Le sculpteur

le sculpteur,scott mccloud,rue de sèvres,art,chronique sociale,fantastique,910,042015le sculpteur,scott mccloud,rue de sèvres,art,chronique sociale,fantastique,910,042015Auteur : Scott Mc Cloud

Éditeur : Rue de Sèvres

485 pages

date de sortie : mars 2015

genre : fantastique

 

 

 

« Nos jours à tous sont comptés »

 

David Smith est un jeune artiste en mal d’inspiration. Il a pourtant tutoyé la gloire suite à une rencontre avec un très riche mécène. Malheureusement, il n’a pas eu les épaules assez larges pour supporter cette notoriété trop rapide et n’a donc pas obtenu la reconnaissance escomptée. La collaboration avec le riche et malhonnête mécène a alors capoté, et il se retrouve sans un sou en poche.

Résigné, il boit ses derniers dollars dans un bar lorsque vient à sa rencontre son grand oncle Harry a qui il se confie. Il lui avoue être prêt à donner sa vie pour être enfin reconnu en tant qu’artiste. Son « oncle » lui propose alors un pacte : il pourra sculpter à mains nues tout ce qu’il souhaite, mais ce sera au prix de sa vie, dans 200 jours. Il accepte sans sourciller ce pacte diabolique, et prendra conscience de l’étendue de son pouvoir dès le lendemain, alors que le compte à rebours est lancé. Le grain de sable surviendra au bout de 11 jours en la personne de Meg, dont il tombe éperdument amoureux.

Comment va-t-il gérer ces deux passions exaltantes et dévorantes ? Alors que le temps lui est compté pour maitriser son nouveau don, il joue avec la matière et crée des œuvres aussi époustouflantes qu’invraisemblables. Mais son travail fait peur et le manque de cohérence entres les différentes pièces l’empêche de rentrer dans les indispensables galeries d’art. Il est néanmoins déterminé, et son amour grandissant pour Meg ne va pas faciliter les choses.

 

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Après avoir publié l’art invisible – un essai en bande dessinée sur la bande dessinée – Scott McCloud est considéré comme un des grands théoriciens de la bande dessinée. Le titre parait un brin pompeux, mais McCloud est aussi un vrai artiste et auteur de BD, même si sa production « papier » est assez limitée. Adepte de la bande dessinée expérimentale, il crée dès 1998 des webcomics, visibles sur son site internet, dans des formats aussi divers que variés.

 

Le sculpteur est à ce titre une BD des plus classiques … de 485 pages. Si une telle pagination vous fait peur, je vais vous rassurer tout de suite : Scott McCloud a un sens inné de la narration et quelques pages seulement suffisent à kidnapper le lecteur. Jamais l’on ne s’ennuie dans cette lecture car même les deux ou trois passages un peu long sont au service de la narration. Alors même que le dénouement est censé être connu dès le départ, McCloud réussit à créer un suspense, et à le maintenir sur les 485 pages. Le lecteur doute sans cesse sur cette issue fatale vers laquelle se précipite David et l’on se surprend à croire, espérer, imaginer une autre fin.

C’est volumineux mais la lecture reste très fluide et le nombre de pages sert vraiment l’histoire. L’auteur prend le temps de mettre en scène les effets qu’il souhaite sans avoir recours à une surabondance d’ellipses comme c’est souvent le cas dans des formats plus conventionnels.

 

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McCloud ancre cette réécriture du mythe Faustien dans la vraie vie, jouée par des personnages réalistes et accessibles. A cette histoire invraisemblable, se greffent mille petites et grandes questions existentielles liées à la création artistique, mais pas seulement. Quelle est la place de l’art dans la société, quelle est sa valeur, quel sens donner aux créations artistiques, et faut-il leur donner un sens, quel sens donner à sa vie, comment vivre sans ses proches, comment affronter la mort, l’amitié et l’amour sont-ils éternels, peut-on maitriser le temps qui passe …

 

La narration parfaite est soutenue par un dessin réaliste clair aux traits simples, donnant un rendu aéré. Sans avoir un coup de crayon éblouissant, Scott McCloud donne du mouvement à son dessin en utilisant les effets visuels de manière judicieuse et toujours à propos. Lignes de vitesse, différences d’encrages, perspectives, arrières plans, constructions des planches, quel que soit l’effet utilisé, il ne phagocyte jamais l’histoire mais renforce toujours le propos. Idem pour la couleur. Le choix de la bichromie dans les tons gris/bleus crée un jeu d’ombres et de lumière de bon aloi, et pose les ambiances. C’est là tout l’art de la BD, où images et textes racontent une histoire à valeur égale.

 

Époustouflante description d’une fuite en avant et d’une mort annoncée, le destin tragique de ce sculpteur sorti de l’esprit de Scott McCloud n’est pas sans rappeler les miroirs aux alouettes qui ont éblouis toutes ces stars du rock, emportées dans la fleur de l’âge.

 

Émanation du groupe de l’école des loisirs, l’éditeur Rue de Sèvres jette là un beau pavé dans la marre et rentre définitivement dans la cour des grands.

 

 

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Loubrun

 

 

 

COMMENT NAISSENT LES ARAIGNEES

Couv_241449.jpgComment naissent les araignées

CASTERMAN – 25/03/2015

Scénario, dessin et couleurs : MARION LAURENT

Prix : 23,00€ – Relié, cartonné, dos rond, mat.

108 pages – format : 19 x 27,7 cm

ISBN / 2-203-06075-1

 

Etats Unis, une petite ville quelconque, les années 90. Alice est une jeune fille qui vit avec sa mère; les deux femmes ne se comprennent pas, Alice rêve de liberté, Kitty, la mère, a peur de ce qui pourrait arriver à son enfant, elle cherche à la protéger et, en l’occurrence, l’opprime inconsciemment! Patrick son frère comprend mieux sa jeune nièce, il tente toujours de l’aider.

Alice, grâce à son oncle, va avoir l’autorisation de se rendre à une fête chez une copine, elle va y rencontrer dwight, un jeune garçon qui réalise des bandes dessinées, en attendant la gloire il fait le ménage chez Bernie, le snack où tous les jeunes se retrouvent.

 

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Isadora est une clocharde alcoolique; elle était infirmière et lorsque sa mère est tombée malade elle l’a accompagnée dans la maladie se faisant peu à peu « bouffer » l’existence! Elle s’est mise à boire de plus en plus, à tel point que son mari est parti avec leur petite fille et qu’elle a perdu son travail.

CCF19042015_00014.jpgBillie est une jeune noire. Elle aussi est « sur-protégée » par son grand frère et sa mère, cette dernière, aigrie par l’absence constante du père travaillant sur une plateforme de forage, rend la vie impossible à sa fille. La famille est très croyante et les règles de vie dans la société très strictes.

Avec la voiture que son oncle lui a confié, Alice va partir sur les routes à la recherche de Dwight qui est parti rejoindre ses parents sans même lui dire au revoir. Billie a failli se faire violer par deux copains de son frère en sa présence et ce pour la punir d’avoir osé s’intéresser à un blanc! elle va fuir la ville avec Alice, cette jeune fille qu’elle ne calculait pas à leur cours de danse… sur la route elles vont embarquer Isadora qui, rejetée de tous, a décidé de quitter la ville.

Les trois femmes vont alors apprendre à se connaître et à surmonter leurs préjugés, leur peur de l’autre et de la différence. 

Isadora arrêtera de boire, elle ira voir cette fille qu’elle n’a jamais connue et, rassurée, partira vers une nouvelle vie. Billie reviendra chez elle, elle pardonnera à sa mère son intransigeance et à son frère sa bêtise de jeune mâle noir. Mais, désormais, elle prendra sa destinée en mains. Alice, elle, renouera le contact avec sa mère trop heureuse de retrouver sa fille saine et sauve.

 

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La vie reprendra avec, pour Alice, le souvenir de Dwight qu’elle n’a jamais retrouvé et qui ne semblait pas tenir à elle puisqu’il n’a jamais redonné de ses nouvelles.

Comment pouvait-elle s’imaginer que Dwight avait pris la route pour assister à l’enterrement de son père. Ce père avec lequel il était brouillé depuis des années, ce père dont le seul souvenir qu’il avait était ce fameux jour où, à la chasse, il l’avait obligé lui, petit enfant, à appuyer sur la détente du fusil et tuer un cerf.

 

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Comment savoir que, en voiture, roulant à vive allure, Dwight s’en voulait de ne pas lui avoir dit au revoir et que, perdu dans ses pensées, il avait vu trop tard ce cerf ! que pour l’éviter il avait fait une embardé et quitté la route pour se tuer en s’écrasant plusieurs mètres plus bas.

Voici une belle et émouvante histoire sur un instant de la vie de quatre jeunes gens à l’aube de leur existence. Une histoire joliment racontée qui ne pouvait l’être que par un cœur de femme. Marion Laurent signe ici une œuvre prometteuse pour l’avenir de sa jeune carrière.

ma note :                                                                        JR

 

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