Interview de Sylvie Roge et d’ Olivier Grenson.

Vous le savez maintenant qu’on essaye d’ avoir une interview du gagnant de la couverture du mois. Vous avez donc sélectionné pour le mois de février, la couverture de la fée Assassine scénarisée par Sylvie Roge et dessinée par Olivier Grenson. J’ai donc contacté ce duo aussi uni dans la vie pour leur poser quelques questions existentielles.
Allez c’est parti mon kiki.

1ère question, comment vivez-vous cette période si particulière sous la Covid ? La campagne de promotion de la fée assassine a-t-elle été chamboulée à cause de ce fichu virus ?

Sylvie : C’est une situation très difficile pour tout le monde et nous n’y échappons pas… Les privations et les incohérences deviennent très longues et parfois très difficiles à accepter. Le fait de ne pas voir le bout du tunnel est pesant. Cela dit, comme nous avons la chance de travailler chez nous , nous ne souffrons pas comme certaines personnes de ne plus pouvoir exercer notre métier et nous avons même réussi à faire des séances de dédicaces en respectant les mesures sanitaires hélas de façon beaucoup moins sympa que d’habitude. Pas de petit resto, pas de cocktail et de vernissage avec les amis. J’avoue que pour mon premier album cela me manque…

-Sylvie, il s’agit ici de ton tout premier scénario pour la BD. On se lève un matin et on se dit « j’écrirais bien une histoire » ou c’est plus complexe que ça ?

Sylvie : Oui, effectivement, c’est bien plus complexe. Il m’a fallu plusieurs matins pour arriver à boucler cette histoire. J’ai travaillé durant plus de 20 ans dans le domaine médical et l’écriture était juste un hobby, un passe-temps. Quand je me suis lancée sur « La Fée Assassine », je ne savais pas encore pour qui, ni pourquoi. J’ai écrit un synopsis et mes dialogues étaient déjà tous là. Parfois j’avançais très vite, à d’autres moments je n’y arrivais plus, alors je reléguais tout dans un tiroir et j’attendais que l’inspiration revienne, jusqu’au jour où j’ai montré mon manuscrit à Olivier. Il n’était alors pas question qu’il en devienne le dessinateur mais il m’a conseillé de le découper planche par planche, case par case. C’est un vrai métier !… et moi, je l’apprenais sur le tas. Cela m’a pris du temps mais aujourd’hui je suis super heureuse du résultat !

-Et pourquoi une histoire si noire, si triste finalement ? Je dois avouer que j’avais de la colère en moi avec le personnage de la mère, Cécilia.

Sylvie : Ah… pourquoi ? Parce que si elle n’était pas si triste et si noire… ce ne serait pas cette histoire. J’aime écrire des choses dures et profondes. Je n’ai pas d’attirance pour les récits trop lisses, ils m’ennuient et quand j’écris, il faut que je m’amuse ! J’aime fouiller les personnalités de mes personnages. Montrer leurs blessures, leurs déchirures, leurs éraflures, leur psychologie profonde. C’est peut-être dommage mais les « grands bonheurs » intéressent généralement moins les lecteurs que les « grandes tragédies ». J’avoue que Cécilia est particulièrement horrible mais elle est malgré tout « humaine » et c’est peut-être cela qui rend le personnage si fort. Je remarque, en dédicace, des lecteurs qui me disent à quel point ce personnage leur fait penser à leur mère, belle-mère ou grand-mère. Des gens comme Cécilia existent, c’est sans doute pour cela qu’elle fait si froid dans le dos !


-Je suppose que ça été un travail d’équipe, pouvez-vous nous dire ce qui était évident et ce qui a été le plus compliqué ?

Sylvie : L’un sans l’autre nous n’y serions pas arrivés. Il fallait cette alchimie entre mon histoire et son dessin. Ce mariage était la condition pour que l’album devienne un beau bébé. (Rire) Évidemment, comme dans tous les couples, il y a parfois des désaccords et nous n’y avons pas échappé. Nous avons nos envies et nos caractères et j’avoue que parfois nous avons dû nous accrocher mais on finissait toujours par retomber sur nos pattes et à retravailler ensemble pour améliorer notre projet. Ces échanges nous ont beaucoup apportés. Ils sont très importants et enrichissants pour un couple de plus de 30 ans de vie commune !

-Une question à Olivier, ça doit être normalement le fil rouge de cette interview, mais peux-tu nous expliquer la création d’une couverture, ce qu’elle doit représenter en général et plus spécifiquement sur celle de la fée assassine ?

Olivier : A chaque couverture, il y a une histoire, une histoire de recherche, de mise au point, de synthèse. C’est toujours un exercice compliqué, parfois c’est une évidence, on tape de suite dans le mille, mais on peut aussi vite tourner en rond sans trouver le bon visuel. Pour cette couve, nous avions tout de suite le bon visuel avec les jumelles et nous en étions convaincus avant de terminer la couleur de la première planche. C’était sans savoir que l’éditeur allait nous demander de changer le titre et Sylvie a tout de suite rebondit et a trouvé le titre définitif La Fée Assassine. Le premier titre était la Fée Paradoxe. En connectant le visuel des jumelles au nouveau titre, ça ne collait plus du tout. Nous sommes finalement partis sur la séquence métaphorique de la piscine. L’idée de noyade, d’asphyxie, de couler nous semblait une piste, le personnage à l’envers sur fond bleu avec juste une touche de rouge pour le bonnet et une bulle qui s’échappe de la bouche remplie de sang comme si les traumatismes en elle n’arrivaient pas à sortir… Une métaphore comme visuel et un oxymore pour le titre, c’est une très bonne association.

-Un mot sur la colorisation que j’ai trouvée très réussie, une autre approche ?

Olivier : J’essaye toujours de penser le dessin par rapport à l’histoire. Pour la Fée, Sylvie voulait une approche monochrome avec une touche de rouge. Elle m’incitait à simplifier mon dessin et de mon côté , je voulais garder le plus possible le crayonné de départ avec ses nuances et ses matières. J’ai donc travaillé la couleur sur le dessin au crayon sans encrage à l’encre noire. C’est une combinaison de lavis et de crayons de couleur. J’aime l’idée que le dessin donne une approche assez douce en rupture avec le récit . Un contraste qui crée une forme d’équilibre. La douceur des couleurs est en résonance avec l’innocence de l’enfance, des jumelles.

Pour générer des sentiments aussi fort pendant la lecture, je me posais la question s’il y avait une part très personnelle dans cette tragédie ?

Sylvie : Je pense que quand on écrit, on laisse inévitablement une trace de soi sur le papier mais il est important de transcender le réel, soit en le magnifiant, soit en le rendant beaucoup plus sombre que la réalité. Ici, ce fut mon second choix.

-Et pour finir avec la 1er partie, la question traditionnelle, vos projets à venir ?

Sylvie : J’ai plusieurs projets de romans littéraires en cours et un nouveau roman graphique attend déjà Olivier dans un de mes tiroirs secrets. Le 4 juin, je sortirai un Opuscule aux Editions Lamiroy. « Sur les traces de Max » montrera une autre facette de mon écriture.


Et maintenant notre questionnaire du mouton à suivre très prochainement.


Un grand merci aux auteurs pour avoir répondu à nos questions.

Samba.

2 commentaires sur “Interview de Sylvie Roge et d’ Olivier Grenson.

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  1. Belle interview… et bravo au couple d’auteurs dont les relations ont dû être rock’n roll au cours de la conception de ce bébé !😉
    Pas encore lu, mais ça ne saurait tarder.

    J'aime

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