Little Yu T1

little yu,xia da,urban china,manhua,enfance,onirisme,poésie,fantastique,conte,042015,710little yu,xia da,urban china,manhua,enfance,onirisme,poésie,fantastique,conte,042015,710Scénario et dessin :  Xia Da

Éditeur : Urban China

174 pages

date de sortie : avril 2015

genre : conte, fantastique, enfance

 

 

 

 

Les parents de la petite Xiao Yu quittent la ville pour s’installer à la campagne dans un village où le temps semble s’être figé. Leur activité est très prenante et Xiao se retrouve souvent livrée à elle même. Aussi, pour trompé l’ennui, et braver les interdits, elle part à la découverte du petit monde qui l’entoure. Elle découvrira un monde poétiques et d’incroyables personnages.

 

Little yu est la première bd de l’auteure Chinoise Xia da. C’est avec ce titre qu’elle a été remarquée et éditée au Japon dans le mensuel Ultra Jump.

S’inspirant de son enfance, Xia Da ouvre une parenthèse sur la vie trépidante que nous menons en nous invitant à un retour en enfance en faisant une pause aux parfums oniriques. Flirtant entre fantastique et poésie, les différentes rencontres de La petite Yu lui feront découvrir les joies et les peines qui font la vie. Xia Da met au premier plan l’imaginaire et l’innocence enfantines pour mieux nous montrer combien est vaine la course après le temps.

Ce récit fleure bon l’authenticité et l’on voit bien que l’auteure y a mis beaucoup d’elle-même.

Avec un dessin aux lignes pures et fines, Xia Da nous montre une nature et des décors s’offrant comme un cocon doux et paisible.

Cette œuvre contemplative inspire au calme et au repos, et Xia Da fait là un bel éloge de la lenteur.

 

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Loubrun

Li, princesse vagabonde T1

princesse vagabonde,xia da,urban china,manhua,aventure,chine,médiéval,710,042015princesse vagabonde,xia da,urban china,manhua,aventure,chine,médiéval,710,042015Scénario et Dessin : Xia Da

Editeur : Urban China

153 pages

date de sortie : avril 2015

genre : aventure

 

 

 

Résumé (éditeur)

Chine, 626.
Pour prendre le pouvoir, le second fils de l’empereur, Li Shimin, assassine ses deux frères et tous les membres de leurs familles. Grâce à son intelligence et sa fine lame, la princesse Yongning parvient à échapper aux hommes de son oncle et à se faire passer pour morte.
Devenue une fugitive obligée de se déguiser en simple marchand, elle fait le serment de venger ses parents et de reconquérir le trône, quel qu’en soit le prix.

 

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Née en 1981, Xia Da est une auteure Chinoise grande amatrice de Manga. Après avoir été remarquée en 2008 par une des plus grande maison d’édition Japonaise pour sa série Little Yu elle devient la première artiste Chinoise à être publiée dans le célèbre mensuel Ultra Jump.

 

Si La princesse vagabonde est sa deuxième série à être publiée, les prémisses de sa création remontent à ses années lycées. Autant dire qu’elle a pris le temps de bien murir l’histoire et ses personnages.

Il s’agit d’une histoire de vengeance assez classique où l’on va suivre cette jeune princesse atypique, débrouillarde, rusée, douée pour le combat et très déterminée à parvenir à ses fins. Pour cela elle oubliera son rang le temps de planifier sa vengeance.

Dans ce premier tome, Xia Da pose les bases de son récit et montre les luttes de pouvoir qui sont en place dans cette Chine médiévale. Elle nous plonge dans l’action dès les premières pages et mène son récit avec brio, alternant action, intrigues politiques et stratégie. C’est avec un vrai plaisir que l’on suit la quête de cette héroïne que l’on voit grandir presque à chaque page.

Dans du pur style Manga, le dessin tout en finesse est très lisible, et le découpage aéré offre une lecture des plus agréables. Les décors et les paysages sont simplement beau et rendent compte avec efficacité du patrimoine de l’époque. Les 150 pages s’avalent d’une traite et l’on a vraiment envie de connaitre la suite de cette aventure dont on sent que l’action ne manquera pas.

 

Voilà donc une très belle entrée en matière pour ce tout nouveau label, qui devrait permettre à un large de public de découvrir la BD Chinoise.

 

Tome 2 prévu pour début juin.

 

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Loubrun

 

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La bataille de shanghaï

bataille de shnagai,bo lu,urban china,manhua,histoire,guerre,chine,japon,documentaire,6/10,042015bataille de shnagai,bo lu,urban china,manhua,histoire,guerre,chine,japon,documentaire,6/10,042015Auteur : Bo Lu

Éditeur : Urban China

 130 pages

date de sortie : avril 2015

genre : documentaire Historique

 

 

 

 

Résumé (éditeur)

En août 1937, après des années de tension entre la Chine et le Japon, des affrontements éclatent entre les deux pays, à Shanghai. Pendant plus de trois mois, cette ville internationale devient alors une zone de conflit qui verra des centaines de milliers de soldats se lancer dans une lutte acharnée.

 

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La bande dessinée Chinoise est peu représentée dans nos contrées, et quand c’est le cas elle est souvent confondue avec du Manga. Le Manhua (c’est le nom de la bande dessinée Chinoise) s’est trouvé un nouvel ambassadeur avec le label Urban China, du groupe Dargaud, rejoignant ainsi les excellentes Éditions Fei.

 

Voici donc La bataille de Shanghai 1937, réalisé par Bo Lu. Né en 1970, Bo Lu est passionnée de Lianhuanhua*, la bande dessinée traditionnelle chinoise, et de Rock’n roll. Après avoir suivi des études en peinture à l’institut d’art de Shandong, il se lance dans une carrière …. musicale. En lançant le label Scream Records, il fut l’un des premiers producteur de la scène alternative Chinoise. En 2011, il s’installe en Suède et renoue avec le dessin en se consacrant à la réalisation de La bataille de Shanghai.

 

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Préfigurant le massacre commis par les Japonais sur les Chinois à Nankin en décembre 1937, cette bataille de Shanghai est peu connue des occidentaux, et même, d’après ce que dit l’auteur dans l’épilogue, de bon nombre de Chinois.

Bo Lu raconte le déroulé de cet épisode de la seconde guerre Sino Japonaise. Bataille sanglante où l’armée Japonaise, inférieure en nombre mais supérieure techniquement, à vaincu l’armée Chinoise et pris possession de cette ville nommée à l’époque le « Paris de l’Orient ».

 

Extrêmement bien documenté, ce livre passionnera les férus d’histoire qui y apprendront beaucoup de choses. Toutefois, le parti-pris de l’auteur de faire un pur documentaire rend la lecture parfois fastidieuse. Il n’y a pas de scénario à proprement parler, ni de personnages principaux, mais une suite chronologique des évènements relatée avec force détails concernant les stratégies, les noms des généraux, les noms des armées, divisions, brigades, régiments, ainsi que les dates. C’est passionnant, mais le côté livre d’Histoire risque d’en rebuter plus d’un.

 

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Plus proche du style européen que du style asiatique le dessin hachuré au trait noir de Bo Lu ne facilite pas la lecture. Très touffu et très détaillé, il ne manque pas d’élégance mais manque parfois de justesse et de clarté permettant d’identifier plus facilement les protagonistes. Les uniformes et notamment les casques des soldats permettent de faire la distinction, mais il faut quand même avoir l’œil.

 Allant jusqu’au bout de sa démarche de documentaire, le livre se termine sur un épilogue reprenant les faits évoqués, la chronologie des événements, les noms des généraux mort durant la bataille, et des dessins des équipements utilisés par les deux camps.

La bataille de Shanghai est une BD assez pointue qui risque de ne plaire qu’aux amateurs d’Histoire, ce qui est mon cas. Mais je pense que le choix d’une fiction ancrée sur fond Historique aurait été accessible à un plus grand nombre permettant ainsi de mieux témoigner de ce sombre épisode de l’Histoire de la Chine.

 

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Loubrun

 

* Lianhuanhua 

Le Lianhuanhua est un recueil rassemblant des séquences dessinées accompagnées d’un petit texte au dessus ou en dessous de l’image. Dans un tout petit format à l’italienne et tenant dans la paume de la main, il y a une seule image par page. Ces petits livres décrivaient des histoires traditionnelles Chinoises et devaient être accessibles à des lecteurs illettrés ou peu lettrés.

Le sculpteur

le sculpteur,scott mccloud,rue de sèvres,art,chronique sociale,fantastique,910,042015le sculpteur,scott mccloud,rue de sèvres,art,chronique sociale,fantastique,910,042015Auteur : Scott Mc Cloud

Éditeur : Rue de Sèvres

485 pages

date de sortie : mars 2015

genre : fantastique

 

 

 

« Nos jours à tous sont comptés »

 

David Smith est un jeune artiste en mal d’inspiration. Il a pourtant tutoyé la gloire suite à une rencontre avec un très riche mécène. Malheureusement, il n’a pas eu les épaules assez larges pour supporter cette notoriété trop rapide et n’a donc pas obtenu la reconnaissance escomptée. La collaboration avec le riche et malhonnête mécène a alors capoté, et il se retrouve sans un sou en poche.

Résigné, il boit ses derniers dollars dans un bar lorsque vient à sa rencontre son grand oncle Harry a qui il se confie. Il lui avoue être prêt à donner sa vie pour être enfin reconnu en tant qu’artiste. Son « oncle » lui propose alors un pacte : il pourra sculpter à mains nues tout ce qu’il souhaite, mais ce sera au prix de sa vie, dans 200 jours. Il accepte sans sourciller ce pacte diabolique, et prendra conscience de l’étendue de son pouvoir dès le lendemain, alors que le compte à rebours est lancé. Le grain de sable surviendra au bout de 11 jours en la personne de Meg, dont il tombe éperdument amoureux.

Comment va-t-il gérer ces deux passions exaltantes et dévorantes ? Alors que le temps lui est compté pour maitriser son nouveau don, il joue avec la matière et crée des œuvres aussi époustouflantes qu’invraisemblables. Mais son travail fait peur et le manque de cohérence entres les différentes pièces l’empêche de rentrer dans les indispensables galeries d’art. Il est néanmoins déterminé, et son amour grandissant pour Meg ne va pas faciliter les choses.

 

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Après avoir publié l’art invisible – un essai en bande dessinée sur la bande dessinée – Scott McCloud est considéré comme un des grands théoriciens de la bande dessinée. Le titre parait un brin pompeux, mais McCloud est aussi un vrai artiste et auteur de BD, même si sa production « papier » est assez limitée. Adepte de la bande dessinée expérimentale, il crée dès 1998 des webcomics, visibles sur son site internet, dans des formats aussi divers que variés.

 

Le sculpteur est à ce titre une BD des plus classiques … de 485 pages. Si une telle pagination vous fait peur, je vais vous rassurer tout de suite : Scott McCloud a un sens inné de la narration et quelques pages seulement suffisent à kidnapper le lecteur. Jamais l’on ne s’ennuie dans cette lecture car même les deux ou trois passages un peu long sont au service de la narration. Alors même que le dénouement est censé être connu dès le départ, McCloud réussit à créer un suspense, et à le maintenir sur les 485 pages. Le lecteur doute sans cesse sur cette issue fatale vers laquelle se précipite David et l’on se surprend à croire, espérer, imaginer une autre fin.

C’est volumineux mais la lecture reste très fluide et le nombre de pages sert vraiment l’histoire. L’auteur prend le temps de mettre en scène les effets qu’il souhaite sans avoir recours à une surabondance d’ellipses comme c’est souvent le cas dans des formats plus conventionnels.

 

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McCloud ancre cette réécriture du mythe Faustien dans la vraie vie, jouée par des personnages réalistes et accessibles. A cette histoire invraisemblable, se greffent mille petites et grandes questions existentielles liées à la création artistique, mais pas seulement. Quelle est la place de l’art dans la société, quelle est sa valeur, quel sens donner aux créations artistiques, et faut-il leur donner un sens, quel sens donner à sa vie, comment vivre sans ses proches, comment affronter la mort, l’amitié et l’amour sont-ils éternels, peut-on maitriser le temps qui passe …

 

La narration parfaite est soutenue par un dessin réaliste clair aux traits simples, donnant un rendu aéré. Sans avoir un coup de crayon éblouissant, Scott McCloud donne du mouvement à son dessin en utilisant les effets visuels de manière judicieuse et toujours à propos. Lignes de vitesse, différences d’encrages, perspectives, arrières plans, constructions des planches, quel que soit l’effet utilisé, il ne phagocyte jamais l’histoire mais renforce toujours le propos. Idem pour la couleur. Le choix de la bichromie dans les tons gris/bleus crée un jeu d’ombres et de lumière de bon aloi, et pose les ambiances. C’est là tout l’art de la BD, où images et textes racontent une histoire à valeur égale.

 

Époustouflante description d’une fuite en avant et d’une mort annoncée, le destin tragique de ce sculpteur sorti de l’esprit de Scott McCloud n’est pas sans rappeler les miroirs aux alouettes qui ont éblouis toutes ces stars du rock, emportées dans la fleur de l’âge.

 

Émanation du groupe de l’école des loisirs, l’éditeur Rue de Sèvres jette là un beau pavé dans la marre et rentre définitivement dans la cour des grands.

 

 

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Loubrun

 

 

 

PSG Heroes – tome 2 – péril galactique

psg heroes T2.jpgpsg heroes T2 pl1.jpgScénario : Benj

Dessin : Briones

Éditeur : Soleil (sous licence PSG)

48 pages

date de sortie : mars 2015

genre : aventure, sport, science-fiction

 

 

 

J’aime la BD, j’aime le foot, et j’aime le PSG. Voilà sans doute pourquoi mes camarades chroniqueurs de Samba BD m’ont gentiment laissé ce service presse. Je les remercie chaleureusement de cette bienveillance à mon encontre, car je me suis payé une bonne tranche de rigolade en lisant cette « BD ». Non pas que ce soit là un chef d’œuvre d’humour, loin s’en faut, mais j’ai ri d’imaginer les auteurs en train d’écrire cette histoire ! Ils doivent s’abreuver d’une potion drôlement magique pour pondre un truc pareil ! J’en veux moi aussi de la potion !

 

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Accrochez-vous ! Mais tout d’abord je vous fais un petit résumé du tome 1, car je m’en voudrais de vous perdre dans les abîmes inter-galactiques de cette aventure. Donc, dans le tome 1, des extra-terrestres ont décidé de pulvériser la terre (calmez-vous les gars, il ne s’agit pas de l’OM !) sauf si le PSG, qui domine le foot européen (on peut ici au choix, saluer l’esprit visionnaire qui anime cette bd ou bien y voir la principale caractéristique SF de cette histoire), vient a bout de leur équipe venue d’une autre galaxie. En gros, Zlatan doit sauver le monde. C’est curieux, parce que moi, je l’ai entendu dire ça le gars Zlatan : «Je ne suis pas là pour sauver le monde. Si je pouvais le faire, croyez-moi ce serait déjà fait.»* … Passons sur cette grossière invraisemblance. Zlatan a déjà du mal à sauver le PSG, alors vous imaginez, la terre !

 

Bref, passons au tome 2. La terre et l’humanité sont sauvées. Cool. Zlatan et ses coéquipiers sont devenus de vrais héros et disputent le tournoi galactique organisé par l’ignoble Rock Fükrug. La règle est simple : l’équipe qui perd, voit sa planète anéantie. Le PSG gagnant tout, Zlatan ne supporte plus d’être la cause de tant de destructions (il a quand même un bon fond le bougre). Donc il se rebelle, mais comme c’est pour la bonne cause, il ne prend pas de carton. Parviendra-t-il a sauver une fois de plus la terre ? Le suspense, haletant, est digne d’un PSG – Réal des années 90 ** ou, pour les plus jeunes, d’un Chelsea – PSG.

 

Bon, que dire de plus. Un mot du dessin ? Dans un style imitation comics super héros à la sauce Franco Belge, on peut dire que c’est propre et bien fait pour faire une histoire rythmée et pêchue. Les joueurs sont même à peu près reconnaissables, l’important étant que Zlatan, lui, soit parfaitement reconnaissable.

 

Le meilleur est pour la fin, dans un cliffhanger balbutié par Thiago Silva : « Nos supporters … ils ont …« 

 

… et merde, il va y avoir un tome 3 ….

 

Bon, j’ai beau aimer la BD, j’ai beau aimer le foot, et j’ai beau aimer le PSG, je ne suis pas sûr qu’il soit bien nécessaire de donner une grande place en librairie à cette BD licence marketing.

 

Enfin, ça fait toujours une bd d’action rigolote que les petits footeux en herbe apprécierons. Ou pas. Par contre, je serais curieux de connaitre les chiffres de vente à Marseille …

 

 

 

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Loubrun

 

 

 

* je vous jure que c’est vrai !

 

** Une petite page d’histoire ne fera de mal a personne

 

 

 

 

Rosa – tome 1/2 – le pari

rosa tome 1.jpgrosa tome 1 pl.jpgScénario et dessin :  François Dermaut

d’après un texte de Bernard Ollivier

Éditeur : Glénat

56 pages

date de sortie : mars 2015

genre : chronique sociale

 

 

Résumé (éditeur)

Dans un hameau Normand au début du XXe siècle, Rosa, mariée par ses parents à Mathieu, veuf et alcoolique de 25 ans son aîné, bientôt atteint de la tuberculose, tient dans la ferme conjugale un bistrot fréquenté par les rustauds du village. Alors que seule la lecture lui permet de s’évader, elle est mêlée à un pari absurde aux enjeux énormes initié par des « hommes » vantards, braillards, émouvants dont certains influents dans la commune. En en édictant les règles, la femme insignifiante qu’elle était hier à leurs yeux éprouvera le plaisir indicible que procure le pouvoir. Rosa découvrira les « hommes », leurs ambitions, leurs faiblesses, leur ignorance, leurs peurs, leurs tares cachées, leur cupidité, leur soif de domination… Elle s’émancipera de sa condition de femme de la fin du XIXe siècle, et s’affranchira du joug de la religion, omniprésente à cette époque.

 

 » Et … vous comptez l’organiser comment, votre concours, si c’est une histoire entre homme ? »

 

« Le chef d’œuvre de François Dermaut« . Ni plus ni moins, voilà ce que nous annonce l’accroche du dossier de presse de cet album. François Dermaut quant à lui, nous affirme que « Rosa, c’est le scénario [qu’il] cherche depuis 30 ans« .

François Dermaut est de ces grands auteurs – avec Juillard et Bourgeon – qui ont su renouveler la bande dessinée historique au sein des fameuses collections Circus et Vécu, lancées dans les années 80 par les éditions Glénat. Les 12 tomes des Chemins de Malefosse que Dermaut a dessiné font maintenant partie des classiques de la bd historique. Après avoir abandonné la série principale pour ce consacrer aux deux tomes de Malefosse en 2007 et 2009, François Dermaut se faisait plus discret sur la scène BD.

Et pour cause. Il planchait avec acharnement et détermination sur ce diptyque dont ce premier tome est le fruit d’un accouchement dans la douleur. Une faillite d’éditeur en cours de projet et une maladie grave forçant l’auteur à l’arrêt pendant un long moment, ont failli avoir eu raison de Rosa.

Cet album revient de loin, et cette histoire vient de très loin. Alors que son ami écrivain Bernard Ollivier faisait une marche de 12 000 km séparant Istanbul de Pékin, il imaginait, pour supporter la solitude, une histoire avec un personnage central. Rosa était née.

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En s’emparant de ce scénario, François Dermaut rompt définitivement avec les grandes épopées historiques pour faire une magnifique chronique sociale intimiste.

Il met de la lumière et de la tendresse dans une histoire ou l’on pourrait s’attendre à n’y voir que vice, orgueil et vanité. La lumière, c’est Rosa. Femme fidèle, dévote et surtout courageuse qui est prête à s’offrir à une bande de rustres pour sauver son mari de la maladie. Difficile à comprendre de la part d’une femme qui était bien peu considérée par son homme. Mais la force du pardon et la puissance de l’amour mèneront Rosa vers l’émancipation la poussant au réveil et à la réaction. D’un être transparent prête au sacrifice, elle se révèlera femme de tempérament et déterminée à prendre en main son destin.

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Elle mènera par le bout du nez tous ces hommes violents, vaniteux, cupides, cruels, orgueilleux, ambitieux et nous offre à nous lecteur, un panorama de la situation de la femme dans la société rurale de la fin du XIXe siècle.

La galerie de personnages est à la fois truculente et effrayante. Ils ont tous la gueule de l’emploi et Rosa doit aimer vraiment très très fort son mari pour jouer les arbitres de ce pari idiot !

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Le dessin réaliste, parfois à la limite de la caricature, est à ce titre très expressif. Les gros plans et cadrages serrés sont nombreux, renforçant le caractère intimiste et l’ambiance huis-clos de l’histoire. Priorité est donnée aux acteurs, à leur caractère et à leurs échanges plutôt qu’aux décors ou même à l’action. C’est d’ailleurs ce qui permet au récit de ne pas sombrer dans le scabreux et de sonner juste, avec humanité et parfois tendresse.

 

J’attends avec impatience le dénouement de ce pari dans le tome 2, non pas pour savoir qui est l’homme le plus vigoureux du village, mais plutôt pour savoir jusqu’où ira Rosa pour sauver son mari et ce qui l’a réellement motivée à animer ce jeu sordide.

 

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Loubrun

 

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Les maitres saintiers – tome 1 – à l’accord parfait, 1788

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Dessin : Serge Fino

Editeur : Glénat

48 pages

date de sortie : mars 2015

genre : Saga, Histoire, Esotérique

 

 

Résumé

1788. Étienne et François Rochebrune sont deux frères jumeaux aux caractères diamétralement opposés : Étienne, l’intellectuel, passe sa vie dans les livres, tandis que François, plus impulsif, est une vraie force de la nature. Ils descendent d’une longue lignée de maîtres saintiers dont le métier consiste à dessiner, sculpter et fondre les cloches. En recherche d’un chantier où exercer leurs talents, ils arrivent à la ville de Châtellerault. Ici, les gens se plaignent de la cacophonie produite par les cloches en piteux état de l’église Saint-Jacques. Comme il est de coutume de croire que les jumeaux portent malheur, les fidèles voient les frères Rochebrune d’un mauvais œil. Pourtant le maire de la ville décide de leur confier le chantier. Après une brève inspection, les jumeaux constatent l’étendue des dégâts et découvrent, gravées sur les cloches, de mystérieuses inscriptions en latin datant du XIVe siècle qui dévoileraient l’emplacement du tombeau de la Vierge Marie !

 

 » Je dis juste que depuis que vous êtes dans la région,

les ennuis ont commencé … »

 

Les éditions Glénat ont le chic pour nous servir de grandes sagas, qu’elles soient familiales, sociales ou ésotériques. Après les brasseurs de bière dans Les maitres de l’orge, les pêcheurs de sardine dans les Chasseurs d’écume ou les secrets de la Franc-maçonnerie dans le Triangle secret, Laurent Frédéric Bollée (Deadline, Un long destin de sang, Terra Australis) et Serge Fino (Chasseurs d’écume), nous proposent une incursion au sein de la corporation des maitres saintiers plus communément nommés « fondeurs de cloches ».

 

S’inspirant directement de la vie de sa propre famille, Laurent Frédéric Bollée met à l’honneur avec passion un artisanat méconnu, qui a contribué – et contribue toujours – à rythmer la vie de toutes les villes et villages. La fabrication des cloches des églises est un véritable art que l’auteur entend bien nous faire partager.

Mais il n’a pas l’intention de nous ennuyer en nous livrant un cours magistral sur la fonderie. Son scénario mêle habilement Histoire et action à la sauce thriller ésotérique, dans des proportions suffisamment raisonnables pour capter l’attention du lecteur.

 

Le scénario, de facture assez classique, est sans grande surprise pour l’instant, mais il est efficace. L’auteur a le temps de réserver son lot de surprises, puisque la série est prévue en 7 tomes et la saga doit se dérouler jusqu’au XXe siècle. Pour l’instant, il plante le décor, installe les personnages et lance l’intrigue sur les chapeaux de roue en terminant ce tome 1 sur un cliffhanger à faire pâlir d’envie les meilleurs scénaristes américains de série TV.

 

Serge Fino qui avait magnifiquement mis en image la saga sardinière des Chasseurs d’écume, récidive ici avec le même talent. Son dessin réaliste est soigné, les planches sont belles et les ambiances réussies. Comme le scénario, c’est sans fioritures, parfois un peu austère, mais rudement efficace.

 

Voilà donc une nouvelle série qui démarre bien et qui présente tous les ingrédients pour trouver rapidement son public, pour peu que l’aspect ésotérique ne prédomine pas trop.

 

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Loubrun

 

Pour en savoir un peu plus sur la fonderie Bollée : ICI

Le Carillon de l’église de Châtellerault, composé de 52 cloches Bollée. C’est ici que démarre l’intrigue de cette saga.

 

Deux Frères

deux frères,gabriel bà,fàbio moon,milton hatoum,urban comics,drame familial,brésil,adaptation610,032015deux frères,gabriel bà,fàbio moon,milton hatoum,urban comics,drame familial,brésil,adaptation610,032015Scénario et dessin : Gabriel Bà et Fabio Moon

adapté du roman de Milton Hatoum

Éditeur : Urban Comics

240 pages

date de sortie : mars 2015

 

 

 

 

 

Résumé

Yaqub, fils d’une famille libanaise établie dans la ville brésilienne de Manaus, revient au pays après cinq ans passés au Liban. Il retrouve son père, sa mère et surtout son frère jumeau, Omar. Tous attendent d’assister au bonheur de la réunion des deux frères mais personne n’a véritablement pris conscience que ces cinq ans de séparation ont en réalité cristallisé leur rivalité née à l’occasion d’une querelle sentimentale, quelques mois avant le départ subit de Yaqub pour le Liban. Une rivalité que la cicatrice au visage de Yaqub ne cessa de lui rappeler chaque jour de son exil au Liban.

 

« Ce qui inquiétait le plus Halim, c’était la séparation des jumeaux »

 deux frères,gabriel bà,fàbio moon,milton hatoum,urban comics,drame familial,brésil,adaptation610,032015

 

Après le carton de Daytripper des deux frères Gabriel Bà et Fabio Moon, un nouvel album portant leur signature attire forcément l’oeil. D’autant que L’Aliéniste, leur dernier ouvrage paru en septembre dernier m’avait enchanté.

 

Les deux jumeaux Brésiliens restent dans le registre de l’adaptation littéraire en mettant en image Deux Frères, le roman de Milton Hatoum.

Cette histoire raconte la chute et la déchéance d’une famille de Manaus à travers la lutte fratricide de deux jumeaux.

Comme souvent, les histoires de familles sont compliquées et pas franchement drôles, parfois même sordides.

Si le narrateur – le fils d’une indienne au service de la famille – permet de prendre un peu de recul sur ce drame familial, il n’en demeure pas moins que le lecteur finit par être consterné et affligé par tant de violence inutile et bien futile, mais ô combien destructrice. Rancœur, orgueil, regrets, jalousie, désirs, incompréhension, incommunicabilité entre père et fils, mère dévoratrice et castratrice, animent les personnages rendant leur relation complexes et malsaines.

Comme je le disais, on ne rit pas en lisant Deux frères. La tension est omniprésente et palpable à chaque page, et la lecture devient parfois pénible. Les 240 pages ne s’avalent pas d’une traite et les auteurs n’épargneront personne en mettant en place un final brutal au cynisme glaçant.

 

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Dans un style très différent de leurs précédents ouvrages, les auteurs ont choisit un traitement graphique en noir et blanc qui est magnifique et qui n’a rien a envier aux maitres du noir et blanc que sont Didier Comès, José Munoz ou Hugo Pratt, pour ne citer qu’eux. Les contrastes servent parfaitement bien le récit et placent ce drame familial entre ombres et lumières.

 

Si j’ai préféré Daytripper et encore davantage l’Aliéniste, Deux frères reste un bon album mais dont la lecture vous prendra un peu d’énergie.

 

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Loubrun

 

Pour en savoir plus sur Milton Hatoum : ICI

 

Retour à zéro

retour à zéro,smolderen,bourlaud,wul,ankama,univers de stéphane wul,science-fiction,anticipation,space opera,710,032015retour à zéro,smolderen,bourlaud,wul,ankama,univers de stéphane wul,science-fiction,anticipation,space opera,710,032015Scénario : Thierry Smolderen

Dessin : Laurent Bourlaud

Éditeur : Ankama

60 pages + dossier de 11 pages

date de sortie : janvier 2015

genre : science-fiction, anticipation

 

 

« Les plus faibles y restent, les autres passent au travers …

C’est ainsi que se forme l’élite qui triomphera de la Terre … »

 

Résumé

Condamné à l’exil lunaire comme tous les criminels condamnés depuis deux cents ans, Jâ Benal est en réalité un atomiste de génie envoyé par la Haute Cour terrestre pour infiltrer les hautes sphères d’une colonie soupçonnée de projets de rébellion. Au cours d’une aventure tenant à la fois du roman d’espionnage et de la SF pulp la plus débridée, Jâ Benal et sa complice vont déjouer les pièges de la Lune, et provoquer, bien malgré eux, une catastrophe d’ampleur cosmique qui remettra tous les compteurs à zéro…

 

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Voici le 11ème volume de la très belle collection dirigée par Olivier Vatine, consacrée à l’adaptation des romans SF de Stefan Wul. Écrit en 1956, Retour à zéro est le premier roman de Wul, et se pose aujourd’hui comme l’œuvre fondatrice des univers créés dans ses autres ouvrages. Les thématiques de l’environnement et des bouleversements climatiques, des colonisations de planètes, de la technologie avancée, des relations humaines, de la différence, que l’on trouve dans le reste de son œuvre, son déjà présentes ici.

Cette histoire à pourtant été écrite sans plan et de manière quasi impulsive. Son épouse ayant été déçue par la lecture d’un roman de SF, Stefan Wul qui était alors chirurgien dentiste, s’est lancé pour défi de lui écrire une meilleure histoire.

 

Plus que l’histoire du roman en elle-même, c’est ce côté écriture improvisée qui fascine Thierry Smolderen (Souvenirs de l’empire de l’atome) et l’a motivé pour adapter ce roman. C’est certainement là une des clés de la réussite de cet album. Le côté feuilletonnesque de l’histoire est assez plaisant et Smolderen se plait à retranscrire une narration originale un peu brouillon. Néanmoins, si les scènes donnent l’impression de se suivre un peu à la va vite, l’ensemble est très cohérent, bien rythmé, et se lit sans ennui.

Qu’en est-il de l’histoire ? Elle est assez simple et comme souvent dans les bons romans d’anticipation et de SF, les thématiques abordées sont sérieuses et mettent l’humanité face à son propre reflet lui permettant d’observer ses travers ou ses éclats de génie. Sur des questions sociétales ou scientifiques, les plus grands auteurs de SF sont souvent des visionnaires hors pair !

 

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Ainsi, dans les années 50, Stefan Wul pose la question de la place de la femme dans la société, en créant une colonie lunaire où elle est interdite d’instruction, et considérée comme un bien ou une esclave. Une critique à peine déguisée de la société très machiste de l’époque.

Et puis côté sciences, bien avant l’erre des nanotechnologies, il miniaturise une armée de scientifiques pour aller combattre de l’intérieur un virus mortel. Ceci vaut d’ailleurs une des plus belles scènes de la BD et n’est pas sans rappeler le film de Richard Fleischer « le voyage fantastique » sorti en 1966, soit 10 ans après le livre !

 

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La science au service de l’humanité mais aussi parfois source de sa destruction quand elle est employée pour assouvir l’orgueil et la soif de puissance de certains. Stefan Wul préfigure dans son roman la puissance créatrice et destructrice de l’Homme, et Thierry Smolderen restitue fidèlement cette vision dans un space opéra au graphisme déroutant et osé.

 

Laurent Bourlaud qui assure le dessin de cette adaptation, est aussi graphiste, et ça se voit ! Le dessin de cette BD est loin d’être conventionnel, il suffit pour s’en rendre compte de la feuilleter rapidement. Mais, comme pour le scénario, les auteurs ont cherché à respecter l’œuvre originale à travers le dessin en s’inspirant de l’imagerie SF des années 30 et 40. Puisant son inspiration dans d’obscures BD oubliées de cette période comme « Les exploits de Radar« , Laurent Bourlaud crée une ambiance SF un peu désuète et kitsch à l’esthétique rétro assumée. Combinant formes géométriques et explosions de couleurs traitées au crayon épais, sans encrage, habillées de couleurs chaudes et vives, Laurent Bourlaud créé un style très particulier qui se démarque du reste de la collection.

C’est de prime abord assez déroutant, mais ça colle tellement bien au récit que l’on adopte sans peine ce graphisme audacieux.

 

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Seule adaptation en one-shot, Retour à zéro est un bel album, incontournable pour les fans de la collection des univers de Stefan Wul et pour les adeptes de la littérature pulp des années 50.

 

 

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Loubrun

 

à lire dans la même collection : Niourk ; Piège sur Zarkass ; OMS en série

 

 

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