Souvenirs en cavale

Scénario : Gildas Chasseboeuf
Dessin : Gildas Chasseboeuf
Éditeur : La Boîte à Bulles
Date de sortie : 11 mai 2022
96 pages
Genre :

 » Je rêve de faire du bateau à voile un jour, pour me sentir en prise avec les éléments et enfin respirer. Ce que j’avais à l’extérieur, une vie, je ne peux plus l’éprouver qu’à travers des livres, et l’écriture, en esprit …« 

Présentation de l’éditeur

En 2015, Gildas Chasseboeuf réalisait un atelier dans la prison de Saint-Brieuc sur la thématique du souvenir. Deux ans plus tard, le Service de probation et d’insertion pénitentiaire (S.P.I.P.) lui proposait à nouveau d’animer un atelier sur ce même thème. Il a saisi cette occasion pour recueillir la parole de toutes celles et ceux qui vivent ou travaillent dans cette prison, pour la consigner sous forme de carnet de voyage.

En prison, les souvenirs jouent un rôle bien particulier : si le corps est contraint de rester dans un espace clos, rien n’empêche l’esprit de s’échapper, de rêver et de voyager, en particulier vers les beaux moments du passé. Des paroles de détenus à celles du personnel pénitentiaire, Gildas Chasseboeuf brosse le portrait d’un milieu terne, où le temps se fige, mais où se façonne pourtant une foule d’horizons nouveaux…

Mon avis

Gildas Chasseboeuf libère (sans jeu de mots) la parole et l’écriture des détenus et des personnels de la prison de Saint-Brieuc. Il s’agit de partager des souvenirs, bons ou mauvais, aussi divers que variés, afin de pouvoir sortir, par le passage à l’écrit, des murs de la prison.

Se suivent, les uns après les autres, des portraits touchants qui sont illustrés par des peintures remarquables de réalisme et de poésie. Le tout est dépourvu d’un quelconque jugement.

Souvenirs en cavale n’est pas une bande-dessinée mais une sorte de carnet de voyages immobiles, comme une ode à l’évasion par l’esprit de ceux et celles qui vivent ou travaillent dans ce pénitencier, avec un sens évidemment différent selon qu’on soit dans l’une ou l’autre catégorie.

Stefan Zweig avait, dans Le joueur d’échecs, sublimé ce concept en faisant jouer aux échecs Monsieur B sans plateau ni pions, contre lui-même, dans une prison nazie. Ici, certains voguent sur un bateau, travaillent dans une ferme, écoutent les bruits de la forêt amazonienne ou marchent sur les pas de Don Quichotte.

Certains souvenirs, poignants, témoignent de parcours de vies brisées. D’autres, plus légers, font de ce carnet une sorte de patchwork d’individus, souvent jeunes, qui délivrent une part de leur histoire personnelle, et donc de leur identité, avec leurs propres mots. Cette diversité se retrouve dans ce beau carnet qui peut tout aussi bien se feuilleter tout simplement pour admirer les illustrations de celui qui se définit comme « croqueur de paysages et gobeur d’immensité ».

Le dur quotidien de la prison reste présent, plutôt en arrière-plan. Entre interviews, souvenirs et portraits, ce carnet de voyages se montre d’une grande sincérité tout en ayant une forme journalistique (avec, comme une mise en abîme, des extraits, d’un journal carcéral), qui m’a fait penser à certains articles de Charlie Hebdo illustrés par Cabu. La forme pourra faire hésiter les amateurs de BD, mais la qualité des illustrations et l’authenticité des écrits (si on ne s’attarde pas trop sur quelques longueurs dans les interviews) doivent être mises en avant car elles méritent qu’on les découvre.

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Petitgolem13

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