Dessin : Olivier Schwartz – Scénario : Yann
Editions Dupuis
Sortie 02/05/2014
64 pages
Prix conseillé : 14,50 €
ISBN : 9782800157429
Aventure, Spirou, Humour, Bruxelles.

Résumé (de l’éditeur) : Bruxelles, 1946. Une implacable canicule s’abat sur la capitale belge, encore très marquée par la Seconde Guerre mondiale. Sur les toits, une femme-léopard fuit, poursuivie par deux robots inquiétants au look de pygmées géants, et trouve refuge au Moustic Hôtel, dans la chambre mansardée du colonel Van Praag, un vieux colon irascible. Découverte par ce dernier, la sculpturale jeune femme est blessée à l’épaule par le vieillard à la gâchette sensible. C’est à ce moment qu’intervient Spirou.
Mon avis : Les éditions Dupuis ont eu une excellente idée qui remonte maintenant à plusieurs années. Cette idée géniale était de laisser des grands noms de la BD faire « leur » Spirou personnel. Un fantastique hommage à ce héros de la BD et une autre façon de lui donner vie.
C’est le 7e tome de la série concept qui nous a déjà valu quelques belles surprises comme le Spirou d’Emile Bravo ou le « Groom vert-de-gris » de Schwartz et Yann. Ce dernier album était tellement réussi que Dupuis a décidé de refaire appel à ce duo d’auteurs qui ont bien compris l’univers de Spirou, cette « touche » belge et bruxelloise, cet humour particulier qu’on retrouve aussi dans « Le jeune Albert » d’Yves Chaland. Cerise sur le gâteau, il y aura une suite intitulée : « Le maître des hosties noires ». Tout un programme !
Autant le dire tout de suite, j’ai à nouveau apprécié le travail de Schwartz et Yann. C’est de la haute voltige cet album. On sent une complicité incroyable entre les auteurs, Ils s’amusent, cela transparait dans l’album. Le modeste lecteur que je suis, s’est délecté de cet album!
Ce n’est pas de l’hagiographie mais le résultat d’un travail d’artisans, intelligent, bien mis en place. Une petite musique qu’on apprécie, qui reste dans votre tête, même après la lecture, une fine mécanique qui démarre au quart de tour. Il suffit d’ouvrir l’album et de lire la première planche pour se plonger dans l’univers déjanté du Spirou de ce duo magique.
Le dessin est fantastique, expressif et me rappelle d’une certaine façon son illustre dessinateur qui est Franquin. Ce n’est pas du Franquin mais l’idée et la philosophie est fort proche. J’adore ces grandes cases pleines de petits détails savoureux, humoristiques, des clins d’œil à la publicité de la fin des années ’40. Le Bruxelles de l’après-guerre est superbement rendu. On y retrouve à la fois les difficultés du moment mais aussi une certaine joie de vivre qui se communique au lecteur. Le graphisme est dans la continuité du « Groom Vert-de-gris » et nous raconte en réalité la suite après la fin de la guerre.
Le scénario est la pierre angulaire du récit. Tous les ingrédients d’un bon album d’aventure et d’humour, l’ADN de Spirou, sont réunis. Des personnages truculents, un Spirou alcoolique au début du récit (certains crieront à la trahison !), une histoire qui mêle Bruxelles, Paris, le Congo belge, teintée de belgicisme, d’expressions bruxelloises savoureuses, plein de références…Il faut relire l’album et bien regarder toutes les cases pour voir tous les détails « qui tuent ». Bref, Yann nous fait découvrir à nouveau son amour pour la Belgique, lui, le français, le breton, né à Marseille, et qui s’est installé à Bruxelles. Il est tombé amoureux du plat pays et le lui rend bien…Yann est devenu un phare, une référence au niveau du scénario.
La bande dessinée a besoin de gens comme lui pour sortir de son marasme ambiant, de son « coup de mou », de son spleen, dû à un système qui commence à montrer son essoufflement, ses limites. J’espère que ce n’est que passager. J’ai lu certaines critiques moins enthousiastes que la mienne sur cet album. Mais sachez que personne ne fait l’unanimité. Si cet album ne marche pas, je n’y comprends rien à la BD et il est venu pour moi le temps de déposer ma plume… La bande dessinée franco-belge a besoin d’albums aussi rafraichissants que celui-ci pour se relancer. Moins produire, plus fignoler, donner la parole à de vrais talents, des gens qui se sont construits au fil des ans, des bosseurs, des gens qui ont le nez pour comprendre ce que le lecteur attend, au-delà des courants purement marketing et du fast-food éditorial. Et les éditeurs ne devrait pas s’offusquer d’entendre parfois la déception des lecteurs devant une production pas toujours au top. La critique permet aussi d’avancer et de se remettre en question. C’est une chance, pas une fatalité ou un coup de poignard dans le dos. Les éditeurs devraient aussi parfois écouter le retour sur leur production, faire leur autocritique et revoir leurs plans de travail. Ce n’est pas évident d’être auteur, éditeur ou libraire de nos jours, dans un monde qui va de plus en plus vite, dont les fondements changent de façon radicales. Et la bande dessinée n’est pas une île déserte, la seule touchée par le phénomène de changement. C’est loin d’être le cas! Mais ce changement peut être une opportunité, à condition de bien réfléchir à l’avenir, de déterminer ses points forts et sa stratégie, à se réinventer via de nouveaux codes. C’est ma petite digression du jour sur le marché de la BD.
Vous l’aurez compris. Ce Spirou, j’adore! Je vous convie à découvrir cet album de toute urgence. Des albums comme celui-là, on en veut souvent mais ce n’est pas toujours gagné d’avance… Un nouveau coup de cœur !
Dessin : 9,0/10
Scénario : 9,0/10
Moyenne : 9,0/10
Le site internet de Dupuis : ICI.
Capitol








Effectivement, cet album mon vieux…. il est terrible ! Relu deux fois d’affilé pour bien « ressentir » l’album
Je ne suis pas un fan de Spirou mais comme j’avais apprécié Groom vert de gris, je vais certainement me laisser tenter .