Le tueur, Affaire d’état T.1

Traitement négatif

Scénariste : Matz
Dessinateur : Luc Jacamon
Editeur : Casterman
Genre : Polar
Sortie : le 15 janvier 2020

« Mais qui va renoncer à son portable ? A chaque fois, la réponse est la même : Que d’autres commencent et on verra… Si des mecs à l’autre bout du monde en meurent, quoi qu’on en dise, quoi qu’on en pense, on s’en fout… »

Résumé de l’éditeur :

Recruté par les services secrets français, le Tueur est forcé de reprendre du service. Lorsqu’il s’est fait cueillir par la DGSE en Patagonie, le Tueur n’a eu que deux options. Suivre le mouvement ou finir squelette nettoyé par les urubus, au fond de la pampa. Et se sauver la peau implique souvent des compromis. Une planque au Havre, une couverture de cadre dynamique, la vie de bureau dans toute sa splendeur… Mais les communautés urbaines françaises se révèlent finalement des terrains d’intervention tout aussi musclés que ceux qu’il a eu l habitude de « nettoyés » quand il bossait à son compte.

 

Mon avis :

Que pensez-vous de votre vie ? Vous vous trouvez à votre place ? Tout vous réussi ? La cantine à midi, le fric dépensé à chaque repas jour après jour, avec au mieux une activité physique pour ne pas rester trop sédentaire, un appart qui en jette, à proximité, c’est encore mieux ; une bagnole à payer qu’il faudra renouveler comme le reste de sa garde-robe, sans oublier les futures vacances. Celles-là sont indispensables pour oublier, oublier le reste et faire le vide. La vie en somme pour laquelle nombreux se donnent corps et âme. Et au final, les collègues à 8 heures par jour qui nous accompagnent comme notre ombre, que nous voyons davantage que nos précieux proches. A espérer que la loterie soit clémente et qu’ils soient au minimum sympas, à défaut d’être intéressants. Voilà les bases de ce nouveau chapitre de la saga du Tueur. Autant vous l’annoncer, dès les premières pages, le ton est donné. Ce titre, soit vous apportera son lot d’éclaircies concernant vos existences, soit vous déprimera… à jamais.

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Quoi qu’il en soit, Matz vise juste, là où ça fait mal. Combien ne peut-on dénombrer de bouquins, BD ou films dénonçant le système contemporain avec son lot d’inconforts et de système oligarque ? Bon nombre … Le scénariste maîtrise royalement son élément et d’une manière claire et objective. Les coupables sont-ils riches ? Non, pas seulement. Le tueur en pleine introspection ne juge personne, il contemple les autres quel que soit leur rang social tel un spectateur aux premières loges. L’acteur qu’il est en dehors des sentiers battus, il ne souhaite nullement leur faire partager. Se fondre dans la masse et saisir l’importance de notre vie millimétrée dans les moindres détails. Largués sur une planète en autodestruction, l’humain tel qu’il le décrit doit non seulement survivre, s’adapter, mettre son égo en avant, être performant à tout niveau selon des critères… mais pour un résultat bien maigre. Au final, personne n’est réellement jugé mais personne n’est non plus épargné. D’amont en aval, tout et tous sont coupables, certes pas à la même échelle. Mais ceux qui s’en sortent ne respectent pas les lois et comment blâmer certains de tenter leurs chances d’une manière peu orthodoxe lorsque leurs voisins nagent dans le luxe en tout genre.

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« Les vingt plus gros paquebots, porte-conteneurs, supertankers, polluent autant que l’ensemble des bagnoles sur la planète. Ils consomment des trucs tellement dégueulasses, et rejettent une telle quantité de polluants dans l’air et la mer que ce sont des catastrophes ambulantes… »

Et tout tueur qu’il est, il s’adapte depuis qu’il bosse pour le gouvernement suite à ses dérives du fin fond de la Patagonie. La DGSE et lui ont besoin réciproquement l’un de l’autre. Tuer pour le gouvernement avec de solides associés une partie de son temps, l’autre en couverture en tant qu’employé d’une boîte quelconque.

Ce 14ème opus de la saga se lit d’une traite, tant son impact fait cligner nos yeux d’intérêt et cela page après page. Avec une facilité déconcertante, Matz nous propulse le temps d’un album vers nos malheurs et nos bonheurs, réels ou camouflés, héroïques ou narcissiques, vers une évidence majeure et mature d’une réalité idéale ou abominable mais précis de justesse. Quant à son complice Jacamon, son trait net et précis s’adapte comme à son habitude avec cette trame hyperréaliste. Un duo qui fonctionne à l’unisson.

Ce nouvel épisode est une tuerie à lui-seul. Un des albums de l’année ? Non… Un des albums de la décennie !

Coq de Combat

 

 

2 commentaires sur “Le tueur, Affaire d’état T.1

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  1. Chouette, le retour de mon tueur philosophe préféré !… et puis on connait déjà le choix de CdC pou l’album de la décennie de 2030 !😜
    Ajouté à ma wishlist.

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