Contes ordinaires d’une société résignée

Scénario : Ersin Karabulut
Dessin : Ersin Karabulut
Éditeur : Fluide Glacial
80 pages
Date de sortie : 21 février 2018
Genre : Contes fantastiques

L’auteur pénètre avec une justesse rare les recoins les plus hideux de l’âme humaine pour mieux les faire remonter à la surface de ses planches colorées.

Présentation de l’éditeur

Avec la poésie, la noirceur et l’imaginaire d’un Edgar Allan Poe, Ersin Karabulut nous dresse le portrait d’une société qui a renoncé à ses illusions face au carcan familial et aux pouvoirs politiques et financiers. Un recueil de fables d’anticipation poétiques et troublantes qui témoignent de la vivacité de la bande dessinée turque.

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Mon avis

La Turquie, c’est loin (Et j’en sais quelque chose pour m’y être rendu à vélo dans une autre vie…), mais Ersin Karabulut, lui, est encore plus loin… Bien plus loin… Probablement perché je ne sais où… Parce qu’il doit lui en falloir de l’imagination et du recul pour nous pondre tout ça. Tout ça, c’est ce superbe recueil regroupant une quinzaine de contes plus dingues les uns que les autres, publié chez Fluide Glacial.

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C’est, il me semble, une très grande qualité que de permettre à ses lecteurs de s’approprier son œuvre. Et c’est bien ce que fait l’auteur en pénétrant avec une justesse rare les recoins les plus hideux de l’âme humaine pour mieux les faire remonter à la surface de ses planches colorées. La preuve en est que chacun semble y voir les références qui lui sont chères. Certains évoquent Edgar Poe, d’autres Aldous Huxley, Orwell ou Lovecraft, et, pour ma part, j’y vois surtout du Kafka. Qu’il s’agisse de la maladie de peau avec qui les patients communiquent et nouent des relations, de cette excroissance phallique descendant du plafond dans la chambre des amoureux, ou bien encore du grand-père qui ne veut pas mourir, on est clairement dans un univers et des thèmes rappelant l’écrivain tchèque. En tout cas, quels que soient les sujets de ces contes, ils nous parlent et nous prennent aux tripes à coup sûr.

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Ça commence d’ailleurs avec la couverture qui nous montre des gens se jetant dans le vide du haut de leurs immeubles dans un mouvement de suicide collectif. L’interprétation d’une société turque qui court à sa perte en maintenant à sa tête un homme comme Erdogan est peut-être un peu simpliste mais c’est celle qui fait le plus de sens. Et le regard de la femme sur la droite dont on se demande si elle cherche de l’aide ou si, dans un élan de pessimisme absolu, elle nous invite à la suivre… ce regard est obsédant, comme la plupart des contes et de leurs chutes.

Pour le dessin, Ersin Karabulut adapte constamment son style à son propos. Quand il faut un trait réaliste, il sait le faire, très bien même, mais là où il excelle, c’est bien dans la caricature. Les tronches que ce gars-là est capable de sortir de sa plume sont géniales. Hideuses et tartes à souhait ! Il justifie ainsi largement sa place parmi les grands noms du dessin humoristique de chez Fluide et d’ailleurs. Par certains côtés son trait me rappelle aussi celui de Crumb et de Serre.

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Quoiqu’il en soit, si vous aimez un brin l’humour noir, cette BD est faite pour vous. C’est vraiment très fort !

 

Odradek

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