Interview de Sacha Goerg…(ou comment prendre la Foire du Livre à l’envers)

IMG_5802.JPG D’origine suisse, Sacha Goerg arrive à Bruxelles dans les années 90 et fonde en 1999, avec ses camarades, la maison d’édition indépendante L’employé du moi. Il s’agit d’une maison composée de réels passionnés de bande dessinée et tournée, dès ses débuts, vers les projets collectifs. Aujourd’hui, 14 ans après, le projet collectif reste au cœur de L’employé du moi même si sa forme a évolué. De simples albums collectifs (Abruxellation, 40075 km comics, Crrisp !,…), on est passé à un évènement collectif (les 24h BD) qui découle sur de véritables albums individuels rassemblés dans la collection vingt-quatre. Parallèlement, ils éditent régulièrement des albums plus « classiques » (H27, I like short songs, Basewood,… parmi tant d’autres). 

 Depuis 2007, L’employé du moi, c’est aussi, entre autres, le site grandpapier.org qui propose une plateforme de publication en ligne de bande dessinée (actuellement plus de 440 auteurs, soit plus de 1500 albums, soit 35270 pages… et oui, rien que ça !).

 

 Présent à la Foire du Livre de Bruxelles 2013 via le stand de son distributeur, Belles Lettres Diffusion Distribution, L’employé du moi bénéficie d’un impact visuel très réduit, noyé sur de grandes étagères entre différents éditeurs logés à la même enseigne (Les Requins Marteaux, 5ème couche, Rackham,… Belles Lettres, c’est plus de 150 éditeurs).

 Sacha Goerg, quant à lui, était présent le jeudi 8 mars pour participer à l’imaginarium BD (projet développé pour la Foire du Livre autour de la BD) et pour une séance de dédicace sur le stand Dargaud. Car l’auteur de Bouture et Rubiah (L’employé du moi) a signé chez Dargaud, La fille de l’eau en janvier 2012. Un album pour lequel il s’est vu récompensé il y a peu par le prix Töpffer remis par la ville de Genève. Donc finalement, le rencontrer à la Foire du Livre du Bruxelles  pour discuter avec lui de L’employé du moi, c’est un peu… prendre la Foire du Livre à l’envers !  Et il y a une certaine logique à ça, faites un tour sur la toile et regardez bien. Chaque fois qu’on parle de Sacha Goerg pour La fille de l’eau, on finit par citer L’employé du moi. C’est le plus malin qui attrape l’autre !

 

 

 

 Samba BD : Que représente un évènement comme la Foire du Livre de Bruxelles pour un éditeur comme L’employé du moi ?

 

 Sacha Goerg : Ça n’a jamais été un évènement majeur pour nous. On ne peut pas se payer un stand, on n’a pas les moyens et donc on est représenté sur le stand de notre distributeur comme plein d’autres gens mais dans des conditions qui ne sont pas toujours idéales. En pratique, c’est l’occasion pour nous de revoir notre distributeur, de discuter avec lui,… mais ce n’est pas l’évènement qui compte le plus.

 

 Un évènement comme Angoulême a plus d’importance pour vous ?

 

 Bien sûr, c’est évident, on peut vendre nos livres, on peut rencontrer le publique réellement. Ici, sous ma casquette d’auteur chez Dargaud, je vais voir du monde et dédicacer mais c’est autre chose. Il y a déjà des dédicaces qui ont été organisées sur le stand des Belles Lettres (distributeur) mais ça ne donne pas grand chose en général.

 

 

 « …on a commencé à faire des livres…je ne sais pas… pour passer du fanzine à autre chose. »



 L’employé du moi existe maintenant depuis plus de dix ans (1999), où en êtes-vous aujourd’hui par rapport à vos débuts ?

 

 Au début, on a commencé à faire des livres…je ne sais pas… pour passer du fanzine à autre chose. Et maintenant, on a une vision beaucoup plus complète du métier d’éditeur pour lequel nous n’étions pas du tout formés.

 

 Vous apprenez le métier au fur et à mesure ?

 

 On commence maintenant à le connaître même si on apprend encore des choses. En dix ans on est parti de rien, on sait comment imprimer un livre, comment préparer sa sortie. C’est énormément de rencontres, de contacts, de projets.

 

 L’employé du moi, c’est énormément de projets collectifs avec les 24h BD, le site grand papier, le site 8p.cx. S’agit-il d’une volonté toute particulière de faire avant tout des projets collectifs ? 

 

 Je ne sais pas, les choses se font un peu naturellement. Il y a des choses différentes là dedans. Pour les projets web, c’est vrai qu’on avait accès à cette technologie peut-être plus tôt que d’autres. Du coup, on s’est dit qu’on avait l’outil et qu’on pouvait surement en faire quelque chose. Ça nous a servi, même avant grand papier avec d’autres projets, à créer un réseau même si on ne l’a pas fait pour ça… On s’est rendu compte que ça générait des liens, des contacts et toute une sphère de gens autour de nous.

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Stunt de Sacha Goerg (collection vingt-quatre)



 « Nous, en tant qu’éditeur, on ne se paie pas. On regarde toujours à ce que l’expérience soit un peu excitante sinon « à quoi bon ? ». »



 Et les 24h BD découlent sur une collection, la collection vingt-quatre

 

 C’était pour essayer de rentabiliser les 24h BD. Quand on fait les 24h, ça termine sur le site mais très vite ça disparaît dans les archives. Du coup, la visibilité est vraiment temporaire. De temps en temps, il y a vraiment des récits intéressants qui sortent de ça. Et donc, on se dit que de cette manière, on peut renouveler cette expérience d’éditeur. Comme nous ne sommes pas payés pour ce qu’on fait (on paie un peu les auteurs mais ce n’est pas grand-chose. Nous, en tant qu’éditeur, on ne se paie pas. On regarde toujours à ce que l’expérience soit un peu excitante sinon « à quoi bon ? ». Je ne tiens pas à faire éditeur à tout prix, j’arrêterai peut-être un jour. Donc voilà, pour nous c’était (les 24h) l’occasion de formater une collection, ce qu’on n’avait jamais fait jusqu’à présent. C’était rigolo de dessiner une collection qui puisse accueillir un ou plusieurs auteurs. Et même graphiquement, la dessiner, c’est moi qui ai passé du temps à ça et c’était très excitant. 

 

 Cette collection devient presque un rendez-vous régulier pour les lecteurs de L’employé du moi. En effet, par intervalles de quelques mois, deux albums sortent (les 15ème et 16ème en mars 2013).

 

 Au début, on s’est dit que c’était une occasion de faire des éditions pas chères et de faire une petite marge dessus parce que, sur les livres classiques, des fois on en fait, des fois on n’en fait pas, ça dépend du contexte. Là on est en train de faire un peu le bilan et ce n’est pas si heureux que ça. Je pense que, peut-être, le format ne correspond pas… On se disait, on en sait rien mais : si on était au Etats-Unis ça fonctionnerait plus parce qu’on est dans un format de livret. Comme pour plein gens dans l’édition en général et pour plein de livres, on a énormément de retours, de livres qui reviennent. Donc, finalement, on en vend assez peu et on arrive même à perdre un peu d’argent mais ce n’est pas très grave. La collection, paradoxalement, commence à bien marcher. A Angoulême, on en a bien vendu. Je crois que les gens on comprit maintenant qu’il y avait cette collection, il faut le temps. Malgré tout, on va terminer la collection. On va faire 24 numéros et puis on va l’arrêter, histoire d’avoir un cycle. Ce n’est pas quelque chose qu’on va garder éternellement. On fait un truc qui nous excite mais, si ça nous excite plus, on doit être capable de l’arrêter.



 « …les collectifs c’est compliqué et ça coute cher à faire. Les libraires n’en veulent plus… »



 Quels sont les futurs projets de L’employé du moi ?

 

 On a un projet collectif mais on n’a pas encore de titre. C’est un projet avec six filles en trois groupes de deux qui vont donner six récits, une quarantaine de pages. Elles travaillent essentiellement au crayon. On avait réfléchi à une thématique mais au final c’est complètement libre. On a mis en contact ces gens pour faire un collectif qui n’est pas vraiment un collectif. Donc pas avec une histoire trop longue et pas avec vingt personnes. C’est une espèce de livre ciblé. Il y aura Noémie Marsily, Joanna Lorho, Joanna Hellgren, Aisha Franz, Amanda Vähämäki, et Julie Delporte. Ça va être un très beau projet collectif. Maintenant le problème des collectifs, c’est que ça devient très dur de vendre des livres en général, les collectifs c’est compliqué et ça coute cher à faire. Les libraires n’en veulent plus… mais je ne sais pas si les gens n’en veulent plus. Ça devient vraiment risqué, malheureusement. Par contre, ça reste une bonne stimulation, ça fait vraiment vivre notre site grand papier mais pour porter le livre après ça va probablement être compliqué.

 

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 Passons par votre actualité plus personnelle. Vous venez de recevoir le Prix Rodolphe Töpffer par la ville de Genève pour votre album La fille de l’eau (Dargaud). Quel est votre sentiment à ce sujet ?

 

 C’est un prix pour un album qui est sorti il y a déjà un an et c’est sympa car, dans le monde des livres, on passe très vite à d’autres choses et là ça remet un peu en lumière le livre. Ça vient de Genève, où j’ai vécu, passé mon enfance et donc c’est aussi une reconnaissance géographique parce qu’avec le temps j’avais l’impression d’avoir pris de la distance même si je retourne à Genève régulièrement. C’est extrêmement flatteur comme prix, je ne pensais pas du tout l’avoir et là je suis vraiment surpris.  



 « …le défendre devant la presse. Pour ça, Dargaud fait un beau travail de relai. »



 A ce sujet, n’est-il pas paradoxal de vous voir chez un autre éditeur ?

 

 Je fais plusieurs choses dans ma vie et à un moment donné je me suis quand même dis que je passais beaucoup de temps à faire de la bande dessinée et que, si je pouvais gagner ma vie avec ça… Donc il faut aller voir quelqu’un qui a les moyens. A L’employé du moi, malheureusement, ce n’est pas pour demain vu comment ça se passe actuellement dans le monde du livre et de la BD, je ne suis pas sûr… Vu que tout le monde paie moins qu’avant et, probablement, payera encore moins demain, je ne sais pas si nous (L’employé du moi), on pourra un jour se payer convenablement.  De plus, il y a la capacité à porter le livre, je n’avais pas envie de porter mon livre dans ma propre structure et le défendre devant la presse. Pour ça, Dargaud fait un beau travail de relai. C’est une équipe de gens qui ne font que ça, qui le font bien, dont c’est le métier et qui sont capables d’obtenir des papiers. C’est con mais je suis content d’être chez un plus gros éditeur pour que quelqu’un fasse ce boulot là pour moi et porte le livre au maximum. 

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La collection vingt-quatre



Propos recueillis par William à l’occasion de la Foire du Livre de Bruxelles 2013.



Je clique chez:

Sacha Goerg

 

 

Le troisième testament Julius II La révélation ½, chapitre 6, strophe 7, alinéa 4.

Troisième testament (Le) - Julius2.jpgTroisième testament (Le) - Julius2g.jpgAuteurs : Alice, Dorison,Montaigne.
Editeur : Glénat .
Sortie :11/2012

Jésus revient.
Les chrétiens espèrent le retour de leur sauveur, car le Royaume de Dieu annoncé n’est toujours pas advenu. En Palestine occupée, les Juifs, eux aussi, attendent le messie. Le général romain Julius Publius Vindex, dénoncé par sa fille, est envoyé dans les mines de Judée où il retrouve l’esclave chrétien qu’il voulait mettre à mort. Il finit par le sauver. Des zélotes, juifs résistant à l’occupant romain, se glissent parmi les esclaves. Ils sont persuadés que le nouvel ami de Julius n’est pas un esclave comme les autres. Képhas, leur chef, voit en l’homme le Messie annoncé par les Ecritures. Ce Messie emmène les prisonniers libérés jusqu’au repaire des zélotes, une forteresse naturelle du nom d’Ein Guedi. Là le mystérieux Gamaliel, qui avait prédit sa venue, parvient à le convaincre : il est le frère du Christ, destiné à révéler au monde le Troisième Testament, qui ouvrira les portes du Royaume des Cieux. Mais, pour cela, il doit suivre l’appel qui résonne en lui depuis sa naissance. Vers l’Orient… Pendant ce temps, escorté de sa garde blanche, le sinistre sénateur Modius parvient aux limites d’un désert sans nom… Le Messie est bientôt rejoint par des compagnons de route avec Julius qui veut le protéger dans un but précis. Mais, Modius va tout faire pour détruire le petit groupe. Le Messie, le Prince des Princes, Sar Ha Sarim, va-t-il trouver le Troisième Testament ?

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Les chevaliers sans-têtes.

Il aura fallu la présence de Montaigne à une séance de dédicace pour que je me décide enfin à me procurer ce tome 2 de Julius .J’avais esquivé son achat en novembre dernier victime de la déferlante de nouveautés en cette fin 2012. J’étais aussi un peu échaudé de voir un nouveau dessinateur reprendre le flambeau après seulement un album réalisé par Recht . J’ai eu l’impression de me retrouver dans une série concept .Si vous me lisez régulièrement, vous connaissez mon aversion pour ce genre de série. J’ai vite remarqué que le dessin de Montaigne était de qualité, il faut dire que passer du cinquième évangile au troisième testament, ça coule de sources presque.

Mais comparons néanmoins, le dessin de ce tome 2  est plus rond avec un encrage plus marqué, moins anguleux  aussi que celui de Recht qui pour moi collait mieux à celui de la série mère. Par contre ce qui m’a réellement déplu, c’est la typographie, trop grande et très différente du tome 1.

Sinon, coté scénario, l’histoire ralentit vachement, une sorte de traversée du désert en somme. Heureusement que les dialogues sont accrocheurs  et puis, il y a ce gros mystère nébuleux qui plane sur nos personnages. En fin d’album, l’adrénaline refait surface et il vous sera très difficile de ne pas continuer ce chemin de « croix ». On est toujours pris par le souffle épique qui jaillit de ce troisième testament, c’est presque une marque de fabrique ou un sacerdoce.

Dessin : 8/10
Scénario : 7/10

7.5/10 Global.

Samba

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