Interview de CHANOUGA (Narcisse – tome 1/3 : Mémoires d’outre-monde)

Rencontre avec Chanouga, l’auteur de Narcisse, la nouvelle série maritime aux Editions Paquet, qui comptera trois tomes.

3288435829-4De temps en temps, on fait des découvertes…Chanouga (de son vrai nom Hubert Campigli) est la dernière en date. Il est né à Marseille en 1964 et y vit toujours. Avec lui, la mer n’est jamais très loin ! Après un premier album très remarqué (« De Profundis » sorti chez Paquet), il récidive avec une nouvelle série en trois tomes appelée « Narcisse », peut-être la série de sa vie…Il inaugure par la même occasion une nouvelle collection chez Paquet intitulée « Cabestan » et dédiée à l’univers de la mer. J’ai voulu en savoir plus sur cet auteur et j’ai décidé de vous faire partager mon enthousiasme pour l’univers de Chanouga, un auteur dont on reparlera probablement encore souvent…

Samba BD : Quel est votre parcours au niveau de la bande dessinée ? Est-ce votre unique activité professionnelle ?

Chanouga : Comme beaucoup d’auteurs, mon parcours est atypique… Très tôt, comme une évidence, la bande dessinée a fait partie de ma culture au même titre que la littérature, c’est certainement l’une des raisons qui m’ont poussées à entrer aux Beaux-Arts, où hélas, la bande dessinée était bien loin d’être considérée comme le 9ème art. Cinq ans plus tard, j’ai commencé une activité de graphiste, illustrateur dans la com.… j’ai mis de côté mes rêves de BD. Puis, il y a quelques années, j’y suis revenu par le biais du blog BD ; les retours très positifs de mes premiers lecteurs m’ont encouragé… En 2009, j’ai rencontré Tony Sandoval, dont j’adore le travail, puis Pierre Paquet… j’ai signé mon premier album

Samba BD : Vous avez déjà sorti l’album « De profundis » qui a obtenu un beau succès. Maintenant, vous inaugurez la collection « Cabestan » dédiée à l’univers maritime. Quels sont vos sentiments à propos de votre parcours chez l’éditeur Paquet ?

Chanouga : Tout d’abord, je suis très reconnaissant à Pierre Paquet de m’avoir offertalbum-chanouga-thumb l’opportunité de sortir ce premier album, pas forcément très facile, mais auquel je tenais beaucoup. J’avais, déjà à cette époque, l’idée d’adapter la singulière histoire de Narcisse Pelletier en bande dessinée, mais je ne me sentais pas prêt à aborder une histoire aussi complexe. Après la sortie de « De Profundis », j’ai finalement proposé le projet à Pierre Paquet qui l’a immédiatement accepté… Une histoire où la mer occupe une place essentielle, il y a vu, à juste titre, l’occasion de lancer une nouvelle collection autour de ce thème.

Samba BD : « De profundis » et « Narcisse », même s’il ne s’agit pas du même type de récit, tournent tous les deux autour des bateaux. Avez-vous une expérience pratique des bateaux, que ce soit à voile ou à moteur ? Dans l’affirmative, pouvez-vous m’en parler ? Quels sont vos « spots » favoris ? Quel type de navigateur êtes-vous (plaisancier, pêcheur du dimanche, régateur, caboteur, explorateur,…ou marin d’eau douce) ?

Chanouga : L’Univers maritime est mon univers, je suis né au bord de l’eau, dans un grand port méditerranéen, Marseille. Depuis toujours, la mer est au centre de mes passions. Outre la voile, le bateau moteur, j’ai pratiqué pendant très longtemps la plongée sous-marine de manière intensive, avec une prédilection pour l’exploration d’épaves de navires, ultimes traces de drames de mer qui gardent parfois encore tous leurs mystères. Aujourd’hui, j’ai mis un frein à tout ça, la bande dessinée prend énormément de place (et de temps) dans ma vie, mais il me serait impossible de vivre loin de la mer, entre nous, c’est définitivement une relation fusionnelle. J’ai un besoin vital de respirer l’air maritime qu’il soit breton, grec ou marseillais… Aussi, logiquement, je suis addict aux récits maritimes : de Joseph Conrad à Stevenson en passant par Melville, London, Vercel,… Longtemps j’ai regretté de ne pas être né un siècle plus tôt, connaître l’époque des grands voiliers en partance vers des destinations aux noms exotiques pour parfois plusieurs années… tout comme Narcisse !

chanouga162-thumb

Samba BD : Vous arrive-t-il souvent de faire des découvertes « coup de foudre » sur les brocantes comme ce fut le cas pour « Narcisse ». Avez-vous d’autres histoires ou personnages en réserve ou qui vous « trottent » dans la tête ?

Chanouga : Je crois qu’il n’y a jamais de rencontre fortuite, on trouve toujours ce que l’on cherche… Narcisse c’était l’histoire dont j’avais toujours rêvé, et qui plus est, une histoire vécue… Pour la suite j’aimerai adapter une nouvelle de Stevenson ou  Conrad, mais avant tout, il y a encore 2 tomes en chantier !

Samba BD : Pour votre scénario de « Narcisse » avez-vous rempli beaucoup de blanc ou la trame générale du scénario était-elle déjà bien développée sur base de vos recherches documentaires ? Ces recherches vous ont-elles pris beaucoup de temps ?

837530251Chanouga : Depuis 2007, je collecte les quelques documents relatifs à la vie de Narcisse, le résultat étant, qu’au-delà du fait divers, on ne sait que très peu de choses de sa vie. D’origine modeste, fils d’un Bottier de Saint-Gilles sur Vie en Vendée il n’était certainement pas destiné aux métiers de la mer. J’ai imaginé qu’il pouvait s’agir d’un choix personnel, une vocation. À cette époque la vie de mousse était extrêmement dure, faite de corvées, de brimades parfois de sévices physiques… Je l’ai imaginé déterminé, même obstiné, prêt à subir le pire pour réaliser son rêve : devenir marin. Son seul témoignage direct est rapporté dans un rare petit livre intitulé : « Dix-sept ans chez les sauvages, aventures de Narcisse Pelletier » ; une lecture émouvante dont on ressort frustré, où l’on ne trouve que très peu de choses sur « l’avant le naufrage » et dont les dix-sept années de sa vie « sauvage » (Le sujet du deuxième tome !) sont évoquées comme une étude ethnographique avant l’heure dans laquelle il est très avare de détails sur sa vie personnelle, mais où il affirme avoir été délibérément abandonné par son capitaine. Outre les quelques articles de presse, au contenu succinct, publiés après le naufrage et dix-sept ans plus tard, lors de sa découverte, une pièce essentielle dans ce puzzle, est un article de 1861 issu de la revue « Le Tour du Monde » qui rapporte le témoignage  de son capitaine sur les circonstances du drame, dans laquelle il se dédouane de toute faute… Une version bien différente de celle de son mousse. J’ai pris le parti du plus faible ! Ce gamin, dont la disparition n’a certainement ému personne d’autre que ses parents et dont la parole ne pouvait faire le poids face à celle d’un capitaine ; celui que l’on aurait bien aimé, après son retour exhiber dans les zoos humains… comme le blanc qui a vécu parmi les sauvages cannibales d’un terre exotique… La question étant qui était le sauvage de qui ? (dont la résonance est encore très contemporaine !)

1760689200

Samba BD : Vous êtes à la fois dessinateur, scénariste et coloriste. Avez-vous une préférence pour un de ces postes ou tout vous passionne ?

Chanouga : L’écriture du scénario, l’élaboration du découpage sont des phases qui me demandent beaucoup d’énergie, ce ne sont pas forcément des moments de plénitude mais c’est une phase du travail passionnante. Quand au dessin, et la mise en couleur, c’est l’heure de la récré !

Samba BD : J’ai été agréablement surpris par votre graphisme. J’ai l’impression que vous avez progressé depuis « De profundis ».Comment jugez-vous votre travail ? Comptez-vous le faire évoluer au fil des tomes ?

Chanouga : C’est difficile d’avoir du recul sur son propre travail, donc merci beaucoup ! J’ai abordé cette histoire avec l’idée d’avoir une approche graphique un peu plus réaliste que « De Profundis », mais au-delà de ça, j’espère bien ne pas avoir de style « figé » et me nourrir de ce que j’ai fait avant pour faire évoluer mon dessin… J’imagine peut-être donner aux tomes suivants des harmonies colorées qui leur seront propres.

Samba BD : Quelle est votre technique de colorisation ?

Chanouga : C’est du numérique, mais j’essaie d’en éviter les écueils… qui donnent souvent des résultats très froids et stéréotypés…

plancheok-thumb

Samba BD : Quels sont votre rythme de travail et votre façon de travailler ? Quand peut-on attendre la sortie du tome 2 ? Avez-vous d’autres projets en cours au niveau de la bande dessinée ?

Chanouga : La bande dessinée n’est pas ma seule activité, je la partage avec mon métier de graphiste illustrateur, je dois donc composer… difficile dans ces conditions de courir plusieurs lièvres à la fois. La sortie du tome 2 n’est pas encore programmée mais J’ai déjà pas mal avancé sur son découpage, je vais m’efforcer de ne pas faire trop attendre mes lecteurs !

Samba BD : Quel est votre environnement de travail ? Votre table de travail est-elle bien rangée ou est-elle un « heureux foutoir » ? Votre ambiance de travail, est-ce musique (lesquels ?) ou silence ? Ou bien les deux en fonction du travail ou de l’humeur ?

Chanouga : J’ai la chance d’avoir un atelier chez moi dans lequel je peux généreusement « m’étaler » avec vue sur les arbres, mais je range mon foutoir dès que je ne retrouve plus mes crayons ! Je travaille en écoutant de la musique en boucle, souvent de manière répétitive, en ce moment, c’est Nick Cave, Arctic Monkeys, Dead Can Dance et toujours Johnny Cash, Patti Smith, David Bowie, Portishead et… Joe strummer.

atelier-thumb-3

Samba BD : Quels sont vos maîtres, vos sources d’inspiration dans votre travail ?

Chanouga : Mes sources d’inspiration sont multiples et éclectiques, mais au-delà des influences j’adore lorsqu’un artiste, une œuvre me donne le désir de prendre mon crayon… de David Lynch à Wong Kar-Wai, Hokusai, en passant par Le Titien, Kiki Smith… tout en regardant la mer bien sûr ! J’aime tisser des liens entre des domaines, des choses qui ne sont pas naturellement associables. Ceci dit, je suis un admirateur inconditionnel de Lorenzo Mattotti, Gipi et Jorge Gonzalez…

portrait-thumb

Samba BD : Quels sont vos derniers coups de cœur au niveau de vos lectures (littérature, bande dessinée), musiques, films,… ?

images-thumb-19Chanouga : Ces dernier mois, J’ai vraiment adoré « Unastoria » le dernier album de Gipi… jubilé en regardant la mini série de Jane Campion (Top of the lake)…  découvert la discrète et élégante Agnès Obel… frissonné en lisant « le diable, tout le temps » de Donald Ray Pollock, et suis impatient que David Lynch revienne au cinéma !

 

 

Interview réalisée par Capitol pour Samba BD.

Merci à Chanouga pour sa disponibilité et sa collaboration efficace.

 

Nos liens pour approfondir l’univers artistique de Chanouga :

Lien vers la chronique de Narcisse tome 1/3 : ICI
Lien vers le site des éditions Paquet : ICI
Lien vers le blog de Chanouga : ICI
Lien vers la page Facebook de Chanouga : ICI

3 commentaires sur “Interview de CHANOUGA (Narcisse – tome 1/3 : Mémoires d’outre-monde)

  1. une interview qui donne envie d’en savoir plus sur ce fameux Narcisse.
    Merci à Marc et Chanouga pour ses éclairages.

    J'aime

Les commentaires sont fermés.

Créez un site ou un blog sur WordPress.com

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :