A l’Orée du Monde

Scénario : Kapik
Dessin : Kim Consigny
Éditeur : Delcourt
Date de sortie : 31 août 2022
128 pages
Genre : utopie adolescente

« Nous serons une grande tribu d’êtres innocents vivant en harmonie avec ce monde, les arbres et les animaux. On va tout recommencer, avec nos propres lois, nos manières de faire. Personne ne pourra venir nous dire quoi que ce soit. »

Présentation de l’éditeur

James, onze ans, décide de fuguer. Il rejoint les Enfants Perdus, des ados vivant en autarcie dans la forêt. Consigny et Kapik racontent avec délicatesse le passage de l’adolescence à la vie d’adulte et le refus d’un monde destructeur.

D’abord séduit par la vie que mènent Damon, Ben, Aldo et l’Enfant, James découvre que ce monde n’est pas aussi accueillant qu’il se l’était imaginé. Rejoints par une troupe de jeunes filles, les Amazones, ils doivent fuir encore plus loin les adultes qui sont à leur recherche… Puisant leur inspiration dans Peter Pan , les auteurs signent un beau récit d’apprentissage.

Mon avis

Le Peter Pan de James Matthew Barrie est effectivement une référence évidente. Kapik nous conte l’histoire de jeunes gens qui refusent de devenir adultes. La forêt sera le pays imaginaire dans lequel James (tiens tiens..) compte, avec d’autres enfants et adolescents, se cacher afin de fuir le monde des adultes qui refusent de les écouter, de les laisser vivre comme ils le veulent.

Les références à ce classique de la littérature anglo-saxonne sont nombreuses. A l’Orée du Monde fait aussi parfois penser à Sa Majesté des Mouches de William Golding, autre chef-d’œuvre traitant du monde de l’enfance mais cette fois-ci en se focalisant davantage sur la vie en collectivité et les contraintes liées à celle-ci. La grande force de cet album est de justement montrer combien la création d’un monde sans adultes est difficile, combien il semble utopique de se départir de réflexes comportementaux et sociaux propres à ceux-ci.

Kim Consigny, dessinatrice du formidable George Sand, fille du siècle, donne vie à des personnages tout droit sortis d’un album jeunesse, ou d’un dessin animé de Disney tiens (au hasard hein), avec des visages dénués de détails, des yeux en petits points, au milieu d’arbres omniprésents . Cet aspect enfantin est trompeur, les rêves de chacun se confrontant à la dure réalité de la vie au cœur de la forêt. Kapik soigne ses personnages, les personnalités sont riches, les tempéraments parfois bouillants. Ces jeunes gens cherchent un futur pour fuir un présent qui leur apparait comme invivable. L’adulte est violent, menteur, il n’apporte que division et douleur. Les orphelins de Barrie sont ici des ados qui peuvent se montrer tourmentés par la séparation de leurs parents, assistant au déchirement de ces-derniers, devant subir les colères, les rancœurs, les non-dits.

James est tiraillé entre un passé qu’il pense ne plus jamais revoir (des parents unis, des souvenirs heureux) et un présent qui le comprime, cerné par le poids d’une autorité parentale qu’il ne veut plus subir mais qui peut se montrer en même temps tellement rassurante.

La lecture de cet album pose une intéressante réflexion sur la quête de l’identité, la difficile construction de l’indépendance propre à ce que constitue l’âge de l’adolescence. A l’image de cette couverture où l’on peut voir ces ados allongés dans une clairière, scrutant le ciel immense, comme une image de ce qui les attend dans un futur très proche, spectacle à la fois si grisant et si angoissant.

Ah oui, une dernière chose : le Monde Imaginaire est la (mauvaise?) traduction de Neverland. On pourrait dire qu’il s’agit du monde où on ne peut (veut) jamais retourner. Ou celui où le rêve ne pourra jamais se réaliser. Comme l’annonce de ce qui est inéluctable. Ce sera à vous de vous faire une idée en lisant ce très bel ouvrage.

ScénarioDessinico_Album
coeur_trois_et_demicoeur_troiscoeur_trois_et_demi


Petitgolem13

Un commentaire sur “A l’Orée du Monde

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  1. Comme la plupart des adultes que nous sommes devenus, j’ai vécu cette période avec des parents possessifs et autoritaires et j’aurais sans doute bien aimé vivre dans ce Neverland, moi qui détestais (déjà) l’autorité et rêvais de liberté !
    Que serais-je devenu avec une éducation différente ?

    Aimé par 1 personne

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