Scénario et dessin : Benjamin Renner
Editeur : Delcourt (Shampooing)
date de sortie : janvier 2015
192 pages
genre : humour, animalier
Scénario et dessin : Benjamin Renner
Editeur : Delcourt (Shampooing)
date de sortie : janvier 2015
192 pages
genre : humour, animalier

Scénario et dessin : Dylan Horrocks
Éditeur : Casterman
262 pages
date de sortie : janvier 2015
genre : biographie
« La BD te brisera le cœur » – Jack Kirby
Hicksville, c’est le nom d’une petite ville imaginaire dans le nord de la Nouvelle Zélande. Ce petit patelin perdu au milieu de nulle part a une particularité bien étrange : c’est la capitale improbable et quasiment secrète de la bande dessinée mondiale. Chaque habitant est passionné et spécialiste de BD en tout genre. Librairies et bibliothèques regorgent de trésors et raretés à faire tomber par terre n’importe quel collectionneur.
Le journaliste américain Léonard Batts a pour projet d’écrire une biographie de la nouvelle star internationale du comics, Dick Burger, natif de Hicksville. Batts réussit tant bien que mal à débarquer dans le village Néo-Zélandais pour réaliser son reportage, mais dès qu’il évoque le nom de Dick Burger, les mines se renfrognent et les portes se ferment.
Il semble qu’un lourd secret se cache dans le passé de la star….
« Encore plus que l’argent, un artiste aime qu’on l’aime » – Joe Simon
Les éditions Casterman ont eu l’excellente idée d’éditer cette nouvelle version de cet album hors du commun sorti aux États-Unis en 1998 et publié en France en 2001 par L’Association. Si le contenu ne change pas radicalement de la version de 2001, l’auteur nous gratifie d’une nouvelle introduction dessinée dans la quelle il nous fait part de la tentation qu’il a eu de tout redessiner pour cette nouvelle édition. Il n’aura finalement refait que la couverture, ce qui est bien suffisant.
Plus qu’un hommage au métier et aux auteurs de BD, Hicksville est une véritable déclaration d’amour à la bande dessinée. Dylan Horrocks est un auteur Néo-Zélandais né en 1966, qui révèle dans cet ouvrage son amour pour la BD, passion qu’il tient de son père qui possédait plusieurs albums de Tintin en français, et qui entre autres adorait autant les Peanuts de Schulz que Captain Marvel.
Tout en menant une enquête journalistique, il met en scène tout l’univers de la BD, de l’auteur au lecteur, en passant par les critiques, éditeurs, collectionneurs, libraires et passionnés en tout genres.
Dans une magnifique mise en abyme, Dylan Horrocks parsème les 260 pages de son récit de vrais faux comics, de vraies références (Kirby, Eisner, Stan Lee, Jacobs, Aragonès, Mc Cay, Hergé …) et d’ambiances teintées aussi bien de mystère que de légèreté et de profondeur. Car Hicksville n’est pas qu’une ode à la BD. L’auteur en révèle aussi les coulisses et expose ses interrogations sur la création artistique, le business, la reconnaissance, la gloire, et sur les relations ambivalentes entre l’art et l’argent ….
La narration à plusieurs étages où le vrai et le faux s’imbriquent et se superposent est un peu déroutante au début. Mais le style est finalement vite adopté et l’on se laisse assez facilement prendre au piège de l’intrigue qui se met lentement en place. Malgré l’univers improbable du village entièrement voué à la BD, tous les personnages sont crédibles et réalistes. On sent d’ailleurs bien l’investissement total et sans limites de l’auteur dans son récit ou certaines scènes relèvent certainement de l’autobiographie.
Hicksville est un album qui de prime abord peut faire peur par sa densité et son dessin noir et blanc maladroit aux airs un peu simplistes. Les plus courageux qui dépasseront cette appréhension découvrirons un album magistral dans lequel toute la richesse et la puissance créatrice de la BD y sont révélées.
En tout cas, pour tous les amoureux du 9ème art adeptes ou pas de comics, ce voyage initiatique à Hicksville me paraît indispensable.

Loubrun
Éditeur : Dargaud
62 pages
date de sortie : février 2015
genre : aventure fantastique
Jerrold Piccobello est un des magiciens les plus prestigieux de Grande Bretagne. Malheureusement il ne cesse de se faire recalé des multiples auditions qu’il passe. Désespéré, il erre dans les rues de Londres et revient sur les lieux de son enfance dans un vieux théâtre, ou tout a commencé. Fils d’un tricheur qui a fini au fond de la Tamise, le jeune Jerrold est poursuivi par les assassins de son père. Il trouvera refuge auprès de la concierge du théâtre qui l’élèvera. C’est aux premières loges du music hall qu’il grandi et que sa vocation nait de la rencontre du magicien Virgil Webb dont il devient l’assistant. Ce dernier, joueur et séducteur invétéré, disparait mystérieusement et laisse Jerrold seul. La perte de son mentor le désespère et l’empêche de mener à bien sa carrière. Ses souvenirs le mène jusque dans la vieille salle du théâtre ou il fera une bien étrange rencontre.
Voilà une drôle d’histoire qui se déroule dans un quartier du Londres de la fin du XIX ème siècle ou l’on a plus l’habitude d’y voir évoluer un certain Jack, éventreur de son état … D’une construction classique (le flashback racontant l’enfance du personnage) , ce récit réussit à nous surprendre en prenant sur la fin une tournure fantastique des plus réjouissante. La rencontre inattendue que fait Jerrold nous vaut 8 pages de dialogues croustillants et plein d’humour. On regrette presque que cette situation cocasse n’ait pas eu lieu plus tôt dans le récit.
Avec un graphisme fin au style crayonné, Benn (Mic Mac Adam) crée des ambiances simples mais élégantes qui donnent au récit une teinte nostalgique.
Benn nous laisse un peu sur notre faim mais pique habilement notre curiosité pour nous donner envie de suivre dans les deux prochains volumes les aventures de ce magicien particulier. En espérant que l’effet de surprise ne retombe pas comme un soufflé…

Loubrun

Scénario : Matz (d’après Walter Hill)
Dessin : Jef
Éditeur : Rue de Sèvres
128 pages
date de sortie : janvier 2015
genre : polar
En pleine période de la prohibition dans le début des années 30 en Arizona, Roy Nash sort de prison. Libéré par la pègre, il a une dette à payer au boss de Chicago. Il doit retrouver 3 braqueurs qui ont filé avec le magot sans le partager avec le patron. Roy n’a pas été choisit au hasard pour remplir cette mission. Non seulement il est réputé pour faire du bon boulot et surtout le finir, mais en plus l’un des braqueurs est parti avec Léna, son ex petite amie. Voilà un fait qui ne manquera pas de motiver encore plus le mafieux. Écumant les bas-fonds de Los Angeles, Roy aura finalement du mal à mener de front les deux quêtes et finira par se mettre tout le monde à dos.
A l’heure où le cinéma cherche de plus en plus d’inspiration dans le monde de la BD, voilà que cette dernière va faire les fonds de tiroir de Hollywood !
Matz, qui vient de finir la série Le tueur, rempile dans le polar en adaptant un scénario de Walter Hill. Walter Hill est un producteur, réalisateur et scénariste américain. Si vous ne connaissez pas son nom, vous avez sûrement déjà vu un de ses films. Il a été notamment co-scénariste des 3 premiers Aliens, scénariste de Guet Apens (celui de Peckinpah en 1972 ainsi que le remake en 1994), réalisateur de 48 heures avec Eddy Murphy et plus récemment du film Du plomb dans la tête, adaptation de la BD éponyme de … mister Matz himself. La boucle est bouclée, et c’est sur le tournage de ce dernier film que les deux hommes se sont rencontrés.
Walter Hill à donc sorti de ses tiroirs ce scénario très cinématographique et l’a tout naturellement proposé à Matz pour une adaptation en BD. Bien que l’histoire ne soit pas d’une très grande originalité, ce polar est franchement une réussite. On sent rapidement que rien ne se passera comme prévu et on a donc forcément envie de savoir comment ça va mal tourner. Les 120 pages s’avalent d’une traite.
Le dessin de Jef (9/11, une balle dans la tête) est magnifique. Il a le sens de la mise en scène et du cadrage, des décors soignés et des gueules de cinoche. D’ailleurs, Roy Nash, le personnage principal, n’est pas sans rappeler parfois Alain Delon dans Borsalino. Il a aussi le sens de l’action et des ambiances qui font mouche à tous les coups. Des bleds paumés d’Arizona où le temps semble à l’arrêt, aux docks embrumés où il ne fait pas bon trainer la nuit, on s’y croirait et on est pas loin de confondre le bouquin qu’on tient dans les mains avec un écran de cinéma.
Si l’on sent bien que ce scénario a été écrit à l’origine pour le grand écran il n’en demeure pas moins très réussi au format BD, et la patte de Matz n’y est pas pour rien.
Il parait que Walter Hill aurait une trentaine de scénario qui dorment …
Mister Hill, please, wake them up !

Loubrun
Scénario et dessin : Jean-Philippe Stassen
Éditeur : Futuropolis
158 pages
date de sortie : janvier 2015
genre : reportage, témoignage
» On sait que ça s’est passé, mais on ne peut pas l’imaginer «
Lire la suite « I comb Jesus et autres reportages africains »
Dessin : Manuel Lieffroy
Éditeur : Casterman
62 pages
date de sortie : janvier 2015
genre : chronique sociale
Résumé (éditeur)
Émilie, jeune apprentie au caractère entier, monte à Paris pour débuter un nouveau stage dans le cadre de sa formation auprès des Compagnons. Elle s’y lie d’amitié avec deux autres aspirants, Thomas et Quentin. L’excitation de la vie parisienne et la passion pour leurs métiers rapprochent Émilie et Quentin, au désespoir de Thomas, secrètement amoureux de la jeune femme. Mais cette ébauche de triangle amoureux se heurte rapidement à l’exigence du Tour de France des Compagnons, qui sépare les amis, les envoyant aux quatre coins de France pour parfaire leur apprentissage. A l’âge des premiers choix pro et perso, trois jeunes nous font découvrir de l’intérieur l’une des plus anciennes et des plus célèbres institutions du monde professionnel. Une école d’excellence, qui ne connaît pas la crise, et qui, plus qu’un métier, offre à ses membres un mode de vie à part entière.
Le compagnonnage prend ses racines au moyen âge à l’époque des grands chantiers des cathédrales. Corporation d’ouvriers se déplaçant de chantier en chantier, ils accumulaient au fil de leurs travaux beaucoup d’expérience qu’ils transmettaient à leur tour aux jeunes apprentis.
Aujourd’hui, les compagnons du devoir accueillent des jeunes et leur assurent une formation à des métiers traditionnels sur le principe communautaire de l’apprentissage. Pour intégrer la communauté en tant qu’aspirant, les apprentis doivent réaliser un travail d’adoption qui sera évalué par les maitres. Le comportement et les rapports humains au sein de la communauté comptent tout autant que la technique, ce qui rend parfois d’autant plus difficile l’adoption. Une fois devenu aspirant, l’ouvrier peut entamer son Tour de France afin d’acquérir techniques et savoirs indispensables pour réaliser leur chef d’œuvre qui les fera accéder au rang de Compagnon.
Tito (Jaunes, Soledad, Tendre banlieue) évoque de manière intelligente le fonctionnement de cette institution assez méconnue, sans tomber dans une énumération de règles ou d’us et coutumes ce qui deviendrait vite fastidieux pour le lecteur. Il nous invite à devenir nous même apprenti en suivant les pas de la jeune Emilie, et à nous initier aux rites et au langage de cette institution. Ainsi, sans renier ou dévoyer les traditions chères aux Compagnons, Tito ancre son récit dans la réalité et le quotidien des jeunes gens de notre époque en articulant son récit autour d’une amourette entre les 3 personnages principaux. Le compagnonnage qui peut de prime abord paraitre quelque peu suranné, est ici présenté comme une véritable école de l’apprentissage et de la transmission du savoir, où les termes de hiérarchie, apprentissage, devoir, excellence ont un vrai sens.
S’ils ont un esprit communautaire fort et un sens du devoir aigu, les Compagnons n’en sont pas pour autant coupés du monde, bien au contraire. Le tour qu’ils accomplissent les mènent vers des savoirs qu’ils ne peuvent acquérir que sur le terrain et prend son sens dans le partage.
Jeune dessinateur Lyonnais, Manuel Lieffroy met ce récit en images de manière sobre mais efficace. Le style semi-réaliste légèrement « chewing gum » est sans fioritures et contribue à ne pas donner au récit un ton trop sérieux.
Bien que plus proche de la chronique sociale que du reportage didactique, cette incursion dans le monde du Compagnonnage pourrait bien figurer dans tous les centres d’information et d’orientation des collèges et lycées, et qui sait, susciter quelques vocations.

Loubrun

Scénario : Mathieu Mariolle, Alex Nikolavitch
Dessin : Filippo Cenni
Éditeur : Glénat / Fayard
48 pages
date de sortie : janvier 2015
8 pages de bonus
genre : historique
Huitième volume de la série Ils ont fait l’Histoire des éditions Glénat, ce Saint Louis est fidèle à la ligne éditoriale de la collection qui propose un survol de la vie de personnages emblématiques qui ont fait le monde, en tentant de s’affranchir des images d’Épinal.
Que connait-on de ce bon Louis IX ? Ce que l’on en apprend dans les livres d’Histoire, c’est à dire pas grand chose. Il fut sacré Roi à 12 ans en la cathédrale de Reims, et c’est sa mère Blanche de Castille qui assura la régence jusqu’à sa majorité. De son vivant il était considéré comme saint, d’où son nom Saint-Louis; On apprend aussi qu’il rendait la justice sous un chêne et qu’il était aimé du peuple. Bien sûr nul n’ignore qu’il est parti en croisade, deux fois, la deuxième lui étant fatale sous les murs de Tunis. Ça fait peu de chose pour un des plus grands Roi de France de la dynastie des Capétiens et qui régna plus de 40 ans.
Difficile de nous en apprendre beaucoup plus en seulement 48 pages dessinées. Pourtant, les auteurs – avec l’appui des historiens – réussissent à distiller quelques informations montrant un Roi guidé par sa foi chrétienne mais aussi profondément réformateur. Il mettra a mal les abus des Seigneurs féodaux en mettant en place un système judiciaire donnant priorité à la présomption d’innocence ; deux ans après l’avoir interdite, il régulera la prostitution en inventant les maisons closes et des maisons de repos pour les anciennes prostituées. Sur le plan économique, il créera une monnaie royale, le Gros Tournois, qui sera frappée en grande quantité pour être intégrée dans tout le royaume. Bref, il mettra en place les fondements de ce qui deviendra le Royaume de France. Roi bâtisseur (il fit construire la Sainte Chapelle, joyaux de l’art gothique et l’un des plus beaux monuments de Paris) et visionnaire tant sur le plan social qu’économique, son règne n’en demeure pas moins émaillé de quelques faits peu reluisants. Outre l’échec des croisades, Louis IX est à l’origine du massacre des Cathares de Montségur et imposera aux Juifs à la fin de son règne, le port d’un signe distinctif, la rouelle.
Tous ces faits ne sont évidemment qu’évoqués et ne peuvent être approfondis en seulement 48 pages. C’est le reproche que je faisais concernant le volume 3 de la série consacré à Charlemagne, et c’est certainement le point faible de toute la série.
Si ici la narration se veut originale en suivant la voix du monarque au travers du texte « les Enseignements de St Louis » qu’il rédigea pour son fils, les évènements s’empilent les uns sur les autres donnant un récit trop confus et parfois pénible à suivre.
Le dessin réaliste de Fillipo Cenni est d’excellente facture. Aussi à l’aise dans les scènes d’action que dans les scènes statiques, son trait élégant et ses décors détaillés – valorisés par une très belle mise en couleur – contribuent à recréer avec précision une ambiance moyenâgeuse crédible sans verser dans les clichés.
Un album instructif dont les 8 pages de bonus, rédigées par les historiens Valérie Theis et Étienne Anheim, apporteront un complément d’informations qui pousseront les plus curieux vers d’autres ouvrages consacrés à St Louis.

Loubrun
Visite de la Sainte chapelle – Paris
Scénario : Christophe BEC
Dessin : Bernard KHATTOU
Editeur : Glénat (Flesh & Bones)
160 pages
date de sortie : octobre 2014
genre : épouvante

Scénario et dessin : Benjamin Flao, Troub’s
Éditeur : Futuropolis
160 pages
date de sortie : novembre 2014
genre : carnet de voyage
« on ne nait plus et on ne meurt plus sur cette île »
Cet album aux parfums exotiques est le fruit d’une histoire de copains. Flao et Troubs suivent au printemps 2014 une mission scientifique dans les iles Tuomatu en Polynésie Française, pour relancer la fabrication des Va’a Motu, les embarcations traditionnelles de Polynésie. Faute de moyens financiers suffisants, la mission prendra rapidement l’eau. Les deux copains ne renoncent pas et décident de rester sur place et de fabriquer eux-mêmes une pirogue à voile en suivant le modèle ancestral. Partant de rien et vivant au rythme de la nature, leur projet les poussent à la rencontre des habitants de l’atoll évoquant le passé et l’avenir de ce petit bout de terre posé au milieu du pacifique, dont l’histoire à été profondément chamboulée dans les années 60 par l’argent du nucléaire.
Écrit et dessiné à quatre mains, cet album nous emmène très loin de chez nous et nous plonge dans une torpeur équatoriale qui semble avoir eu raison des deux dessinateurs voyageurs. Cette mission qui s’annonçait des plus intéressantes se transforme en vacances entre potes ou la nonchalance semble être de rigueur. Plutôt qu’un carnet de voyage, nous avons là un journal de vacances dans lequel finalement nous n’apprenons pas grand que nous ne sachions déjà. Comme partout ailleurs, les jeunes générations quittent leur village pour aller étudier, et n’y reviennent pas. Comme partout ailleurs le progrès technique à eu raison des traditions ancestrales. L’arrivée du moteur à essence en 1965 a tout changé. Symbole du monde moderne, il a fait entrer de plain pied les atolls polynésiens dans une autre dimension. Le prix a payer pour une vie moins pénible, en a été l’oubli des traditions, de leur transmission et l’effacement progressif des racines. Ici plus qu’ailleurs, l’argent du nucléaire a pervertit l’âme des habitants qui – selon leurs dires – ne manquaient de rien pour vivre. Enfin, comme souvent dans les beaux endroits de la planète, le tourisme de masse est autant salvateur que destructeur.
Tout cela est raconté de manière un peu désinvolte au gré des rencontres que font les auteurs en quête de matériaux pour construire leur bateau. Ils y arriveront quasiment, d’ailleurs. Non pas à faire une pirogue traditionnelle, mais à force de récupérations, ils réussiront à naviguer sur les eaux transparentes du lagon. C’est ce qui vaudra d’ailleurs le plus beau dessin de l’album sur une double page. A la vue de cette double page, on regrette que tout l’album ne soit pas du même acabit.
Le dessin à quatre mains donne un résultat trop hétérogène voire hétéroclite où de superbes planches en côtoient d’autres aux traits grossiers ou juste esquissés. Graphiquement, cet album est bancal, comme un Va’a Motu – cette pirogue à voile à un balancier – qui serait mal conçu.
Si je me suis volontiers laissé porté par le rythme dépaysant du soleil et des vents tropicaux qui émanent de cet album, et si j’ai été séduit par la narration touffue et jamais ennuyeuse, je reste déçu par cette lecture qui laisse un gout d’inachevé et qui donne l’impression de n’avoir qu’effleuré le sujet.
Au final, on ne peut que souhaiter que le projet initial aboutisse et force les habitants à renouer avec leurs traditions pour empêcher qu’elles ne sombrent les abîmes du Pacifique.

Loubrun
Dessin : Fabio Pezzi
Éditeur : Glénat
48 pages
date de sortie : novembre 2014
genre : western, saga, road movie, aventure
| Tome 1 – l’homme de Kenzie’s river |
Tome 2 : poussières de rêve |
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parution : juin 2012 |
parution : août 2013 |
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A la fin du XIXe siècle, Ian McFarlane rejoint la propriété familiale qu’il avait quitteé 7 ans plus tôt. Il est accompagné de Allambee, son ami aborigène et de Lonan O’Farrell ‘un jeune orphelin irlandais tout juste débarqué sur le continent, et qui fuit un père adoptif violent. Arrivé à destination, il découvre que son père est mort, que son frère Kyle à disparu et que sa famille s’est faite dépossédée de ses terres par la famille Barnes. Après avoir confié le jeune orphelin à une tribu aborigène, les deux compagnons d’infortune partent à la recherche de Kyle. (tome 1 – l’homme de Kenzie’s River).
Les frères McFarlane et Allambee se retrouvent dans une petite ville minière tandis que Elisabeth Barnes a lancé ses sbires à leur trousses pour leur régler définitivement leur compte. Charles Daniels, un des exploitants de la mine leur confit une mission : retrouver la trace d’un géologue français porté disparu. C’est à dos de dromadaires qu’ils entament leur périple dans le terrible outback. Pendant ce temps, le jeune Lonan grandit auprès des aborigènes et s’initie à leur culture.(tome 2 – poussières de rêve)
Ian et Kyle McFarlane ont finit par mettre la main sur le géologue, ou du moins ce qu’il en reste. Mais surtout, il ont compris ce que convoitait le géologue et Charles Daniels : un filon de diamant qui se situe au cœur d’un lieu sacré pour les aborigènes. Pas question de révéler ce site aux prospecteurs sous peine de le voir détruit à tout jamais. Pendant ce temps là, Elisabeth Barnes qui poursuit ses sombres desseins, se voit remettre fermement à sa place par son mari, de retour d’Angleterre. Le jeune Lonan, lui, semble suivre les rêves aborigènes. (tome 3 – terra nullius)
Remplacez les indiens par les aborigènes, les déserts de l’Arizona ou les montagnes du Colorado par le Bush et l’Outback, et vous obtenez un western Australien. Avec Down Under, Nathalie Sergeef a créé une mini saga familiale à mi chemin entre le road-movie et le western.
Tous les ingrédients d’une histoire palpitante sont réunis : des personnages hauts en couleur, de l’exotisme et du dépaysement, des contrées sauvages et immenses sur un fond historique et social poignant. La sauce prend bien sur le premier tome mais malheureusement elle se dilue légèrement à partir de la moitié du deuxième tome. Les différents fronts narratifs qui sont lancés ne se rejoignent pas et le fil rouge de l’histoire s’effiloche dans le troisième tome. L’histoire se perd dans les rêves aborigènes au détriment de l’intrigue entre les Barnes et les McFarlane. Cette intrigue qui sert de support pour décrire la situation entre les colons et les aborigènes en cette fin de XIXe siècle à du mal à tenir la route et finit par s’essouffler. Dommage, car le côté instructif du scénario est passionnant et bien documenté. Mais, le message se perd et tout devient un peu confus.
Alors que le scénario perd en intensité au fil des albums, le dessin gagne en majesté. Les planches dessinées par Fabio Pezzi et mises en couleurs par Jean Jacques Chagnaud (un cador en la matière) sont sublimes et répondent parfaitement aux codes du genre. Les paysages australiens et la culture des aborigènes sont ici superbement mis en valeur nous plongeant dans des paysages époustouflants.
Down Under reste une bonne série divertissante et instructive qui mérite le détour et dans laquelle il fait bon s’évader.
Ma note pour les 3 tomes

Loubrun
Dessin : Bruno Bazile
Éditeur : Glénat (plein gaz)
48 pages
date de sortie : novembre 2014
Une petite madeleine à l’huile de vidange
Deux auteurs de BD déboulent au garage de Paris, dans un bled en Charente. Ils ont rendez-vous avec Marcel, un vieux mécano qui est un véritable livre d’histoire de l’automobile. Le fond de son atelier est rempli de ces vielles bagnoles dont le nom fait office de madeleine de Proust pour bon nombre des plus de 50 ans. Chaque voiture a son histoire, la grande, mais aussi des petites. Marcel en connait un rayon et livre aux deux compères ce qu’il étaient venus chercher : des histoires sur des vieilles caisses.
De la 4cv à l’Alpine A110 en passant par la Panhard Dina Z, la Peugeot 203, la 2 cv, la traction avant, la fameuse « Cox » et même la Jeep Willis (qui servit de véhicule pour les tours de France juste après guerre) chaque véhicule est associé à une image qui à marqué les consciences. Ainsi la Traction, bijou d’innovation pour l’époque, est devenu la voiture des bandits (le fameux gang des tractions) mais aussi la voiture de la libération en 44. La « deuch » qui fait œuvre de sociologie selon sa couleur : beige pour les mères de famille, grise pour les papis, verte ou rouge pour les jeunes cool …
Tout cela est raconté sur un ton ludique et didactique (mais pas trop) et invite le lecteur à un petit voyage dans le temps des plus sympathiques.
Dans un style semi réaliste, le dessin de Bruno Bazile est correct et précis concernant les véhicules représentés. je trouve en revanche l’encrage un peu épais et grossier, ce qui nuit à la lisibilité des planches.
Les histoires sont un peu courtes pour que les férus d’automobiles anciennes apprennent grand chose, mais ces historiettes permettront aux plus jeunes de découvrir les premières voitures de leurs parents ou grands parents.

Loubrun
La SIMCA Aronde P60
La Renault 8 Gordini
L’ Alpine A110
Dessin : Mezzo
Editeur : Glénat
72 pages (format à l’italienne)
date de sortie : septembre 2014
Genre : biographie
Black’n Blues
Quel est le point commun entre Robert Jonhson, Brian Jones, Alan Wilson, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Jim Morrison, Kurt Cobain, Amy Winehouse ? Ils sont tous membre du même club, le tristement célèbre « club des 27 » regroupant tous ces artistes influents du rock, morts à 27 ans. Si Robert Johnson est peut être le moins connu du grand public, il est certainement celui qui a le plus influencé la scène blues et rock du XXème siècle. Des Rolling Stones aux White Stripes en passant par Hendrix, Clapton, Dylan ou Led Zeppelin, le génie de Johnson à marqué des générations de musiciens. Pourtant, il ne laisse de sa très courte carrière – 2 ans seulement – que 29 morceaux, 2 photos et … 3 tombes ! Voilà comment se forge une légende du rock : du talent, du mystère, une existence sulfureuse pour les ingrédients principaux, assaisonnés d’un coup de pouce du destin, ou du diable.
« Musique du diable peut-être, mais quoi de mieux pour apaiser les âmes en peine »
De ce dernier point, Robert Johnson, se targuait d’avoir tiré ses dons en vendant son âme à Belzébuth. La pratique était courante dans le sud des États-Unis des années 30 où, être pauvre et noir – triste euphémisme – ne facilitait pas la vie. Se vanter d’avoir pactisé avec le diable était un moyen pour les bluesmen qui sillonnaient les routes d’effrayer leurs agresseurs. Il n’empêche, le mystère et la débauche n’ont cessé d’accompagner la vie de Robert Johnson. Ses deux années de carrière sont jalonnées de conquêtes féminines et de torrents d’alcool. Sa vie s’achèvera au croisement de ces deux routes en 1938. Il à 27 ans, et meurt vraisemblablement empoisonné par un mari jaloux. A moins que la cause du décès ne soit tout autre …
Quel magnifique et vibrant hommage que Mezzo et Jean Michel Dupont lui rendent dans ce très bel album. Dans un format à l’italienne, avec un dos toilé du plus bel effet, la vie de cet artiste défile comme un film noir. De son enfance difficile – un père absent, une mère qui se tue à la tâche dans les champs de coton – à son agonie, nous suivons pas à pas cet artiste à l’âme tourmentée dont l’histoire nous est contée par un énigmatique narrateur qui nous révèle son identité en toute dernière page (le lecteur un peu malin se doute vite de qui lui parle !).
Les planches de Mezzo (le roi des mouches, deux tueurs, …) d’un noir profond et intense restituent à merveille la moiteur du Mississippi et la moiteur du récit. On est d’abord envouté par ce trait épais qui n’est pas sans rappeler celui de l’américain Charles Burns dans Black Hole. Ensuite, on prend le temps de s’attarder sur les pages pour en apprécier la multitude de détails qui contribue à créer cette atmosphère si envoutante. C’est diablement efficace.
Pas besoin d’être un grand fan de blues pour apprécier cet album et l’histoire de cet artiste extraordinaire que fut Robert Johnson et qui fut classé en 2003 5ème meilleur guitariste de tous les temps par le magazine rolling stone. Si aujourd’hui sa musique peut paraitre quelque peu surannée les amateurs de blues et de rock lui doivent beaucoup.
Un très bel album qui se termine en musique puisque les auteurs ont eu la bonne idée de nous présenter les textes de 7 morceaux dont Love in Vain, Cross Road Blues ou Sweet Home Chicago.

Loubrun
Love In Vain
Sweet Home Chicago
Travelling Riverside Bluesman
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