Les filles sages vont en enfer  

Autrice : Tohar Sherman-Friedman
Éditeur : Delcourt | Encrages
144 pages
Date de sortie : 13 octobre 2021
Genre : biographie, société, culture

« Le jour de Kippour, on jeûne et on demande pardon, et moi je trouve que ça sonne faux ! Comme si ce jour-là, en portant du blanc, en demandant pardon et absolution, on allait s’acquitter de toutes les mauvaises actions et paroles blessantes. »

Présentation de l’éditeur :

L’album d’une jeune femme dans les colonies en Cisjordanie qui remet en question ses convictions, à travers des thématiques universelles : l’adolescence, le rapport au corps, l’émancipation des jeunes femmes…

Construit sous la forme de plusieurs petites histoires, cet ouvrage autobiographique au trait coloré et expressif raconte la vie d’une jeune fille ayant grandi dans les colonies en Israël au sein d’une famille religieuse. Tohar dévoile avec beaucoup de sincérité ses moments de vie et la difficulté de grandir dans cette communauté alors qu’elle a choisi de prendre ses distances avec la religion.

Les filles sages vont en enfer_Delcourt_Encrages_Tohar Sherman-Friedman_extrait

Mon avis :

Sage ? Tohar l’était enfant. Une petite fille tranquille, sans histoire. Tellement calme qu’on l’oubliait même à la maison. Assez indépendante pour étudier et faire ses devoirs tranquillement dans sa chambre sans embêter ses parents. Il faut dire qu’être la petite dernière d’une famille de 7 enfants, ça aide à voir le monde différemment : entre le plaisir d’être dans le tumulte de tous ces gens sous le même toit et la saveur de la tranquillité retrouvée une fois tout ce petit monde parti au travail ou à l’école.

[J’avoue que j’ai quelque-peu vécu ça, étant la petite dernière (de 4) avec pas moins de 14 ans de différence avec mon plus jeune frère. Autant dire qu’une fois en âge de parler et de gambader dans la maison, tout le monde était adulte et j’ai à peine eu le temps de dire ‘ouf’ que j’ai commencé à avoir des nièces et un neveu… et être assez grande pour être leur baby-sitter. Mais revenons-en à nos moutons…]

Tohar Sherman-Friedman, outre avoir grandi dans cette grande famille, a également été élevée dans la foi judaïque. Une croyance bien ancrée dans les mœurs de la communauté en Israël où elle a connu, sans trop comprendre à l’époque, les conflits entre Palestiniens et Israéliens : ces drapeaux tantôt bleus, tantôt oranges pour afficher son appartenance, ces chaînes humaines et pacifiques de gens, d’inconnus rappelant leur foi, …

Les filles sages vont en enfer_Delcourt_Encrages_Tohar Sherman-Friedman_extrait2

Mais si Tohar est sage : c’est parce qu’elle a su, contrairement à la majorité, tenter de penser par elle-même ! Et si c’est ça être sage, il y aura beaucoup de femmes en enfer je crois… Moi la première !

Comme beaucoup de femmes qui ont marqué l’Histoire (comme les suffragettes par exemple), Tohar revendique sa féminité et son indépendance spirituelle. Ne serait-ce que dans ses goûts musicaux ou encore amoureux… Sa rébellion face à l’habitude culturelle remonte à l’adolescence, période déjà révoltée pour la plupart d’entre nous, quand elle a revendiqué son envie de porter une jupe ‘courte’ à l’école (à savoir juste au-dessus du genou…), de ne pas porter forcément du blanc à telle ou telle festivité religieuse, de ne pas vénérer le chabbat comme ses ancêtres avant elle, … Elle veut réfléchir, penser par elle-même. Être libre de croire ou non, de vouloir respecter les traditions ou non : être qui elle veut être, un point c’est tout ! Et tant pi si ça heurte certains, car finalement : n’est-ce pas ça, le bonheur ?

Cette réflexion sur la vie, et sur Dieu – avec ses embûches et ses révélations, tout au long de son enfance, son adolescence et sa vie d’adulte – est un bel exemple d’émancipation féminine dans un monde très patriarcal. Qui m’a d’ailleurs fait penser à la série « Unorthodox » bien que littéralement différente, ça reste une histoire de distanciation avec la religion et les dogmes judaïques.

Avec un dessin personnel, représentatif sans chercher à époustoufler la galerie. Juste de quoi accompagner ce récit biographique d’une femme qui n’a pas peur qu’on lui dise d’aller en Enfer si elle ne respecte pas les traditions.

ShayHlyn. Et bonne année 2022 remplie de bonnes résolutions évidemment 😉

2 commentaires sur “Les filles sages vont en enfer  

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  1. C’est vrai que le titre est attirant (pour les lecteurs masculins ?). En ce qui concerne les traditions et la foi juive, ayant travaillé dans le milieu juif séfarad marseillais pendant 25 ans, je peux témoigner de l’hypocrisie de certains et de la souffrance cachée des femmes.

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