INTERVIEW DE JACQUES TERPANT

Dès l’annonce de la sortie du nouvel album de Jacques Terpant, « Le Royaume de Borée –Tome 3 : Tristan », l’envie m’est venue de prendre contact avec lui pour une interview. Je suivais depuis longtemps cet auteur et c’était devenu pour moi une évidence. Je voulais en savoir plus sur sa trajectoire dans le monde de la Bande Dessinée. Je vous laisse découvrir l’homme qui se trouve derrière une œuvre de qualité et qui mérite d’être découverte, si ce n’est pas encore votre cas…En route pour un univers exceptionnel peuplé d’hommes à la personnalité affirmée, de plaines et de forêts mystérieuses…

 

Samba BD : Quel est votre parcours au niveau de la bande dessinée ? La bande dessinée est-elle votre seule activité professionnelle ?

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014Jacques Terpant: J’ai commencé dans la bande dessinée alors que j’étais étudiant aux Beaux Arts de Saint- Etienne, avec un groupe d’amis, dont Yves Chaland et Luc Cornillon . Ils avaient été repérés par JP Dionnet, patron de Métal Hurlant, suite à un petit fanzine. Ils ont débuté un album pour Métal : « captivant » qui a fait date dans notre métier. Dans la foulée, j’ai démarré avec Cornillon dans le même journal.

J’ai donc toujours vécu et travaillé dans le dessin. Il est vrai que dans les années 80 et 90, je me suis beaucoup perdu dans la communication et la pub, et je mettais parfois ma production de BD en berne. Il est arrivé un moment où cela ne me satisfaisait plus. La dernière série chez Casterman que l’on me demandait, je n’étais pas à l’aise avec l’histoire. J’ai donc décidé d’écrire mes propres scénarios et j’ai fait à ce moment là ma série « sept cavaliers », en décidant de me consacrer à l’édition plus à fond.

Samba BD : Comment vous êtes-vous intéressé à l’univers de Jean Raspail? Comment se sont passés votre rencontre et votre collaboration avec lui ?

Jacques Terpant:On revient à Métal Hurlant. JP Dionnet lisait cet auteur et lui Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014consacrait de bons papiers dans le journal, je l’ai lu ainsi. Et quand j’ai voulu écrire une histoire, j’ai pensé adapter un de ses romans. Après avoir pensé à ce qui est pour moi son plus beau livre « qui se souvient des hommes »  mais qui ne se prêtait pas à devenir une BD, j’ai préféré m’attaquer à  « Sept cavaliers ». J’ai rencontré Jean Raspail à ce moment là. Il n’était pas enthousiaste à l’idée de faire une bande dessinée de l’un de ses livres. Il a été adapté assez souvent au cinéma, ou à la télévision, et n’était pas ravi des résultats. Je lui ai montré 3 pages de « Sept cavaliers ». Il a dit : « Vous êtes dans ma tête, carte blanche ». Il ne s’est jamais occupé des scénarii. Il lit le livre quand il est terminé. Il se reconnaît tellement qu’il prend les albums en signature en salon du livre, comme ses propres romans, même si je ne suis pas à ses côtés. C’est devenu un ami.

Samba BD : Comptez-vous adapter d’autres œuvres de Jean Raspail dans le futur ? Quels sont vos prochains projets en cours ? Pouvez-vous soulever un coin du voile ?

Jacques Terpant: Pour l’instant j’ai écris un scénario (qui paraîtra chez Glénat et dont le titre, peut-être encore provisoire, est «le capitaine perdu». Il se passe à Fort de Chartres en 1764, sur les bords du mississipi. Il y a un lien avec Jean Raspail, car c’est lui qui m’a mis sur la piste du sujet, dans une discussion que nous avions, car il connaît bien les lieux, un de ses livres de voyage en parle. C’est le moment sur les bords du Mississipi où l’on donne les clés aux Anglais de l’Amérique Française, soit le Canada et l’équivalent d’une vingtaine d’état américains. Ensuite, il est possible que je revienne vers Jean Raspail. Je suis tenté par l’adaptation de l’un de ses livres « moi, Orélie Antoine, roi de Patagonie »

 

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014

 

Samba BD : Quel est votre processus de création ? Comment gérez-vous vos plages de travail ? Quel est votre ambiance de travail (monastique, cool, débridée,…) ?

Jacques Terpant: Je passe beaucoup de temps à cela bien sûr. Ce sont des métiers dont on comprend en avançant qu’ils sont une vie consacrée. Il y a donc un coté « monastique » effectivement. On travaille seul, tous les jours ou presque. Je travaille le matin, pas très tôt, rarement avant 9h30, une heure d’arrêt pour déjeuner  et je reprends jusqu’à 20h. Mais tous les jours, sans marquer le week-end. Bien sûr, je peux faire autre chose, pendant deux jours, sans tenir compte de quel jour on est.

 

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014

 

Samba BD : Pouvez-vous me décrire votre bureau, votre lieux de travail ? Est-il important pour vous ?

Jacques Terpant: Je vis à la campagne, une maison isolée en dessus d’un petit village de la Drôme. Derrière moi, il n’ y a que la montagne et les chamois. Mon atelier est séparé de mon domicile, c’est une petite maison dans le village en dessous, à 600 mètres environ par un petit raidillon, que je monte et descends quatre fois par jour.

L’atelier est une maison de village, avec trois petites pièces qui ne sont consacrées qu’à cela.

Est-ce important ? Oui car ce sont mes racines, je compte 15 générations de ma famille dans ce lieu, cela crée un lien. Maintenant je pourrai être ailleurs, j’ai habité Lyon pendant longtemps. Mais, j’y serai comme à l’hôtel, en transit.

 

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014

 

Samba BD : Les couleurs ont une place importante dans votre oeuvre. Quelle est votre technique de mise en couleur?

Jacques Terpant: Je fais de la couleur directe, de l’encre, de l’aquarelle, un peu de gouache, mais je trouve important de garder le « cerné noir »  propre à la BD. La tendance chez beaucoup d’auteurs qui font de la couleur directe aujourd’hui, est de le supprimer. Ce n’est pas mon cas, le « tout peinture » me gène. J’aime que le noir soit là, en écho à celui du texte. C’est « identitaire » à la Bande Dessinée. C’est d’ailleurs ce qu’emprunte systématiquement la peinture quand elle vient puiser dans la BD: le cerné. Mais je travaille la couleur et la lumière avec plaisir. Certains auteurs appréhendent ce moment. Pour moi, c’est la partie « décontractée et plaisante ».

 

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014

 

Samba BD : Sur site internet qui est consacré à Jean Raspail, on cite une phrase souvent reprise par lui-même et attribuée à Arthur Koestler, à savoir : «Vous avez aimé le foie gras. Pourquoi vouloir connaître l’oie ? » Cette phrase fait référence aux lecteurs qui veulent rencontrer les auteurs…Actuellement, vous êtes beaucoup en séances de dédicaces aux quatre coins de la France et de la Francophonie. Que pensez-vous des séances de dédicaces dans les librairies, les festivals,… ? Est ce pour vous un réel plaisir, une pénitence ou simplement un passage obligé pendant une période de promotion de votre album ?

Jacques Terpant: Oui je cite souvent cette phrase aussi, il y a une vaine espérance à vouloir rencontrer un auteur. Le meilleur de nous est dans nos livres. Les signatures cela vient contrebalancer le coté monastique dont on parlait plus haut. En début de parcours je le fais avec plaisir, en fin de périple cela peut tourner à la punition, mais on y croise des amis de la profession en salons, quelques lecteurs intéressants. Même si, il faut bien le dire, la quête du dessin sur l’album engendre une forme de perversion de cette rencontre.

 

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Samba BD : Quels sont vos maîtres en bande dessinée qui vous ont inspirés ? Quels albums vous ont particulièrement marqués ?

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014Jacques Terpant: Mon maître absolu serait Moebius, ensuite je fais partie d’une génération qui a baignée dans la BD, toutes les tendances depuis l’enfance, de Spirou à Métal Hurlant, aux comics books. Tout a compté !  J’ai débuté dans ce métier en sortant des Beaux arts à l’atelier Lug, où je retouchais les comics américains de Romita à Franck Miller. Il y a sûrement des traces de cela chez moi. Pour la couleur directe, j’étais aux Beaux arts quand Moebius a fait Arzak qui est le maître étalon du genre. J’ai commencé à aborder cette technique à ce moment là. Je pense qu’une certaine BD anglaise, plus ancienne, mais découverte après, un peu oubliée aujourd’hui, notamment un grand dessinateur comme Franck Hampson (Dan Dare), fut une influence. Je m’en rends compte aujourd’hui.

 

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014

 

Samba BD : Lisez-vous ce que certains de vos collègues sortent en librairie ? Avez-vous eu récemment des « coups de cœur » en bande dessinée ou sur des média annexes (roman, cinéma, musique,…) ? Lesquels ?

Jacques Terpant: J’avoue lire moins de BD qu’avant, tout d’abord parce que la Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014production est monumentale. Je lis les productions de mes amis. J’aime beaucoup ce que font Christian Rossi, Franck Biancarelli, Christophe Blain , Michel Plessis, Joël Alessandra que vous avez interviewé, etc… Ils sont trop nombreux à citer. Je relis aussi les classiques, il y a peu j’ai relu tout le « vieux Nick » de Remacle. Cela peut paraître loin de moi… Sinon je lis beaucoup d’historiens, de biographie, je suis un boulimique de la documentation, quand j’entame un scénario sur une période, j’ai six mois de lecture. Là, je suis dans le 18eme siècle  pour le « capitaine perdu », donc même si je suis en Amérique, je me tape les biographies de Louis XV, les historiens spécialistes de la région concernée, etc…Je lis aussi des romans, mon dernier coup de coeur en roman ce serait « les pays » de Marie Hélène Lafon, où encore « l’homme des haies « de Jean-Loup Trassard, des romans pour ceux qui, comme moi, ont des origines rurales.

 

Interview réalisée par Samba BD par Capitol.

Remerciements à Jacques Terpant pour sa réactivité, sa disponibilité, son aide dans la réalisation de cette interview.

 

Interview Jacques Terpant, Le Royaume de Borée, Delcourt, 05/2014

Voici la série complète des albums de Jacques Terpant et Jean Raspail disponibles en librairies (la Saga Pikkendorff).

 

 

Un commentaire sur “INTERVIEW DE JACQUES TERPANT

  1. Merci pour cette entrevue intéressante ! Je trouve que M. Terpant est l’un des meilleurs dessinateurs réalistes de la profession et que son œuvre mérite le détour. D’un fan du Québec ! 😉

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