
Sénario / dessin / Couleurs : Bourhis, Hervé
Dépot légal : 08/2014
Editeur : Casterman
Collection : Professeur Cyclope
Planches : 80
Pour lancer leur nouveau produit miracle antalgique – et faire oublier les morts du précédent médicament – les laboratoires Duprat veulent frapper fort. Dans la zone sud-ouest, la direction impose un jeune cadre aux dents longues à un vieux briscard de la représentation pharmaceutique, dit le « teckel ». Totalement opposés dans leur conception du métier, cette collaboration va produire des effets inattendus et cela, jusque sur la scène nationale … !

Voilà donc la nouvelle production d’Hervé Bourhis : un road trip franchouillard en « cx break, entre Tandem et les galettes de Pont Aven ». Avec des parrains pareils la barre est assez haute, entre la parodie et l’humour grinçant voir cynique. Cela permet d’aborder tous les sujets, si dérangeants soient-ils. L’auteur s’attaque ainsi à la cupidité des laboratoires pharmaceutiques sans foi ni loi : tant que les actionnaires sont rémunérés avec un pourcentage à deux chiffres, tout va bien ; le reste est littérature pour avocats. Et, malheureusement, les exemples dans l’actualité de ces dernières années abondent!

Afin de dénoncer ces travers de la société capitaliste, H Bourhis utilise le vieux ressort de l’antagonisme des protagonistes. D’un côté un vieux réactionnaire à l’ancienne et dont les pratiques et l’attitude semble être figées dans les années 70 ; et de l’autre, un jeune cadre gay totalement inexpérimenté. Evidemment, tout au long de ce récit, les clichés ne manquent pas. Mais de cette ambiance électrique décrivant les dessous de la visite médicale en France (et sans doute ailleurs), H Bourhis arrive avec brio, à instiller de l’empathie pour le ringard déclamant du Rimbaud et pour le jeune loup pas si naïf et si amoral que ça ! Et plus encore, la sensualité du « teckel » transpire dans une scène de séduction ! Fort ! Tout cela est finement amené jusqu’à un final totalement inattendu. Je vous en laisse la surprise.

Pourtant les dessins n’aident pas vraiment à cette chaleur. Le trait ligne claire, dépouillé à l’extrême ne met pas forcément en confiance. La couverture avec lettrage seventies n’aidera pas à passer le cap. Cependant, l’artiste arrive à faire passer les émotions avec un minimum de coup de crayon. Ce qui est en soit une performance. Le choix des teintes en bichromie rose et bleu est pour le moins audacieux. L’ensemble déroute, surprend et puis séduit.
Cette attaque en règle du monde de l’argent laisse un goût amer de comprimés coincés dans l’œsophage. La mise en lumière des malversations de l’industrie pharmaceutique au travers d’une fiction hors norme est ambitieuse. Evidemment, le sujet n’est qu’en partie effleuré. Mais le neuvième art devrait s’emparer plus souvent des faits de sociétés révoltants. Nous donner à réfléchir et nous divertir voilà une mission bien remplie par Hervé Bourhis et son « teckel ».

Dessin : 5/10
Scénario : 7/10
Total 7/10
Tigrevolant
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