INTERVIEW DE WARNAUTS + RAIVES

 

 

Capitol, Après-guerre, interview, Warnauts, Raives, Le Lombard, 03/2012Capitol, Après-guerre, interview, Warnauts, Raives, Le Lombard, 03/2012Foire du Livre de Bruxelles, vendredi 8 mars 2013. A l’occasion de la sortie de l’album « Après-guerre »- tome 1, SambaBD a rencontré, en collaboration avec Le Lombard, les « Collins et Lapièrre » de la BD, les Liégeois Eric Warnauts et Guy Raives, soit plus de 25 ans de complicité! Extraits choisis…

SambaBD : Pourquoi appeler l’album « Après-guerre T1 » au lieu de « Les Temps Nouveaux T3 » alors que le lecteur retrouve les mêmes personnages ?

 

Guy Raives : On a fait un saut dans « Les Temps Nouveaux » entre 1938 et 1945 alors qu’ici pour « Après-guerre » on commence en 1947 et on fini en 1950.C’est donc bien de redémarrer avec un nouveau cycle. Ceci dit, c’est mieux d’avoir tout lu, cela donne de la profondeur aux personnages mais c’est bien d’avoir un album qui soit lisible indépendamment du premier cycle.

SambaBD : Après, comptez-vous allez plus loin dans la même dynamique ?

Eric Warnauts : On l’espère…On aimerait aller en 1955. Ce serait possible, c’est intéressant. Il se passe plein d’événements. Après 1955, pour nous les Belges, c’est Baudouin au Congo. En France, c’est Diên Biên Phu en 1954, le début de la guerre d’Algérie.

Guy Raives : 1960, c’est la décolonisation, la loi unique en Belgique…

SambaBD : J’ai vu en fin d’album que vous avez fait une chronologie. Sur quelles bases avez-vous choisi les dates et les événements ?

Guy Raives : Celles qui nous semblaient les plus pertinentes sans être trop apparentes. Il y a un choix d’inclinaisons. On a parfois pris des faits futiles et parfois des faits importants. Chaque élément est pris en fonction de la pertinence ou pas.

Eric Warnauts : Il y a des faits du quotidien comme le Tour de France qui reprend dans l’année 1947, c’est populaire. Les jeux olympiques en 1948, des combats de boxe, des événements comme ceux-là. Des massacres et des guerres dont on ne parle pas, le début de l’apartheid en Afrique du Sud.

SambaBD : Les gens qui sont sur les photos, des gens de votre famille ?

Guy Raives : C’est un mélange. Il y a les parents, les beaux-parents, les gens de la campagne proche que l’on décrit.

 

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SambaBD: Vous formez un duo depuis de nombreuses années. Qu’est ce qui vous a amené à collaborer ? Etiez-vous au cours ensemble dans la même école ?

Eric Warnauts : Moi, j’ai fait Saint Luc et Guy a fait l’Académie… (Ndlr : les deux écoles artistiques de Liège, Saint-Luc dans l’enseignement catholique et l’Académie dans l’enseignement officiel).Comme quoi, on peut très bien fonctionner ensemble ! On s’est rencontré en fait au cours du C.A.P., au Cours d’Aptitude Pédagogique en cours du soir (Ndlr : la qualification qui permet à un étudiant ou un professionnel de donner cours en Belgique francophone). On s’est rencontré là. Guy cherchait un scénariste. Guy a mis mes couleurs sur des histoires Cela s’est imbriqué petit à petit. .J’ai écris deux albums pour lui aux éditions du miroir à Louvain La Neuve. On a commencé comme cela à travailler ensemble, puis on s’est dit pourquoi ne pas aller plus loin dans une collaboration plus étroite, plus impliquée. C’est ce qu’on a fait. On avait aussi envie d’aller vers le média qui m’a toujours attiré à savoir le magazine (A suivre) de Casterman. On l’a intégré en 1987 et on a fait 10 ans, un peu plus même.

SambaBD: Qu’est ce qui a fonctionné entre vous ? Quelle est la plus-value du duo par rapport à ce que vous faisiez seul?

Guy Raives : C’est d’être à deux ! C’est l’avis de l’autre, c’est l’apport de l’autre, le regard de l’autre, le ping-pong continuel, c’est me reposer sur ses capacités et lui inversement.

Eric Warnauts : C’est un travail de longue haleine. Faire de la BD, cela fait 25 ans que l’on fait cela. Année après année, la majorité de nos travaux, c’est des « one-shots ».Chaque fois, tu remets tout en jeu. Ce n’est pas comme quand tu fais une série et que tu es au tome 10.Ce n’est pas de la routine. On a fait  « l’innocente » sur l’immédiate après-guerre de l’Allemagne nazie, On a fait les années ’40,…C’est agréable de travailler. Le problème, c’est d’avoir un ego pour deux mais cela ça va, ce n’est pas un problème ça, franchement…

 

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SambaBD : Et en fin de compte qui fait quoi dans un album au niveau du dessin, du scénario, de la couleur ? Comment vous répartissez-vous les tâches ?

Eric Warnauts : On discute beaucoup avant. C’est moi qui écrit, fait les dialogues, met au net. Après Guy redécoupe, il amène d’autres choses. Moi, j’ai une surprise. Je redessine dessus. C’est un ping-pong et après on ne sait plus qui a dessiné quoi. Les couleurs, c’est Guy qui termine, plus la partie infographie, le côté traitement par photoshop, etc…

SambaBD : Donc, si cela se trouve, vous ne savez pas qui a fait quoi dans la même case…

Guy Raives : Non, il s’agit de passages successifs. On y a travaillé mais à des moments différents. C’est peut-être moi qui aie commencé et Eric a terminé ou inversement. En gros, c’est Eric qui écrit et moi qui fait les couleurs. Bon, on a un peu chacun son domaine réservé mais avec des exceptions.

Guy Raives : Le but, c’est l’album. Ce n’est pas de te faire plaisir à toi. C’est d’être efficace par rapport à l’objectif.

SambaBD : Vous avez eu  ce que j’appellerai une période « Congo ». Au niveau de la Belgique, on a aussi une histoire avec le Congo. Qu’est ce qui vous amène vers ce thème là ?

Eric Warnauts : Au départ, c’est aussi l’histoire de la Belgique. C’est  la seule aventure coloniale qu’on ait eue. Le Congo a eu une incidence. On la minimise. Sans le Congo, la Belgique…Ce sont des choses qui nous intéressent.

SambaBD : Vous avez aussi réalisé des séries telles que Lou Cale, l’orfèvre ou les suites vénitiennes qui peuvent passer pour plus « légère », moins politique. Dans toute votre production, quels sont les albums dont vous êtes les plus fiers ?

Eric Warnauts : C’est difficile à donner. Il y en a évidemment qui nous marquent. Par exemple, rentrer chez (A suivre) avec « Congo 40 » en 1987, c’était inouï ! Je vais citer celui-la. C’était le début, parce que c’était le premier. Cela correspond plus à des périodes qu’à des albums. Le « Liberty » parce qu’on quitte Casterman là-dessus. On savait bien qu’ils ne croyaient plus vraiment à ce qu’on faisait. En même temps on a bien fait…

SambaBD : C’était lié avec la fin d’(A Suivre) ?

Eric Warnauts : On a toujours défendu la ligne éditoriale d’(A suivre), ce qui n’était pas bien vu par la nouvelle direction. C’est souvent comme ça…

Guy Raives : Même les thèmes. Comme Liberty sur le métissage et compagnie, ce n’est pas des thèmes porteurs. Donc éditorialement, ce n’est pas facile à défendre.

Eric Warnauts : On l’a bien vu, on a fait des albums sur le Congo. Si c’est l’époque coloniale, c’est « OK ». On a fait « un diamant sur la lune », on a parlé du problème des diamants. Ce n’est pas si absurde que cela car un film a été fait quelques temps après sur ce thème. C’est l’Afrique actuelle, cela n’intéresse pas des masses.

 

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SambaBD : En tant que Liégeois, en tant que Belges, quand vous allez en France, à l’étranger, comment vos albums et  cette spécificité belge sont-ils perçus ?

Guy Raives : Cela passe très bien. Au début, on avait un peu des craintes que les Français n’allaient pas aimer. Mais ils adhèrent. Ils font le parallèle entre leur histoire est la nôtre. Ils découvrent des choses.

Eric Warnauts : On a toujours bien vendu en France. Le seul album qui a eu un décalage, c’était « Intermezzo », l’immigration italienne n’était peut-être pas présente comme chez nous avec les charbonnages, sauf dans le Nord. Et là, cela à moins bien marché en France alors que cela a très bien marché chez nous en Wallonie, à Bruxelles et même en Flandres. Cela avait bien fonctionné.

SambaBD : Et comment faites-vous au niveau des couleurs, Raives ? Puisque vous êtes le spécialiste…

Guy Raives : Dans cet album, c’est  80%  aquarelle à la main, à l’ancienne et puis il y a une partie informatique. Je scanne moi-même, je fais ma photogravure et je réinterviens dans les couleurs, dans certaines matières, je réinterprète certaines choses…Les plaques émaillées et compagnie, je ne vais pas les dessiner, c’est du collage qui amène un plus dans le récit. C’est de l’informatique et c’est tout. Je travaille avec photoshop…

SambaBD : Mis à part le tome 2 d’Après-guerre, quels sont vos projets ?

Eric Warnauts : Pour le moment, on est dedans, en immersion. On a une idée d’album sur New-York, une ville que nous aimons bien. On le fera…En général, on voyage, on vit des choses puis on raconte des histoires.

Guy Raives : il faut laisser le temps au temps…

 

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SambaBD : Vous allez en repérage, vous faites des photos, des croquis ?

Guy Raives : Oui, bien sûr. On rencontre des gens. Des croquis, non. C’est utopique ! C’est des faux croquis… Un beau croquis, cela demande du temps…

Eric Warnauts : Pendant ce temps, vous ne rencontrez pas les gens. Ce qui nous intéresse, c’est de rencontrer les gens. Nous avons déjà fait des voyages au Sénégal, à Gorée et on a pris le temps de prendre le thé avec les sénégalais. On a les moyens modernes, on a la photo et puis même, c’est l’évènement qui est important. Je n’ai pas de temps à perdre à dessiner. C’est clair, c’est du temps perdu ! Alors on prend des notes, beaucoup de notes…

Guy Raives : Ce qui est intéressant, c’est la lumière du moment, c’est la différence de couleurs entre les événements, le temps d’un instant, d’une minute. C’est ça qu’il faut intégrer.

Ainsi se termine cette entrevue. C’est  avant tout la décontraction qui a primé. Quoi de plus normal quand des Liégeois se rencontrent…à Bruxelles.

Interview réalisée par Capitol pour SambaBD.

 

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APRES-GUERRE – Tome 1: L’espoir.

Couv_184437.jpgPlancheA_184437.jpgDessin &- Scénario: Warnauts & Raives

Editions Le Lombard

Sortie : 15/03/2013

64 pages

Prix conseillé : 14,99 €

ISBN : 9782803632138

Aventure, Historique.

 

 

Résumé (de l’éditeur): Berlin, 1947. Un homme est abattu par les soldats russes alors qu’il cherchait à gagner le secteur anglais. Dans sa mallette, on retrouve des fiches de prisonniers détenus dans des camps soviétiques. Parmi celles-ci, celle d’Assunta Lorca, la républicaine espagnole, amante de Thomas. Ce dernier n’aura alors de cesse de la faire libérer.

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Mon avis : Dans ce nouvel album du duo liégeois Warnauts et Raives, on retrouve les personnages découverts dans les deux albums de « Temps Nouveaux ». On a laissé les personnages en 1945 et maintenant on les retrouve en 1947. C’est l’Après-guerre mais aussi les prémices de la guerre froide. Américains et Soviétiques se déchirent déjà à Berlin où la ville a été subdivisée en zones d’influence. Les prisonniers n’ont pas encore été tous libérés. C’est le cas de l’amante de Thomas, Assunta Lorca, prisonnière politique dans un camp d’internement soviétique. Warnauts et Raives nous racontent les démarches, les recherches entreprises pour retrouver et libérer Assunta Lorca.

Warnauts et Raives ont voulu faire une rupture temporelle vis-à-vis de la première période racontée dans les « Temps Nouveaux ». « Après-guerre » comportera aussi deux tomes et concernera la période 1947-1950. Les auteurs veulent ainsi que le lecteur puisse lire et comprendre l’histoire, même s’il n’a pas lu les deux albums précédents. Bien évidemment, c’est plus intéressant d’avoir lu le premier diptyque pour mieux connaître la psychologie des personnages mais ce n’est pas un handicap insurmontable, loin de là.

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Les auteurs élaborent cette histoire sur base d’une solide documentation, de témoignages de personnes ayant vécu cette époque, de lectures communes. Ils y intègrent leur environnement habituel (la Belgique, la région liégeoise, Les Ardennes,…) mais aussi la petite et la Grande Histoire du monde. Ces personnages de papier sont donc très crédibles et c’est ça qui touche le lecteur. De plus les auteurs ont une réelle analyse et réflexion sur les faits historiques .Le résultat est tout à fait pertinent.

Au niveau du dessin, cela reste toujours de très bon niveau. Warnauts et Raives est une marque de fabrique, un gage de qualité graphique. La colorisation de Raives en aquarelle directe et retouchée par l’informatique est aussi un des points forts de l’album.

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En conclusion, si vous avez aimé « les Temps Nouveaux », vous ne pouvez rater cette suite. Si vous aimez également l’Histoire proche des années ’40-’50, vous y trouverez votre bonheur. Le Lombard l’a compris en intégrant cet album dans sa prestigieuse collection « Signé ». La sortie d’un Warnauts et Raives reste un événement. Incontournable !

 

Liens vers le site du Lombard: http://www.lelombard.com/albums-fiche-bd/apres-guerre/l-espoir,2562.html

 

Graphisme :     8,5/10

Scénario :       8,5/10

Moyenne :       8,5/10

 

Capitol.

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