« Elle ne pleure pas, elle chante »  

Scénario : Eric Corbeyran
Dessin: Thierry Murat
Éditeur : Delcourt
Sortie: novembre 2004


Mon résumé
  
« Saint-Malo. Laura a la trentaine. Son père a eu un accident de voiture durant la nuit. Il est dans le coma. 
Laura devrait être triste mais au fond d’elle, c’est la joie qui s’exprime. Irrésistible. 
Parce qu’aujourd’hui, Laura a LA chance de tout exorciser. Son passé. Ses erreurs. Son père. Encore lui…  
La thérapie peut alors réellement commencer. Et prendra pour décor, une unique chambre. À moitié dans l’obscurité. Celle de papa, cette fois.  
Papa incapable d’agir, de parler, de trembler, de quoi que ce soit… Comme l’était Laura avant lui. 
Une Laura toute petite. Poupée déchirée dans un corps devenu trop vite adulte. Et qui crie. Qui CRIE. »


Mon avis   
  
Pas facile d’écrire sur un album m’ayant bouleversé, surtout à partir de son deuxième chapitre. Car il est question ici de roman autobiographique. Amélie Sarn a réellement vécu ce traumatisme. 
  
Autant le dire d’emblée, le sujet (l’inceste) est abordé ici avec brio et la transposition en format dessiné ajoute une certaine pudeur au propos, là où le roman peut mettre vite mal à l’aise (c’est mon avis). 
  
On suit donc Laura, une jeune femme qui passe le plus clair de son temps à côté de sa vie. À s’autodétruire. En manque d’amour. En manque d’insouciance. En manque d’un père. En manque. Bref, le vide intérieur. Le vide ? Non, pas que. Il y a aussi les cris étouffés d’une poupée muette. Elle a envie d’exister, de grandir…  
  
Et par une circonstance bien pensée, le destin va lui en donner la possibilité.  
C’est ce qu’elle comprendra dans cette chambre d’hôpital, Laura, en entamant un dialogue avec son père, si imposant pour elle : son père, ce jour-là dans le coma, ne pouvant plus réagir, plus crier, « rien ». L’occasion de tout lui dire pour Laura, de déverser sa rancœur, son mal-être… On dit d’ailleurs que les gens dans le coma se souviennent de certaines voix, à heures régulières, alors, sera-ce le cas cette fois ?… 
Là aussi, le destin aura son mot à dire et la fin, inattendue, donne à réfléchir sur le « sens » d’une vengeance, de ce qu’elle implique de repli sur soi, de haine vis-à-vis des autres. Ne vaut-il pas mieux « vivre » pour punir son bourreau ?  
Plutôt que se laisser contaminer par lui… Un choix à faire et peut-être à un moment clef pouvoir éclaircir son horizon, « agir » dans sa propre vie… 
 

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J’ai rarement vu le sujet de l’inceste aussi bien traité, que ce soit du côté de la famille (mère, frères, médecin), des petits amis que du côté de l’héroïne, son corps, ses pensées, ses carences. Le scénario de Corbeyran y ajoutant des petites images diffuses, souvent très symboliques : voir ce poisson dans l’aquarium (la fille) se demandant s’il ne réveillera pas le chat (Son père, donc). La bd propose donc un degré supplémentaire de compréhension et amène de la distance, du recul, même si, je vous le dis déjà, l’histoire y va à fond et n’omet aucun détail ! Il s’agit bien là de traumatisme à extraire, puis à dépasser ! 
  
En définitive, je me souviendrai de cette lecture comme d’une œuvre marquante, petite par la taille mais énorme parce qu’elle a dire et l’espoir qui en ressort. C’est un témoignage salutaire et encore une belle pépite de la collection « Mirages » de Delcourt (voir aussi « Nuit noire, même collection, autre petit bijou). 
  
Le dessin de Thierry Murat est lui aussi en adéquation. Expressions figées, contours parfois flous, regards fuyants, mais quelle force pour exprimer le non-dit, la face cachée des choses et des gens, bref, la misère affective et la vacuité de la bienséance générale. Les couleurs sont en outre harmonieuses et magnifient le récit là où il en a besoin, l’éclairant dans ces ténèbres au combien noires de la complexité humaine. 
  
1483171415À noter qu’un film belge (2011) est tiré lui aussi de l’œuvre originale. Comme pour la bd, je l’ai préféré au roman. L’actrice y est confondante de naturel et ajoute un degré humain supplémentaire au personnage de Laura, un corps, une vraie présence. 
  
  

Nicolas

 

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