Servir le peuple

Auteur : Alex W.Inker.
Tiré du roman de Yan Lianke.
Éditeur : Sarbacane.
216 pages.
Sortie : 3 octobre 2018.

« Parler peu et travailler avec ardeur, tel était le principe qui réglait la vie de petit Wu. »

servir le peuple

Le résumé.
Lorsque Yan Lianke s’empare du célèbre slogan de la Révolution culturelle, c’est pour piétiner au passage les tabous les plus sacrés de l’armée, de la révolution, de la sexualité et de la bienséance politique.
Ou comment « Servir le peuple » devient, pour l’ordonnance d’un colonel de l’Armée Populaire de libération, soldat modèle au régiment, l’injonction d’accéder à tous les désirs de la belle épouse de celui-ci. Tous !
Le mari s’étant absenté pour deux mois, commence une remise en cause vertigineuse des doctrines qui ont bercé le jeune subalterne depuis toujours. Au service de l’épouse du colonel, l’ordonnance devient amant – et c’est à qui se montrera le plus « contre-révolutionnaire » en commettant sacrilège sur sacrilège !

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Mon avis.

Figurant dans la sélection 2018 du festival d’Angougou, SambaBD se devait de jeter un œil sur cet album édité par les éditions Sarbacane.
Dans cette étonnante adaptation, le trait d’Alex W. Inker (Apache, Panana Al Brown) accapare le graphisme des affiches de propagande maoïste pour en faire une joyeuse satire. Un dessin qui se veut assez naïf, certains diront sommaire mais qui colle bien à l’esprit de pastiche de cette œuvre. La couleur y joue aussi un rôle prépondérant, par exemple le bleu n’apparaît que pour les scènes familiales, le vert-kaki pour l’armée etc. On y voit aussi pas mal de scène de sexe, malheureusement vu le graphisme qui ne joue pas spécialement sur l’esthétisme, je ne parlerai pas d’érotisme ni d’empire des sens. Le parti pris artistique de l’auteur risque de dérouter pas mal de lecteurs « traditionnels » mais bon au moins ça a plu aux « frères Dardenne » d’Angoulême. Une mise en valeur qui ne fait jamais de tort pour les maisons d’édition plus modestes.
Cette adaptation nous donne un bel aperçu de l’endoctrinement des masses et on s’amuse à entendre le petit Wu nous réciter sa leçon de bon petit communiste chinois. La mise en page doit aussi suivre une ligne de conduite bien structurée car on a droit à deux cases identiques par page sur quasiment tout l’album. Si ça ce n’est pas de la rigidité militaire !
Il s’agit aussi d’un bel instantané sur les conditions de vie précaires de la société chinoise mais qui tourne vite à une sexualité débridée assez étonnante.
Finalement, un album qu’on aimera ou pas mais il n’y aura pas de demi-mesure. Je pense que l’approche artistique de l’auteur avec son esprit subversif aura titillé l’intérêt des « pro » de la BD mais pas sûr que « l’amateur » en soit si convaincu.
Ce sont mes dernières lignes car à mon avis, cette chronique ne passera pas la censure et je serais certainement jugé comme défaillant et contre révolutionnaire.

Samba Nouille.

 

 

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