Turcos le jasmin et la boue

Auteur : Tarek
Préface : Yasmina Khadra
Dessin : Batist Payen
Éditeur : Tartamudo
Date de sortie : 13/10/2020
Pages: 64.
Genre : 1ère Guerre mondiale, Histoire, Solitude.

« Hamid avait raison, nous étions en enfer ! »

Résumé de l’éditeur:

Rescapé de la terrible boucherie de 14-18, Mourad Ben Slimane est de retour dans son village de Saint-Arnaud, non loin de Constantine. Il boite légèrement et porte encore au bras un pansement qu’il doit changer régulièrement. Dans sa poche, il garde précieusement un mouchoir renfermant du jasmin séché que lui avait donné son ami Alouache lorsqu’ils débarquèrent en France. Celui-ci lui avait dit ces quelques mots : « Prends ce jasmin, mon frère ! Il te portera chance et tu penseras au pays quand tu te sentiras seul… »

Mon avis:

J’aurais pas mal de choses à dire concernant cet ouvrage mais je vais commencer par la préface de Yasmina Khadra (nom de plume). Cette préface nous interroge sur la mémoire, qu’est-elle en fin de compte et à quoi sert-elle finalement ? Le devoir de mémoire c’est bien beau comme le dit l’auteur : chaque année on se recueille devant des stèles et des tombes, on y dépose des gerbes de fleurs et on récite des discours sur la bravoure des hommes morts au front luttant contre la barbarie. On termine par un retentissant « plus jamais ça » en se plongeant dans d’atroces souvenirs qui ont marqué les survivants à jamais. A quoi cela sert-il vraiment ? C’est la question que finalement on se pose car les guerres et leurs lots d’horreurs en tous genres continuent sans cesse. C’est un excellent questionnement que nous propose ce texte de plus d’une page qui, personnellement, m’a fait réfléchir tout en donnant le ton à cette BD.

Le titre est interpellant lorsque l’on se plonge dans le récit, ce ne sont pas des Turcs qui sont mis en avant mais plutôt le régiment des tirailleurs Algériens. Ce régiment a gagné ce surnom lors de la bataille de Crimée : les Russes ayant pris peur en les voyant débouler, les ont pris pour des Turcs et se sont mis à hurler « Turcos! ». Voilà pour la petite explication du titre mais elle n’est pas complète…Un de nos protagonistes reçoit de son ami une fleur de jasmin qu’il contemplera souvent quand il sera dans les tranchées, et pour ceux qui le savent, elles étaient particulièrement boueuses…

Bon, je tiens à dire que j’ai été particulièrement émue par cette BD, j’ai eu plusieurs fois les larmes aux yeux, les dialogues sont poignants de vérité et sous certains aspects je me suis replongée (pour ceux qui connaissent) dans le film : « Indigènes ». L’injustice avec laquelle ces soldats, pourtant dits Français, sont considérés et avec quelle facilité on les mettait en première ligne sans considération aucune. Et puis les conditions de vie, la solitude, la tristesse, la mort qui fauchait les camarades, moi j’ai eu le cœur à l’envers !

J’ai tellement cru que tous les protagonistes allaient s’en sortir et retrouver leurs familles au pays, mais vous vous doutez que j’ai rapidement déchanté. La guerre de 14-18 a été une vraie boucherie et cet ouvrage l’expose vraiment très bien. Les dessins sont criants de vérité même si on dirait qu’ils ont été réalisés à l’aquarelle et pour certaines parties du récit on se retrouve dans des planches dans les tons de ocres, bruns comme si c’était d’époque. Lorsqu’on ouvre la BD, sur les couvertures, on peut voir des reproductions d’affiches de cette période mettant en scène des soldats. J’affirme clairement que les dessins contribuent à renforcer le récit et l’accompagnent.

Je tiens à dire que cette BD a remporté le prix Tournesol au Festival International d’Angoulême de 2011, ce qui n’est pas rien. De plus, à la fin, vous pourrez trouver un petit carnet qui explique la création et l’historique de ce régiment et tous ses faits d’armes, accompagnés de photographies d’époque et modernes.

Même si la préface nous fait réfléchir sur le devoir de mémoire, je continue à dire qu’il est essentiel mais il est bon de savoir le transmettre de la bonne manière. Après tout, l’espoir fait vivre, qu’un jour nous ne connaîtrons plus de guerre, même si j’ai un doute à ce sujet et je ne serai certainement plus là pour le voir de mes propres yeux.

Je recommande cette BD pour son côté réaliste, pour l’émotion qu’elle suscite et pour les réflexions qui en découlent !

Sandra/Ithilwen.

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