Interview de Fréderic Peynet.

Le dessinateur de Phoenix, du feul, les contes du Korrigan ….Fréderic Peynet a eu l’aimabilité de répondre à phoenix2couv.jpgquelques questions pour le blog Samba BD.

peynet3.JPGPar rapport au feul  (dont une intégrale vient de sortir), Phoenix est un univers nettement plus réaliste
.C’était une envie de ta part de changer de registre ? Pas trop compliqué  à dessiner tous ces détails
de la vie quotidienne ?

C’était une envie commune. Aussi bien Jean-Charles que moi même souhaitions nous confronter à une
série contemporaine réaliste.
Pour ma part, cela faisait une dizaine d’années que je dessinais de la fantasy, je commençais à tourner
en rond graphiquement et à prendre un peu moins de plaisir au dessin, j’avais besoin de me
renouveler. Mes lectures étaient alors plutôt tournées vers le genre thriller, et l’envie d’en dessiner un
à mon tour est ainsi venue, petit à petit.
Lorsque j’ai évoqué cette envie de changement à Jean-Charles, il s’est montré très enthousiaste; il avait
brièvement abordé le genre avec son triptyque « L’ombre du cinéphage », et souhaitait développer
quelques idées d’histoires qu’il gardait de côté jusque-là.

phoenix.jpgC’est ta 2e collaboration avec JC Gaudin, visiblement le courant passe bien entre vous deux .Comment
travaillez  vous ensemble ? Reçois tu le script en entier ou par bride ? Interviens-tu dans l’élaboration
de l’histoire ?

Phoenix est né de nos nombreuses discussions alors que nous terminions le tome 3 du Feul.
J’expliquais  à Jean-Charles quels univers, quel genre j’avais envie de dessiner , et je pense que la série
est née ainsi.
Jean-Charles a mûri quelques idées qui lui sont venues avant ou suite à nos discussions.
Il m’a ensuite raconté les grandes lignes, sans m’en dire beaucoup plus. Je suis intervenu sur quelques
petits détails, mais 99% de l’histoire vient de lui.
Contrairement au Feul, je ne connais pas l’histoire dans son intégralité. Je ne sais donc pas forcément
où il va, et c’est finalement assez excitant pour moi de découvrir son scénario par bribes (4-5 pages à
la fois), cela m’évite de me lasser, car tout est toujours nouveau. L’absence de vision à long terme de
l’histoire m’empêche juste de bien préparer ma documentation et mes repérages à l’avance. C’est le
seul point délicat, mais je fais avec.

peynet6.jpg

Ce qui me frappe dans ton dessin, c’est la finesse de ton trait  .Ce qui donne au final, un dessin très
élégant (un vrai plaisir à regarder) .Quel  regard portes tu sur ton travail ? Es tu perfectionniste ?

peynet1.JPGJe le suis trop. Je ne suis pas capable de laisser partir un dessin qui ne me convient pas à 100%. C’est
parfois très ennuyeux, car je vais me bloquer sur des détails sans importance pour la narration et je
n’avancerai donc pas sur le reste de la planche tant que ces détails ne seront pas réglés. Je perds un
temps fou pour des choses qui n’en valent pas la peine au final.
Egalement, à trop détailler comme je le fais, le dessin se fige et perd de la force et de la vie. J’essaye
depuis le tome 2 de moins pousser les choses pour aller à l’essentiel et récupérer cette énergie, cette
vie qui faisaient un peu défaut aux dessins trop léchés. Il faut que je trouve le juste milieu.

peynet4.JPG


Qui sont tes premiers lecteurs ?

Ma première lectrice est ma femme, Catherine. Elle a l’oeil très aiguisé et peut trouver une erreur que
je ne vois pas. Son aide et son soutien me sont précieux.
Mon second lecteur est Jean-Charles Gaudin, à qui j’envoie un scan de la planche terminée afin qu’il la
valide ou demande une correction de texte ou parfois de dessin si le cadrage ne correspond pas à ce
qu’il imaginait.
Mon troisième lecteur est Jean Wacquet, mon directeur éditorial chez Soleil, à qui j’envoie comme à
Jean-Charles, un scan de la dernière planche. Dessiner une BD, c’est un marathon en quelque sorte, et
on peut très vite perdre le bon rythme. Les encouragements de Jean sont donc importants pour la
motivation.
Ma quatrième lectrice est Delphine Rieu, la coloriste de la série qui, à son tour, ajoute sa patte
graphique pour aboutir à la planche finalisée.

Est-ce que les ventes de Phoenix sont dans tes espérances et que retiens-tu des retours que tu as lus
ou lors de dédicaces ?peynet2.JPG

A l’heure actuelle, je ne connais pas encore les chiffres de vente exacts du tome 1. Je les aurai au mois
d’août.
Les comptes sont arrêtés deux fois par an chez Soleil (en juin et en décembre) et il faut que l’album ait
eu une durée de vie en librairie d’au moins 6 moins pour avoir les chiffres. Ainsi, pour le tome 1 sorti
en août 2010, il n’y avait pas les 6 mois réglementaires lors des relevés de vente de décembre, ce qui
fait que je n’aurais les chiffres que cette année à l’occasion du prochain relevé.
De ce que je sais, il y a eu pénurie du tome 1 au bout de 5 jours. Malheureusement, l’éditeur a mis un
mois à rééditer l’album : notre créneau en librairie était terminé lorsque celui-ci fut de nouveau
disponible.
Bref, je ne m’attends pas à des chiffres brillants concernant le tome 1 malgré un départ rapide et fort
encourageant. J’espère que les tomes suivants permettront à la série de retrouver le public qui était
passé à côté lors de son lancement.
Les critiques sont en tout cas très encourageantes pour nous. Je les trouve très positives, et c’est
donc un bon moteur pour notre motivation.

As tu les temps de lire d’autres BD ? Si oui ,que nous recommandes tu ? Quels sont tes « maitres  » dans
le 9e art ?

J’avoue ne plus en lire, car je passe mon temps à analyser ce que je vois plutôt que me laisser porter
par le récit.
Lorsque je referme l’album, je suis bien incapable de parler de l’histoire, mais je peux parler mise en
scène, narration, anatomie, perspective, couleur… Bref, je n’arrive plus à être lecteur.
Ma plus grande influence est Rosinski. Je me suis nourri de ses albums et j’ai beaucoup appris à travers
son travail. Si mon dessin est ce qu’il est aujourd’hui, c’est en grande partie à lui que je le dois, même si
nous ne nous connaissons pas.
Régis Loisel a eu un rôle important également, puisqu’il m’a suivi lors de mes débuts, en me conseillant
sur mon dessin, et en me faisant prendre conscience de mes lacunes. Il m’a fait gagner quelques
années.
perfectmook_06.jpgJe citerais également Laurent Vicomte, Christian Rossi, Emmanuel Lepage, Takehiko Inoue, Tsukasa
Hojo… Tous de grands dessinateurs réalistes dont le travail a été une formidable source de
motivation.
J’ai une grande tendresse pour le trait et l’univers de Franquin qui, même s’il n’a pas un dessin réaliste,
m’a apporté beaucoup au travers de ses albums, dans ma jeunesse et aujourd’hui encore.
Quelqu’un qui m’a probablement autant influencé que Rosinski, ces dernières années est Naoki
Urasawa, l’auteur de Monster, 20th Century Boys, Pluto…
J’aime son dynamisme, et sa mise en scène. J’aime aussi son dessin plus dépouillé, mais ô combien plus
vivant, que le mien.

En dehors de la BD, que fait Fréderic Peynet ?

C’est un boulot solitaire, alors lorsque j’ai un peu de temps libre, c’est important de ne pas négliger
quelques soirées avec les amis.
Je joue également dans un groupe rock, Slumberland. Ça permet de bien se vider la tête et de ne plus
penser au boulot, même si la majorité des membres de ce groupe travaille dans le milieu de la BD.

peynet5.jpg

Un grand merci à Fréderic Peynet pour cette belle interview.

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