Inlandsis T3 – le legs des vrais hommes

inlandsis t3 couv.jpginlandsis, le legs des vrais hommes, betbeder, frichet, soleil, conte, fantastique, légende, inuit, pôle nord, Scénario  : Stéphane Betbeder

Dessin : Paul Frichet

Editeur : Soleil productions

46 pages

date de sortie : mars 2014

genre : conte fantastique

 

 

 

La vieille Chamane Inuit continue son récit à l’ethnologue Mauss, tandis que Peary – persuadé qu’il est d’avoir atteint le pôle Nord – se presse de rentrer au pays pour faire valider son exploit par la Société Nationale de Géographie avant qu’un concurrent ne le devance.

Pendant ce temps, les dieux sont de plus en plus courroucés car ils sentent bien que leur territoire ne restera pas longtemps inviolé. Les hommes sont tout près, ils bâtissent et ils ont soif de nouveaux espaces. Plus ils s’approchent, plus la magie s’éloigne …

Alors que le garçon ours et la fille loup élevés par les hommes sont plus que jamais soudés, la révélation de leurs origines communes les forcera à prendre chacun leur chemin avant de voir leurs destins à nouveau réunis, pour le plus grand bien du peuple Inuit.

inlandsis, le legs des vrais hommes, betbeder, frichet, soleil, conte, fantastique, légende, inuit, pôle nord,

Fin de ce conte polaire où les dieux et les hommes s’affrontent sans merci. Betbeder nous envoûte littéralement avec ce conte où la magie, le fantastique, les légendes et la réalité se mêlent avec subtilité. En toile de fond de cette fable merveilleuse racontant la genèse du peuple Inuit, le message est clair et intemporel : la civilisation est en marche depuis la nuit des temps et, depuis la nuit des temps elle s’oppose inexorablement aux traditions ancestrales et les détruits.

Scénario complexe vraiment bien ficelé, où dramaturgie, humour et violence se côtoient sans problème dans des décors somptueux de Paul Frichet. Les scènes fantastiques se fondent avec les scènes réalistes donnant une homogénéité graphique de bon aloi pour une lecture fluide. Comme dans les tomes précédents, il sait jouer avec les ambiances glaciales en utilisant avec brio sa palette de couleurs et éviter le piège des glaces blanc bleutées.

Un triptyque vraiment réussi à découvrir sans hésiter.

 

Ma note : 8/10

Loubrun

 

Voir la chronique du tome 2 agrémentée d’un résumé du tome 1

inlandsis, le legs des vrais hommes, betbeder, frichet, soleil, conte, fantastique, légende, inuit, pôle nord,

Inscrivez-vous à la newsletter

 

 

Le fils du yéti

le fils du yéti,tronchet,casterman,roman graphique,filiationle fils du yéti,tronchet,casterman,roman graphique,filiationScénario et dessin : Didier Tronchet

Éditeur : Casterman

Collection : Écritures

date de sortie : mars 2014

200 pages

genre : roman graphique

 

Vous prendrez bien une petite madeleine ?

 

Bling ! Bruit de verre cassé et odeur de fumée. Il fait nuit, il y a le feu dans l’immeuble. Plus désemparé que paniqué, le narrateur est ramené à la réalité par les pompiers qui lui suggèrent de quitter les lieux au plus vite. Quitter les lieux, ok, mais il faut bien tenter de sauver quelque chose du désastre ! Que prendre ? Il décide d’emporter tous ses albums photos et se retrouve en pyjama dans la rue, avec un sac rempli de souvenirs qui le transporteront dans un voyage introspectif pour toute la semaine.

 

Une semaine bien chargée où les évènements vont s’enchainer : un ami qui meurt, une grand mère à enterrer, la découverte d’une vieille lettre rédigée par son père à son attention alors qu’il avait trois ans. Et surtout, toutes les photos de son père, disparu bien trop tôt, qu’il découvre ou redécouvre avec un nouveau regard. Cela fait beaucoup de souvenirs et beaucoup de questions qui font surface d’un coup, mais qui feront le plus grand bien à ce quadra en quête d’identité.

 

le fils du yéti,tronchet,casterman,roman graphique,filiation

Didier Tronchet adapte son propre roman éponyme paru en 2011 aux éditions Flammarion. Plus habitué des récits humoristiques et loufoques, il change ici de registre en abordant un sujet sérieux, celui de la filiation. Pas tout à fait autobiographique mais presque, (la plupart des faits évoqués sont du vécu), ce récit intimiste au ton monocorde et au rythme assez lent est touchant et profond. Ce personnage qui est un anti héros ordinaire profite d’un bouleversement de son quotidien pour faire une sorte d’auto psychanalyse. Les fêlures sont nombreuses mais les plaies seront finalement toutes pansées, et en douceur. Le passé et le présent se rabibochent habilement grâce à une belle madeleine de Proust que représentent les lectures des albums de Tintin partagées avec son neveu, notamment Tintin au Tibet qui permet au passage de comprendre le titre de cet album.

 

Avec son style graphique reconnaissable entre tous, bien qu’ici un peu plus charbonneux et épais, Didier Tronchet nous livre un voyage introspectif émouvant et sensible. Parsemé d’un humour léger et sobre, ce roman graphique invitera le lecteur à considérer ce qui pour lui est essentiel dans la vie.

 

Ma note : 7/10

Loubrun

le fils du yéti,tronchet,casterman,roman graphique,filiation

Inscrivez-vous à la newsletter

Un petit livre oublié sur un banc

un petit livre oublié sur un banc,jim,mig,bamboo,grand angle,comédie romantique,bookcrossingun petit livre oublié sur un banc,jim,mig,bamboo,grand angle,comédie romantique,bookcrossingScénario : Jim

Dessin : Mig

Couelurs : Delphine

Editeur : Bamboo

Collection : Grand angle

date de sortie : mars 2014

48 pages

genre : comédie romantique

 

Vous avez un message

 

Camélia est une jeune femme qui voit la routine s’installer tout doucement dans sa vie. Son compagnon est plus préoccupé par les nouvelles technologies que par son couple et ses collègues de boulot sont superficielles et sans grand intérêt. Sa vie va changer le jour ou elle trouve un livre abandonné sur un banc. Elle y découvre une dédicace invitant à le prendre, le lire et le déposer ensuite dans un lieu public pour un prochain lecteur. Elle découvre aussi que certains mots sont entourés et forment un message, éveillant sa curiosité …

Camélia se prend au jeu et suit les consignes. Cette expérience anodine la mènera plus loin qu’elle n’aurait pensé, et elle mettra tout en œuvre pour retrouver l’auteur des messages qui parsèment le livre.

un petit livre oublié sur un banc,jim,mig,bamboo,grand angle,comédie romantique,bookcrossing

Jim (Une nuit à Rome, Une petite tentation) est en passe de devenir l’auteur spécialiste d’histoires contemporaines mettant en scènes de jeunes adultes en proie à l’ennui ou la routine. Avec un petit livre oublié sur un banc, il surfe sur le phénomène du bookcrossing qui consiste à partager les livres en les abandonnant dans des lieux publics pour leur donner une seconde vie. Certains livres auraient ainsi fait le tour du monde …

 

A travers une intrigue toute simple, Jim nous propose une comédie romantique des plus sympathiques pleine de tendresse. A l’heure du tout connecté, l’histoire de Camélia nous rappelle qu’il n’y a pas que le numérique dans la vie et qu’il est possible de communiquer autrement qu’avec des machines, qui plus est de manière ludique, voire enivrante. C’est ce qu’il se passe pour la pimpante Camélia qui trouve là matière à mettre un peu de piment dans sa vie en transformant cette expérience en véritable enquête.

 

Mais que cette enquête est lente ! L’histoire est plaisante, le personnage attachant, on sourit des maladresses de l’enquêtrice en herbe, on la suit volontiers dans sa quête, notre curiosité est titillée par cet énigmatique messager, mais l’ennui s’installe vite au cours de la lecture. Le tout manque de relief et ce premier tome donne l’impression de n’être qu’une mise en place. Prendre 48 pages pour faire une mise en place sur une histoire prévue en deux volumes, c’est un peu du gâchis. Ce genre d’histoire gagnerai vraiment à être publiée en un seul volume.

 

Mais Jim sait y faire et, comme un écolier du fond de la classe se réveille au son de la cloche sonnant la récréation, il nous réveille sur la fin avec un rebondissement salvateur qui nous fait remettre les pieds dans ce jeu de piste.

un petit livre oublié sur un banc,jim,mig,bamboo,grand angle,comédie romantique,bookcrossing

Mig (Sam Lawry, Le messager) aux crayons et Delphine aux pinceaux sauvent les meubles en donnant à l’ensemble un ton léger et aéré. Dans un style épuré et simple, les personnages sont très réussit et les expressions et attitudes très vivantes. Les couleurs douces et chaleureuses de Delphine apportent à l’ensemble un ton élégant et apaisant.

 

En arrière plan de l’intrigue, le lecteur pourra réfléchir sur l’intérêt de conserver des livres dans sa bibliothèque. Est-ce bien raisonnable d’entasser sur des étagères des centaines de livres qu’on ne relira pour la plupart jamais ? J’écris ces lignes entouré d’étagères croulant sous les BD, et je me pose de temps en temps cette question …

 

Cette forme de partage du livre est intéressante, et l’idée me plait de savoir qu’un livre vit en circulant de mains en mains au lieu de s’éteindre sur une étagère.

 

J’attends une suite un peu plus dynamique qui me permettra de rehausser la moyenne de cette histoire sympathique.

 

Ma note : 6,5 /10

Loubrun

 

 

un petit livre oublié sur un banc,jim,mig,bamboo,grand angle,comédie romantique,bookcrossing

 

Inscrivez-vous à la newsletter

 

Templiers tome 2 – Le graal

templiers,mechner,pham,puvilland,akileos,aventure,histoire,chevaliers,moyen âge,trésor,braquage,casseStempliers,mechner,pham,puvilland,akileos,aventure,histoire,chevaliers,moyen âge,trésor,braquage,cassecénario : Jordan Mechner

Dessins : LeUyen Pham & Alex Puvilland

Editeur : Akiléos

250 pages

date de sortie : avril 2014

genre : aventures Historiques

 

 

Suite et fin de l’histoire des Templiers racontée par Jordan Mechner.

A la fin de premier volume, nous avions laissé Martin et ses compagnons sur la piste du fameux trésor des Templiers. Les voilà donc maintenant en plein dans l’action pour organiser et mettre à exécution leur plan pour s’en emparer. S’ils ont une idée du lieu ou peut se trouver le trésor, il va leur falloir être des plus ingénieux pour l’en extraire.

 templiers,mechner,pham,puvilland,akileos,aventure,histoire,chevaliers,moyen âge,trésor,braquage,casse

A la différence du premier tome qui était plus axé sur les faits historiques concernant la chute du temple, Jordan Mechner, dans ce second volume laisse libre cours son imagination. C’est parfaitement logique, étant donné que le trésor des Templiers reste aujourd’hui encore une énigme des plus mystérieuses dont la quête anime quelques passionnés (ou illuminés) de par le monde. Chacun peut donc en raconter librement sa version, donnant lieu à des histoires de plus ou moins bonne qualité.

Comme dans le tome 1, la qualité est au rendez-vous. On est dans de la pure aventure où les anciens templiers se livrent à un véritable braquage minutieusement préparé, dont je ne vous révèlerais bien entendu pas les ficelles ici.

Le rythme est enlevé, les rebondissements donnent un souffle épique à l’intrigue, les bagarres sont magistralement mises en scènes, et le tout donne une histoire très dynamique et fluide vraiment plaisante à lire. Et le socle Historique est tout de même présent donnant une base solide à la fiction.

 templiers,mechner,pham,puvilland,akileos,aventure,histoire,chevaliers,moyen âge,trésor,braquage,casse

 

Le mélange de la fiction et de la réalité historique est ici menée de main de maitre permettant à chacun d’y trouver son compte. Toutefois, si la fiction domine dans ce tome, l’auteur n’oublie pas à la fin de revenir habilement sur le chemin de la vraie Histoire.

 

Ma note : 7/10

Loubrun

 

Lire la chronique du tome 1

 

Inscrivez-vous à la newsletter

templiers,mechner,pham,puvilland,akileos,aventure,histoire,chevaliers,moyen âge,trésor,braquage,casse

 

Sur les bords du monde – tome 2

sur les bords du monde,frasier,henry,bamboo,shakleton,aventure,antarctique,012014,610sur les bords du monde,frasier,henry,bamboo,shakleton,aventure,antarctique,012014,610Scénario : Jean-François Henry

Dessin : Olivier Frasier

Editeur : Bamboo

Collection : Grand angle

date de sortie : janvier 2014

48 pages

genre : aventure, Histoire,

 

Résumé (éditeur)

Depuis l’appareillage de L’Endurance le 5 décembre 1914 pour rejoindre le Pôle Sud, le périple ne s’est pas déroulé tout à fait comme prévu pour l’ensemble de l’équipage…

Contraints d’abandonner leur navire pris dans la glace, les hommes de Sir Ernest Shackleton doivent poursuivre l’expédition à pieds. Situés encore à plusieurs milles de leur objectif, exténués, démotivés, affamés, ils ne sont pas au bout de leurs souffrances pour atteindre les bords du monde…

sur les bords du monde,frasier,henry,bamboo,shackleton,aventure,antarctique,012014,610

Un an et demi après la sortie du tome 1, nous voici replongés dans l’enfer des glaces polaires avec tout l’équipage de l’Endurance.

Voilà 27 hommes livrés à eux-mêmes dans un environnement des plus hostiles. La traversée du continent glacé n’est plus à l’ordre du jour. Shackleton n’a plus qu’un objectif, celui de ramener tout l’équipage vivant. Aussi, lui faut-il un tempérament de vrai leader pour éviter à ses hommes de s’abandonner à la mort trop rapidement et de garder toujours espoir. Il faut lutter contre la faim, la promiscuité, l’ennui, l’individualisme, sans quoi le groupe est condamné. Ils n’ont que très peu de vivres, et pour s’en sortir, ils devront aller en chercher sur l’île Paulet ou Shackleton en avait laissé lors d’une précédente expédition. S’ensuivra une succession d’obstacles tous plus insurmontables les uns que les autres, qui seront tous surmontés les uns après les autres.

La force de caractère de Shackleton poussera son équipage à un exploit surhumain. Ce qu’ont enduré ces hommes parait incroyable et improbable, et pourtant c’est bien ce qu’il s’est passé. Leur endurance et leur résistance force l’admiration et l’on se demande si de nos jours, des hommes seraient capables de survivre à de telles conditions.

Comme dans le premier tome, la narration reste linéaire et nous raconte le périple des survivants au jour le jour. Mais toute cette aventure est présentée trop rapidement et ne permet pas d’appréhender la souffrance extrême de ces hommes ainsi que le courage immense dont ils ont fait preuve pour garder intact leur instinct de survie.

Comme dans le premier tome, les dessins des personnages restent assez grossiers et les décors peinent à rendre effroyables les lieux.

 

Ce diptyque est une bonne présentation de cette aventure humaine hors normes, aventure qui cependant mériterait un traitement un peu plus approfondi.

Ma note : 6/10

Loubrun

Putain de guerre ! 1914 – 1918

putain de guerre, tardi, verney, casterman, intégrale, 1914-1918,première guerre mondiale,Histoire,  042014,10/10putain de guerre, tardi, verney, casterman, intégrale, 1914-1918,première guerre mondiale,Histoire,  042014,10/10Scénario : Jean-Pierre Verney

Dessin : Jacques Tardi

Editeur : Casterman

92 pages

date de sortie : janvier 2014

genre : Historique

 

 

Août 1914, le soleil écrase la campagne française de ses rayons brûlants. Les français, pour majorité agriculteurs et paysans, sont aux champs quand résonne le son monotone du tocsin. Une cloche qui sonne à 16h, c’est inhabituel. Quand d’un village à l’autre elles se font écho, c’est inquiétant. Toutes les cloches de France sonnent le tocsin … Petit à petit les Français comprennent. Ils cessent leurs activités, les mains lâchent les outils, les visages sont graves, surtout ceux des femmes qui comprennent plus vite que les hommes que ces cloches sont les cloches du malheur, annonciatrices de millions de tragédies familiales.

C’est la guerre. Les Français sont mobilisés, et contrairement à ce que disait Poincaré, la mobilisation c’est bien la guerre. Les Français y vont de bon cœur, parait-il. Mais sur les millions de mobilisés, il y en a bien quelques uns qui trainent des pieds pour y aller.

C’est le cas de cet ouvrier tourneur qui ne voit pas les évènements à venir d’un très bon œil, et qui n’a franchement pas envie d’accrocher une fleur à son fusil.

Nous allons suivre cet ouvrier sur les premiers champs de bataille. Croulant sous un équipement désuet, inadapté, il verra ses camarades tomber par milliers, comme des mouches. Il comprend rapidement que lui et ses millions de camarades ont mis le pied dans un putain de bourbier …

 

putain de guerre, tardi, verney, casterman, intégrale, 1914-1918,première guerre mondiale,Histoire,  042014,10/10

 

Année du centenaire de la première guerre mondiale oblige, Les éditions Casterman rééditent ce chef d’œuvre de Jacques Tardi et de Jean-Pierre Verney. Publié initialement sous forme de journal entre 2008 et 2009, cet ouvrage avait déjà fait l’objet d’une publication en intégrale, mais en 2 tomes.

Nous avons donc aujourd’hui une nouvelle intégrale en un seul volume, reprenant les années 1914 à 1919 plus 40 pages de commentaires de Jean-pierre Verney.

 

Ce livre est un chef d’œuvre dans sa forme et dans son contenu. En suivant le quotidien d’un soldat inconnu, les auteurs nous donnent un cours d’Histoire en mettant toujours en avant les petites histoires de ceux qui font la grande. De 1914 à 1918, l’Histoire du conflit est restituée dans son intégralité, racontée et décrite de manière laconique et acerbe par un soldat qui tous les jours voit des gens comme lui se faire étriper par des tonnes d’acier. Ce soldat ne nous épargne rien, ses mots sont comme ce qui l’entoure : crus, violents, grossiers. On est loin des discours patriotes et va-t-en guerre pour aller « botter le cul aux boches » ! Ici c’est la réalité de la guerre, l’horreur innommable où les corps sont déchiquetés, où les tripes dégoulinent des ventres de pauvres gars dans la fleur de l’âge pour la plupart. Et des deux côtés de la frontière, les tripes ont la même couleur et la même odeur …

 

putain de guerre, tardi, verney, casterman, intégrale, 1914-1918,première guerre mondiale,Histoire,  042014,10/10

On a beau savoir que cette « grande guerre » fut une abominable boucherie, et qu’en se plongeant dans un tel livre on trouvera des trucs dégueulasses, à chaque fois c’est un choc. Dans un sens c’est tant mieux, car l’idée même de s’habituer à de tels carnages est encore plus insupportable.

 

Tardi et Verney sont, chacun à leur façon, des experts de la première guerre mondiale. Les textes de Verney, crus, familiers, argotiques, sont sans retenue et nous pètent violemment à la gueule, exprimant ainsi l’immense détresse et rancœur du soldat qui n’est qu’un pion sur un échiquier dont il ne connait même pas les limites et dont la vie est finalement bien peu de chose. En faisant parler un soldat anonyme, Verney en profite pour tailler en pièce un état major rétrograde, obstiné dans ses stratégies obsolètes et inefficaces, transformant souvent ses décisions en assassinat de masse.

Tardi quant à lui, excelle dans les scènes d’horreur ! Comme les mots de Verney, son dessin est cru et direct. Membres arrachés, viscères dégoulinantes, bourbier inextricable, ruisseaux de sang, monceaux de cadavres, gueules cassées … le moindre détail de cet enfer est en image. Et les images sont grandes, comme s’il fallait que rien ne nous échappe ! Trois cases horizontales par planche, cela donne de la place pour le détail … détail qu’il faut chercher dans des cases de moins en moins colorées au fil du récit, à mesure de l’enlisement du conflit.

 

putain de guerre, tardi, verney, casterman, intégrale, 1914-1918,première guerre mondiale,Histoire,  042014,10/10

Le dernier chapitre se focalise sur tous ces anonymes victimes de cette guerre absurde : paysans, écrivains, instituteurs, percepteurs, fonctionnaires, ingénieurs, jeunes, vieux, frères, sœurs, mères, de tous horizons, de toutes régions, des colonies …. Pas une famille française qui n’ait été touchée par cette tuerie. C’est véritablement poignant, et le lecteur ne pourra s’empêcher d’avoir une pensée pour ses propres aïeuls tombés sur les champs de batailles.

 

Un ouvrage qu’il faut lire pour rendre hommage à ces 10 millions de soldats inconnus morts dans cette putain de guerre !

 

Ma note : 10/10

Loubrun

Les torches d’Arkylon – tome 1

les torches d'arkylon,almodovar,akata,héroïc fantasyles torches d'arkylon,almodovar,akata,héroïc fantasyScénario et dessin : Michaël Almodovar

Editeur : Akata

Collection : M

date de sortie : avril 2014

184 pages

genre : héroïc fantasy, aventure

 

 

Résumé (éditeur)

 C’est une période de crise en Arkylon. L’Empereur ne se préoccupe plus de son peuple et ne joue plus son rôle de dirigeant… Résultat, les guildes de mercenaires se multiplient et font d’énormes bénéfices ! C’est dans ce contexte que Sombrelune, un elfe noir un peu dragueur et Arkaïs, un chevalier dragon végétarien, sont engagés pour retrouver un paladin disparu depuis peu… Leur périple commencera à Mechaab, une cité aéroportuaire marchande. C’est là qu’ils retrouveront l’homme qu’ils recherchent… Ils seront alors mêlés bien malgré eux à un complot qui dure depuis bien des siècles ! Mais avec un artefact surpuissant sur les bras, une sorcière rancunière et un inquisiteur aux trousses, nos héros devront apprendre à dépasser leurs préjugés, combiner leurs talents et affuter leurs armes ! Car la quête qui les attend sera pleine de batailles, de poursuites, de pièges et de trahisons… La quête des Torches d’Arkylon !

Mais tout ceci n’est qu’une histoire … celle d’une bande dessinée – Les torches d’Arkylon – lue par une jeune mère à son fils dans le coma …

 

les torches d'arkylon,almodovar,akata,héroïc fantasy,042014,6.510

Sous ses airs de énième histoire d’héroïc fantasy, Les Torches d’Arkylon est un petit phénomène éditorial. Les éditions Akata, qui ont pris leur indépendance début 2014, ont choisi de pré publier intégralement et gratuitement sur le web le premier volume de cette nouvelle série. C’est une vraie prise de risque au regard du « consommé/jeté » que pratiquent les jeunes ados à qui s’adresse cette série. Le pari était osé, place maintenant à l’édition papier.

 

Format poche, dessin noir et blanc, utilisation de trames, 184 pages, découpage et mise en page ultra dynamique, personnages taillés à la serpe, à n’en pas douter, Les torches d’Arkylon c’est du manga. Mais attention, du Manga made in France. Michaël Almodovar, jeune auteur nourrit aux jeux de rôles, à la BD et aux animes, nous livre ici une pure aventure d’héroïc fantasy. Il aime raconter des histoires, et ça se voit. L’influence des jeux de rôle est omniprésente projetant le lecteur très facilement dans l’aventure aux côtés des deux héros dont les caractères les rendent assez attachant. Leurs supers pouvoir de magie ne les empêchent pas d’être un peu gaffeurs, drôles, râleurs, bref, un peu humains …

 

les torches d'arkylon,almodovar,akata,héroïc fantasy,042014,6.510

 

Avec ce premier tome, sur 4 prévus pour le premier cycle, on rentre tout de suite dans le vif du sujet. Peut-être un peu trop vite a mon goût. Ainsi, le côté « histoire dans l’histoire » n’est finalement que survolé, et on ne sait rien de cette jeune mère et de son fils dans le coma. Très peu de pages y sont consacrées, faisant pour le coup passer ce choix narratif à priori original pour un faire valoir ou juste une façon de se démarquer des nombreuses productions HF. Gageons que les prochains volumes nous en apprendrons plus sur les liens entre les personnages réels et imaginaires de cette histoire.

 

Il n’empêche, pour qui aime l’héroïc fantasy, les jeux de rôles et la bonne aventure sans prise de tête à l’humour un peu potache assumé, les Torches d’Arkylon est d’un très bon niveau scénaristique au rythme enlevé, dont l’univers créé par Michaël Almodovar est parfaitement en place comme en témoignent les bonus à la fin du livre. Les personnages, les pays, la cartographie, tout est décrit avec minutie. Pas de doute, l’auteur sait ou il va.

Ce Manga Français n’a franchement pas à rougir face aux séries cadors du genre. Son format et le dynamisme de la narration devraient séduire le public visé.

 

Ma note : 6,5/10

Loubrun

 

les torches d'arkylon,almodovar,akata,héroïc fantasy,042014,6.510

 

Moi, jardinier citadin T2

moi jardinier citadin,min ho choi,akata,manwha,jardinage,société,écologie,jardins collaboratifs,incroyables comestibles,incredible edible,eva wissenz,janisse ray,graines,semences,potager,810,032014moi jardnier citadin,min ho choi,akata,manwha,jardinage,société,jardins collaboratifs,incroyables comestibles,incredible edible,eva wissenz,janisse ray,graines,semences,potager,810,032014Scénario et dessin : Min-ho Choi

éditeur : Editions Akata

date de sortie : 27 mars 2014

208 pages

manwha (sens de lecture occidental)

genre : autobiographie, société, écologie

 

 

Résumé (éditeur)

Cela fait maintenant plusieurs mois que Min-ho CHOI a déménagé en banlieue de Séoul. Au fil des mois, grâce aux bons conseils de ses voisins, il a appris à s’occuper de ses légumes, à les observer grandir, avec amour… Et puisqu’on parle d’amour ! C’est avec joie et impatience qu’il attend la naissance de son fils. Pour lui, voilà d’ailleurs une raison de plus pour cultiver des légumes sains et de qualité. Peu à peu, son enthousiasme fait des émules, et tandis que notre héros revendique l’importance de préserver les semences locales et la biodiversité, c’est tout son quartier qui commence à bouger… Et si la solution au marasme général se trouvait dans la solidarité locale ?

 

moi jardinier citadin,min ho choi,akata,manwha,jardinage,société,écologie,jardins collaboratifs,incroyables comestibles,incredible edible,eva wissenz,janisse ray,graines,semences,potager,810,032014

 

Deux mois seulement après la sortie du tome 1, voici le second volet de cette mini saga potagère. On y retrouve toute la candeur du premier opus agrémentée de bons conseils pour jardiniers en herbe et de superbes planches de fleurs et plantes diverses.

Grâce aux conseils avisés de ses voisins et à des coup de main providentiels, le jardinier novice a réussi son coup. C’est non sans fierté qu’il offre à son entourage le fruit de sa production. Tous ceux qui cultivent un bout de potager se retrouveront dans ce geste altruiste, mêlé d’une petite pointe d’orgueil à avoir fait pousser soi-même des légumes meilleurs que ceux du supermarché. Et sans produits chimiques en plus !

La culture potagère prend une autre dimension, l’abondance des récoltes invitant naturellement au partage. S’instaure alors une micro économie solidaire basée sur le troc et l’échange de services. Voilà qui renforce la fraicheur du propos en mettant un bon coup de pied à l’individualisme grandissant dans nos sociétés.

 

Préserver les ressources et la terre en cultivant bio, c’est bien joli, mais ça demande beaucoup de travail et d’efforts. Un potager bio ne supporte pas l’abandon et demande une surveillance de tous les instants. Heureusement, mère nature met tout à disposition pour assister le jardinier : des insectes, des plantes, tout peut servir à combattre les ravageurs qu’ils soient à pattes ou à racines. Saviez-vous par exemple que les coccinelles à 28 ou 10 points sont des nuisibles, alors que celles à 7 ou 2 points sont bénéfiques ? Saviez-vous que l’on peut fabriquer des insecticides avec des plantes ? Min Ho Choi nous fait part d’un tas d’autres astuces qui à coup sûr, raviront les jardiniers amateurs.

 

moi jardinier citadin,min ho choi,akata,manwha,jardinage,société,écologie,jardins collaboratifs,incroyables comestibles,incredible edible,eva wissenz,janisse ray,graines,semences,potager,810,032014

Toutefois, Moi, jardinier citadin, ne se contente pas de donner des trucs et astuces sur le jardinage de manière candide et amusante. Min Ho Choi se sert de son expérience pour diffuser un message en alertant le public sur la dégradation de la biodiversité. Dans l’histoire, il découvre à un moment qu’aucune des graines qu’il a fait pousser ne viennent de son pays, et qu’il est vain de semer les graines issues de sa production, car elles ne donneront rien.

 

Aujourd’hui, 5 compagnies contrôlent 75% des semences potagères au niveau mondial, et il est impossible de récupérer les graines de sa propre production pour les utiliser l’année suivante. En effet, quasiment toutes les semences sont le fruit d’hybridations, c’est à dire de croisement de variétés depuis des décennies, pour obtenir des variétés plus résistantes. Le revers de la médaille, c’est que les plantes produisent des graines quasiment stériles. Ceci oblige bien évidement les cultivateurs à racheter des semences tous les ans, devenant ainsi dépendant des semenciers.

Les semenciers cherchent donc à faire des variétés hybrides de chaque espèces. Quand ils parviennent à mettre au point une variété hybride, ils abandonnent les recherches visant à améliorer les variétés non hybrides correspondantes, les excluant d’office du catalogue officiel pour cause de non conformité. De fait, les hybrides deviennent alors « naturellement » plus performantes et résistantes … 

C’est ainsi que son menacées des variétés anciennes, ou des variétés naturelles, qui ne répondent pas aux critères du catalogue des semences.

 

moi jardinier citadin,min ho choi,akata,manwha,jardinage,société,écologie,jardins collaboratifs,incroyables comestibles,incredible edible,eva wissenz,janisse ray,graines,semences,potager,810,032014

L’industrialisation de l’agriculture permet de meilleurs rendement, mais tue la biodiversité. Or, au même titre que dans le règne animal, la biodiversité dans le règne végétal est absolument vitale. On s’inquiète à juste titre de la disparition de certaines espèces animales, mais qu’en est-il de la disparition d’espèces végétales et en particulier de graines et semences millénaires ? Qui s’en inquiète ?

 

Le livre se termine par un dossier très intéressant sur le sujet, où Eva Wissenz, membre des « journalistes pour la nature et l’environnement », nous révèle ce qui se trame avec le brevetage du vivant et la main mise d’une poignée de multinationales, parfois plus puissantes que des États, sur ce qui constitue la base de notre alimentation : les graines.

 

Si ce dernier document fout un peu le bourdon, il a le mérite de nous ouvrir les yeux sur les ravages d’un capitalisme ultra libéral sans scrupules, dont les armes de destructions massive que sont des entreprises comme Monsanto n’ont qu’un but : faire toujours plus de profit en asservissant les gens, tout en leur faisant croire que ce sont des bienfaiteurs de l’humanité.

 

Moi, jardinier citadin, une belle BD verte, où l’écologie du bon sens prend le pas sur l’écologie dogmatique.

 

Ma note : 8/10

Loubrun

 

voir la chronique du tome 1

 

moi jardinier citadin,min ho choi,akata,manwha,jardinage,société,écologie,jardins collaboratifs,incroyables comestibles,incredible edible,eva wissenz,janisse ray,graines,semences,potager,810,032014

 

STERN GANG

stern gang,enoch,stassi,la boite à bulles,histoire,sionisme,terrorrisme,palestine,israelstern gang,enoch,stassi,la boite à bulles,histoire,sionisme,terrorrisme,palestine,israelScénario : Luca Enoch

Dessin : Claudio Stassi

Éditeur : La boîte à bulles

date de sortie : mars 2014

128 pages

Noir et blanc

genre : Documentaire Historique

 

Du sang pour une terre promise …

 

Stern Gang raconte un pan méconnu de l’Histoire dont les répercussions résonnent encore aujourd’hui sur l’échiquier politique mondial.

 

Dans les années 20 du siècle dernier, après la première guerre mondiale, le territoire de Palestine est administré par l’Empire Britannique avec la bénédiction de la SDN (Société des Nations) l’ancêtre de l’ONU. De plus en plus de Juifs viennent s’installer sur cette terre pour s’y établir de manière permanente.

C’est dans ce contexte que naissent des groupes d’opposition à l’Empire Britannique, considéré comme un occupant et comme l’ennemi du peuple Juif.

 

Chez certains de ces groupes, la violence extrême prend rapidement le pas sur la diplomatie et semble être la seule solution envisageable pour chasser les Anglais de la terre promise. C’est le cas du groupe Stern, du nom de son fondateur, (qui deviendra par la suite le groupe Lehi) qui, à l’aune de la seconde guerre mondiale, refuse de participer à l’union sacrée contre les nazis, et préfère continuer sa lutte contre les anglais qu’il considère toujours comme l’ennemi du Yishouv – c’est à dire de l’implantation juive en terre d’Israël.

 

stern gang,enoch,stassi,la boite à bulles,histoire,sionisme,terrorrisme,palestine,israel,032014,8.510

 

Après la guerre, en 1948, l’État d’Israël est officiellement créé par les vainqueurs et par l’ONU. La terre est découpée et partagée entre les populations Arabes et les Juifs. Les groupes Sionistes ne voient pas tous cela d’un bon œil considérant ce partage comme une division de la « mère patrie » et une manœuvre anglaise pour avoir à nouveau la main mise sur la région. Leurs actions se tournent alors contre des cibles politiques puis contre les Arabes.

 

C’est ainsi que le médiateur de l’ONU, le Suédois Bernadotte, chargé de superviser la mise en application du partage territorial entre juifs et arabes est assassiné par le groupe Stern. C’est ainsi, qu’au nom de la cause, tous les habitants d’un village Arabe sont assassinés. Et c’est ainsi que le Sionisme radical et extrême est né avec les conséquences que l’on connait tous, plaçant cette région du monde sur des charbons ardents pour des décennies.

 

stern gang,enoch,stassi,la boite à bulles,histoire,sionisme,terrorrisme,palestine,israel,032014,8.510

 

 

 

Ce livre hyper documenté est un vrai livre d’Histoire et nous aide à comprendre ou tout au moins à avoir une autre vision du conflit Israélo / Palestinien que nous connaissons aujourd’hui.

 

Lucas Enoch et Claudio Stassi nous montrent comment un petit groupe très peu populaire, employant des méthodes terroristes, qui compta parmi ses membres un futur premier ministre Israélien, a changé la face du monde en créant et en installant un climat de haine qui semble irréversible entre arabes et juifs.

 

Leur récit puissant traite sans concessions et sans tabou d’un sujet encore très sensible aujourd’hui. Le récit débutant en 1948, l’essentiel de la narration est faite en flashback et ce, de façon linéaire offrant une approche chronologique des événements.

 

A l’aise sur toutes les scènes, Claudio Stassi nous livre un dessin nerveux en noir et blanc rehaussé de lavis en nuances de gris. Le tout est solide et donne du dynamisme à un récit très didactique.

 

stern gang,enoch,stassi,la boite à bulles,histoire,sionisme,terrorrisme,palestine,israel,032014,8.510

 

Stern Gang est passionnant sur le plan Historique parce qu’il nous dévoile un pan méconnu du passé et parce qu’il nous permet d’avoir une autre vision sur les évènements actuels du proche Orient.

 

Malgré la complexité des faits et du contexte politique de l’époque, cette histoire se lit d’une traite comme un bon roman d’action. La narration reste fluide et l’abondance de termes en hébreux, bien documentée. Pour les plus avides de géopolitique, le dossier de 10 pages à la fin du livre apportera un éclairage encore plus pointu sur cette période trouble qui dure depuis presque un siècle …

 

ma note : 8,5/10

Loubrun

 

 A lire aussi :

Chroniques de Jérusalem de Guy Delisle

Jérusalem – Portrait de famille

 

Inscrivez-vous à la newsletter

Les vestiges de l’aube – tome 1 – morts en série

les vestiges de l'aube,morts en série,le tendre,peynet,khara,dargaud,vampire,polar,fantastique,adaptationles vestiges de l'aube,morts en série,le tendre,peynet,khara,dargaud,vampire,polar,fantastique,adaptationScénario : Serge Le Tendre

Dessin : Frédéric Peynet

Editeur : Dargaud

48 pages

date de sortie : mars 2014

 genre : polar fantastique

 

 

Internet, sauveur des âmes en peine …

Résumé (éditeur)

Barry Donnovan est un flic dévoré par le désespoir depuis les attentats du 11 Septembre, lors desquels sa femme a péri dans l’effondrement d’une des tours… Hanté par cette mort, il trouve cependant du réconfort sur Internet grâce à des discussions qu’il a, chaque soir, avec un certain Werner Von Lowinsky, aristocrate cultivé et attentif. Peu à peu, sans qu’ils se soient jamais rencontrés, une complicité entre les deux hommes se tisse, Werner semblant étrangement réceptif au drame qu’a vécu Barry. Werner a en fait lui-même connu une histoire dramatique et violente impliquant sa famille, il y a cela longtemps, très longtemps, avant qu’il ne devienne… un vampire !

 

les vestiges de l'aube,morts en série,le tendre,peynet,khara,dargaud,vampire,polar,fantastique,adaptation

 

Serge Le Tendre et Frédéric Peynet (Le Feul, Phoenix) adaptent le roman de David S. Khara et revisitent le mythe du vampire en fusionnant fantastique et polar. Ce diptyque démarre sur les chapeaux de roues par une scène de crime assez violente posant là son lot de mystères.

Petit flashback vers une maison abandonnée dans les entrailles de laquelle nous faisons connaissance avec Werner Von Lowinsky. Pas de cave voutée, pas de galeries souterraine sombres et humide ; ici, l’intérieur du sieur Werner est coquet, moderne et bien équipé. C’est que la vie d’un vampire, c’est pas facile tous les jours ! Être quasi immortel, ça finit par être lassant. D’autant que si tuer est dans sa nature, il ne le fait pas par plaisir, mais par nécessité. Ce vieux vampire cultivé s’ennuie ferme ! Son salut vient d’Internet grâce auquel il rencontrera la parcelle d’humanité qui lui fait défaut en la personne du flic Donovan chargé d’élucider la série de crimes qui sévit dans New York.

Ces deux personnages qu’a priori tout oppose se trouvent des points communs et des affinités, et vont finir par se rencontrer. En tissant cette relation, chacun enfreint ses propres règles et l’on attend avec impatience le jour ou Donovan découvrira la vérité.

 

les vestiges de l'aube,morts en série,le tendre,peynet,khara,dargaud,vampire,polar,fantastique,adaptation

 

Cet album où fantastique et polar se mêlent habilement est vraiment bien mené. Le dynamisme du dessin de Peynet est renforcé par des cadrages osés et percutant, donnant à la lecture un rythme effréné.

Voilà une histoire de vampire qui sort des sentiers battus et une belle surprise en ce début d’année.

 

Ma note : 7/10

Loubrun

 

Vous pouvez vous inscrire ici à la newsletter

 

Les idées fixes

les idées fixes,piquet,futuropolis les idées fixes,piquet,futuropolis Scénario et dessin : Gabrielle Piquet

Editeur : Futuropolis

96 pages noir et blanc

 

 chronique sociale,

 

 

A chacun ses fantômes

 

Achille et Adrien sont frères. Achille assure le gîte et le couvert à Adrien, car celui-ci a un « esprit de travers, qui lui fait des misères mais aussi lui fait voir les plus belles histoires ». Autrement dit, Il est légèrement cintré. Il entend des voix, il voit les morts notamment ceux perdus en mer. Il parle par énigmes ; c’est parfois poétique mais aussi parfois non dénué de bon sens. Folie pure ou séquelles de deux ans de guerre passés en Algérie ? Nul ne le sait, mais tout le monde l’aime bien car, même s’il adore faire peur aux gosses, il n’est ni méchant ni dangereux. Achille lui, a la tête sur les épaules. Mais cet ancien marin pêcheur ne prend plus la mer depuis 20 ans. Depuis que son bateau, l’Agathe, a disparu avec toute la famille à qui il l’avait prêté. Reviendra ? Reviendra pas ? Adrien le sait lui. Un jour L’Agathe reviendra.

 

les idées fixes,piquet,futuropolisA travers ses thèmes de prédilection que sont la fratrie et les relations humaines, Gabrielle Piquet (Trois fois un , les enfants de l’envie) y aborde le sujet délicat de la folie. Adrien est atteint d’une folie douce qui le fait passer pour l’idiot du village, mais à l’écouter parler, on pourrait tout aussi bien le considérer tantôt comme un poète, tantôt comme un philosophe. Surtout lors de ces longues conversations avec cet enfant qui attend ses parents sur le quai, et qui parle comme un adulte. Qui est le plus fou des deux ? Cet enfant dont l’enfance l’ennui et qui a hâte d’entrer dans le monde des adultes pour accomplir ses rêves de gloire ou bien Adrien qui voyage dans sa tête ? L’attente et l’espérance, les deux thèmes sous-jacent de ce récit, voilà ce qui lie les deux frères.

 

Les idées fixes est un livre atypique à la sensibilité touchante, dans le fond et dans la forme. Le sujet est traité avec beaucoup de délicatesse, tendresse et poésie. Gabrielle Piquet ose y glisser un vers de Victor Hugo ainsi que quelques dialogues en alexandrins qui donnent un rythme musical et léger à la lecture. Mais le côté le plus atypique réside dans le graphisme. Le dessin de style « fil de fer » où les traits se mêlent, se chevauchent, se croisent, se superposent semble de prime abord délicat à appréhender. On a une impression de dessins transparents, sans fond. En feuilletant l’album avant de le lire, j’ai pensé que la lecture serait compliquée. D’autant que les bulles ne sont pas des bulles, mais de simples traits se confondant parfois avec le dessin.

les idées fixes,piquet,futuropolis

L’histoire est en fait parfaitement bien construite et écrite et la lecture coule de source, pour peu que l’on arrive à mettre de côté les conventions et les codes traditionnels de la BD.  Ainsi, la lecture ne se déroule pas toujours de gauche à droite, elle peut être sinusoïdale, tourbillonnante, mais curieusement jamais confuse. Jamais je ne me suis perdu dans une page, et jamais je n’ai eu a chercher le bon sens de lecture. Textes et images se mêlent habilement grâce à une écriture simple, une narration claire, le tout accompagné d’un dessin épuré et élégant.

Un beau livre qu’il ne faut pas se contenter de feuilleter, mais sur le quel il faut s’arrêter pour en apprécier la sensibilité et se laisser toucher par des personnages attachants.

 

Ma note : 7/10

Loubrun

 

Lune l’envers

lune l'envers,blutch,dargaud,fable,science fiction,société,création,artlune l'envers,blutch,dargaud,fable,science fiction,société,création,artScénario et dessin : Blutch

Editeur : Dargaud

date de sortie : janvier 2014

56 pages

genre : chronique de société, science fiction

 

 

 

Cette histoire commence de manière plutôt étrange et déconcertante. Une mère tient à sa fille – Liebling un discours assez pessimiste sur la place de la femme dans la société. Pour tenir le coup face aux difficultés qui l’attendent, elle lui transmet alors son « truc », qu’elle tient elle-même de sa mère : une capsule de cyanure, a n’utiliser qu’en ultime recours…

 

lune l'envers,blutch,dargaud,fable,science fiction,société,création,art

 

La vie s’écoule, Liebling grandit et se retrouve sur le marché du travail. L’agence de placement l’envoi chez Eurifice, une curieuse entreprise de « créativité sensorielle », où les gens travaillent sans savoir sur quoi ni pour quoi, en plaçant leurs mains dans des trous …

Pendant ce temps là, chez Média Mondia, l’heure est à la crise. Lantz, dessinateur de BD qui a imaginé le « Nouveau Nouveau Testament », best-seller dont dépend l’économie entière, est en panne d’inspiration. Il est donc débarqué de la série, et il faut vite lui trouver un remplaçant. Le lien entre Media Mondia et Eurifice est fait.

Mais Lantz est de ces auteurs qui ne peuvent s’affranchir des méthodes de travail à l’ancienne, et ne peut se résoudre à signer une œuvre pondue par une armée de tâcherons. N’étant plus animé par la flamme de la créativité, il laissera ses souvenirs envahir son esprit pour retrouver la muse de sa jeunesse, la belle Liebling.

 

lune l'envers,blutch,dargaud,fable,science fiction,société,création,art

 

Raconté comme ça, l’histoire parait assez simple. En vérité, il n’en est rien. La lecture est ardue et il faut s’accrocher pour ne pas perdre le fil, pour peu qu’on ait réussit à le trouver ! De plus, comme pour nous perdre encore un peu plus, Blutch s’amuse avec l’unité de temps en faisant se croiser les personnages à différentes époques mais sans que tous les personnages n’aient la même évolution.

Mais dès lors qu’on a accepté de sortir d’un mode de pensée cartésien et que l’on s’est extirpé du tourbillon scénaristique, on finit par comprendre le message de Blutch.

 

Il fait ici une critique acerbe de la société du rendement, de la performance, qui pressurise et rend le travail aliénant. Dans cet univers froid, déshumanisé et quasi totalitaire, il renvoie une image très négative de notre société telle qu’elle pourrait évoluer, ou telle qu’elle est en train d’évoluer. L’être humain n’a plus sa place en tant qu’être humain, mais en tant que machine juste bonne à produire. Et aujourd’hui, une machine qui ne fonctionne plus, on la jette. Avec ces métaphores « fantasmatiques » qu’il a placé dans un contexte qu’il connait, celui de la création artistique, Blutch nous démontre finalement que la résignation et le confort tuent l’Homme à petit feu. En acceptant de passer au second plan et de se sacrifier sur l’autel du rendement et de la production de masse, il se perd, il perd une part de liberté et sa création se perverti. L’auteur propose aussi dans cette fable une réflexion sur le temps qui passe et sur la vieillesse.

Le message est cinglant, mais il se noie un peu dans des circonvolutions scénaristiques alambiquées.

 

lune l'envers,blutch,dargaud,fable,science fiction,société,création,art

 

Le dessin épais et charbonneux crée une ambiance froide qui colle bien au propos, mais qui n’aide pas franchement le lecteur à rentrer dans le récit. Par ailleurs, la colorisation partielle des décors et des personnages est déroutante. D’une case sur l’autre, des éléments du dessin se retrouvent en noir et blanc ou changent de couleur. Pourquoi avoir fait ce choix ? Est-ce censé apporter quelque chose à la narration ? Je n’ai pas trouvé la réponse à cette option graphique curieuse et perturbante.

 

Lune l’envers est un album pointu, dont l’approche est vraiment complexe. Il est difficile d’y entrer et d’en décoder les messages, mais curieusement, la lecture reste envoutante. C’est sans doute l’effet « Blutch touch ».

 

Ma note : 6/10

Loubrun

 

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑