Retour à l’Eden

Scénario : Paco Roca
Dessin : Paco Roca
Éditeur : Delcourt
184 pages
Date de sortie :  12 octobre 2022
Genre : Chronique sociale, tranche de vie

 


À l’heure de te marier il faudra choisir un homme travailleur. Et pas une brute, ma fille. Ensuite, si Dieu le veut, tu lui donneras des enfants.

Retour à l'Eden - planche

Présentation de l’éditeur

Antonia est une femme simple issue d’une famille dont la précarité a été aggravée par la guerre civile. Carmen, sa mère adorée, l’a entretenue dans une foi religieuse naïve justifiant tous les sacrifices par l’assurance d’être récompensée dans l’au-delà. Elle a connu pourtant de petits instants de bonheur, comme à cet été 46, sur cette plage où a été prise cette photo qui ne la quitte pas…

Mon avis

A partir d’une simple photo de famille, l’auteur espagnol Paco Roca nous livre un émouvant témoignage sur la vie de sa mère en Espagne durant la période franquiste. Antonia est l’exemple type de la femme espagnole, élevée dans la peur du pêché et l’obéissance absolue à l’époux souvent choisi sans amour. Déjà accablée par une vie d’analphabète dont la seule référence est sa propre mère au discours formaté par des siècles de domination du mâle espagnol triomphant, Antonia reçoit en plus, de plein fouet, les années de plomb du régime franquiste ! Famine, manque de travail, vie misérable sous les quolibets de la classe bourgeoise et de l’Etat  pour qui les pauvres sont pauvres parce que feignants (alors qu’ils se tuent à la tâche pour un salaire de misère) et  l’opprobre de l’église catholique rendue toute puissante après la défaite de la république face aux fascistes de Franco. Paco Roca dépeint la vie d’une femme digne qui accepte sa misérable existence sans se révolter car on lui a enseigné depuis toujours que cela est « la volonté de Dieu ».

Retour à l'Eden - planche 24

Un récit poignant qui m’a personnellement touché de par mes origines espagnoles – bien que la vie de mes parents pendant et après la guerre civile n’ai jamais été comparable à celle d’Antonia – et qui montre la sensibilité de l’auteur Paco Roca qui se sert d’une photographie, seul souvenir graphique qu’Antonia aura de sa mère, pour l’aider à voyager et à se plonger dans le passé de sa famille et, accessoirement, à décortiquer avec son crayon une ville (Valence) et une société qui ont survécu sous le régime franquiste récemment instauré. En capturant la ville avec du texte et des dessins, il accomplit la tâche nécessaire de fixer et de sauvegarder la mémoire d’une époque dont les survivants commencent à se faire rares. Il démontre l’importance des photographies (qui lui ont servi à recréer le paysage intérieur domestique et ses objets) pour accéder à un passé révolu dont il reste peu d’écrits et, surtout, se sert habilement de la bande dessinée pour traiter la mémoire historique de l’Espagne. Cependant on peut aussi noter que l’album est un récit très personnel, propre à l’auteur, ce qui peut en rebuter certains, surtout s’ils ne sont pas espagnols comme lui.

JR

 

3 commentaires sur “Retour à l’Eden

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  1. Personnellement, j’ai beaucoup apprécié cet album, un peu dans le même genre d’idée que l’Aile brisée de Altarriba et Kim. Nous suivons avec plaisir certains auteurs espagnols dont Paco Roca, que nous avions rencontré sur un festival à Pau et qui nous avait paru infiniment sympathique, passionné et passionnant. ♥♥♥♥

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