenant de son père, pilote de char dans l’armée française et surtout prisonnier au stalag 2B. Il s’agit du premier tome qui comporte 188 pages, un album volumineux mais qui vaut vraiment la peine d’être lu.
En plus, Tardi met beaucoup de lui-même dans ce nouveau projet qui devrait durer plusieurs tomes. C’est lui qui a poussé son père à raconter son histoire de façon chronologique et par le détail. Mais pris par le travail, d’autres projets, il le laisse de côté. Son père René Tardi décède en 1986. Vient enfin le moment, il y a peu de temps, où Jacques Tardi reprend en main le projet. Il se rend compte alors qu’il aurait pu poser beaucoup de questions à son père qui n’auront jamais de réponse. Pourquoi a-t-il occulté certains faits et mis en lumière d’autres? Jacques Tardi va essayer de compléter le récit par des recherches documentaires mais on sent que Tardi a des remords. Il a l’impression d’avoir raté en quelque sorte un rendez-vous avec son père par pudeur, manque de communication, à cause du non-dit, des silences qu’on n’ose interrompre.
Elément supplémentaire, Tardi se met en scène dans la narration. Il se tient presque en permanence près de son père, au sein de l’action, et lui pose les questions qu’il aurait probablement eu envie de lui poser. L’auteur essaye d’y répondre par un dialogue fictif mais plausible. Ce qui est encore plus troublant, c’est qu’à l’époque Jacques Tardi n’est pas encore né mais qu’il se représente comme un jeune garçon d’une dizaine d’année. Le lecteur retrouve donc le jeune garçon qui doit encore apprendre de la vie mais qui pose des questions dérangeantes à son père. René Tardi, avec son expérience et ses rancoeurs, n’a pas toujours envie de répondre. Tardi fait une psychanalyse de lui-même. Je suis persuadé que cet album fera l’objet de commentaires de psychanalystes, de psychologues et qu’ils trouveront beaucoup à redire. Mais, j’estime que la démarche est remarquable et demande beaucoup d’introspection. Cet album lui servira aussi dans sa recherche personnelle, son trajet de vie. Tardi nous parle d’un sujet important dans la vie de chacun, c’est la relation père-fils. Elle oriente souvent toute une vie.
L’histoire en elle-même raconte dans ce premier tome l’avant-guerre, les préparatifs puis la campagne désastreuse de mai 1940, la détention dans le Stalag 2B. Le tome se termine sur le départ du camp à l’instigation des Allemands devant l’avancée des troupes russes.
Le dessin de Tardi est égal à lui-même. Il emploie beaucoup de grandes cases. Le rythme est de trois cases par planches qui donne une impression de linéarité mais permet aussi à l’auteur de soigner les détails. Il n’est pas toujours évident de raconter une détention, qui reste dans un endroit clos et donc restreint.
Les enfants de Tardi se sont aussi impliqués dans le projet. Sa fille Rachel s’est occupée de la mise en couleur et son fils Oscar de la recherche de documentations, de photos. Pour les couleurs, Tardi a voulu éviter le noir et blanc sans tomber dans la couleur classique, d’où une gamme de couleurs grises. Je comprends tout à fait la démarche. Je pense que l’emploi de la couleur est important mais tout a fait homéopathique. Quand je lis que l’album a eu le Prix de la mise en couleurs au Festival de Solliès-Ville en 2012, je me dis que soit les organisateurs ont voulu rendre hommage à un grand auteur qui s’est donné la peine de se déplacer au festival, soit on frise le ridicule car ce travail de la couleur ne vaut pas un prix, même si la démarche est minimaliste, réfléchie et assumée.
En conclusion, cet épais album est réellement un des meilleurs albums de Tardi tant au niveau du scénario, du dessin que de l’investissement personnel. La lecture demande du temps, une certaine implication, une attention soutenue. Mais le témoignage est beau et passionnera tous les amateurs d’histoire et de la seconde guerre mondiale. Incontournable !
Graphisme : 8,0/10
Scénario : 9,0/10
Moyenne : 8,5/10
Capitol.
Lien vers la page internet de l’album (casterman): ICI.








Capitol tu viens de me convaincre d’achater cette BD. C’est mon banquier est Mme qui te disent meric lol
Mes sincères condoléances à ton banquier…:-)
Elle est chère mais proportionnellement, il y a de quoi lire…
Je vais attendre de la trouver en occasion
Presque entièrement d’accord avec la chronqiue de Capitol sauf que le style assez narratif de l’ensemble coupe un peu les émotions mais bravo pour le sujet très rarement abordé.
Qu’on me l’offre ou non à Noël, c’est sûr, cette BD finira dans mes rayonnages. Sinon, je n’aurai pas osé parler de couleurs sur cet album.