Scénario : Alice Geslin
Dessin & Colorisation : Jean-Côme
Éditeur : Pictavita
128 pages
Date de sortie : 2 septembre 2026
Genre : biographie
« Avec elle, le Freakshow va prendre un tournant. On ne se déplacera plus pour voir des erreurs de la Nature… mais pour plaindre une mère de famille ! Une femme honnête et travailleuse, défigurée par la volonté de Dieu. »
Présentation de l’éditeur :
La destinée de Mary Ann Bevan, la « femme la plus laide du monde » devenue reine des freak shows de Londres et de New York…
Angleterre, fin de la Première Guerre mondiale. Mère de famille nombreuse, infirmière de son état, Mary Ann Bevan développe une maladie qui déforme progressivement son corps jusqu’à l’empêcher d’exercer toute activité professionnelle.
Acculée par la maladie et son veuvage, elle s’inscrit au concours de la « femme la plus laide possible » organisé par l’antenne anglaise du cirque américain Barnum & Bailey, afin de subvenir aux besoins de sa famille. Une fois couronnée, elle accepte de s’enrôler et d’exhiber sa présumée monstruosité dans les freak shows, aux côtés d’autres « monstres humains » aux malformations physiques hors-normes.
C’est aux États-Unis, à Coney Island – où les freaks sont présentés comme de grands artistes et où leur popularité est immense – qu’elle gagne le surnom de « femme la plus laide du monde » dont elle tire fierté et richesse… Elle peut ainsi réaliser son rêve : financer de bonnes études à ses enfants, leur donner les moyens de de vivre libres… mais loin d’elle !
Qui était vraiment Mary Ann Bevan ? Une victime ou une femme libre ? Une mère égoïste ou un modèle d’abnégation ? A chacun de se forger son opinion.

Mon avis :
Il y aura, sans doute toujours, une aura entre fascination et horreur autour des Freak shows, ces personnes aux caractéristiques physiques atypiques, présentées comme des monstres à un parterre de curieux. Car l’humain est un voyeur. C’est inné. Qu’on soit dégoûté, comme ces âmes sensibles qui quittent le chapiteau ou s’évanouissent, ou captivé, au point de payer pour des séances privées : ces gens n’en restent pourtant, pas moins, des êtres humains. Ce qu’Alice Geslin tente à démontrer dans “Mary Ann Bevan, la femme la plus laide du monde”.
Sur base de documents d’archives et d’hypothèses plausibles pour élaborer les dialogues que les protagonistes ont pu avoir ensemble, l’autrice n’omet rien tout en maintenant la pudeur qu’on doit à nos semblables, aussi différents puissent-ils être. Comme John Merrick (Elephant man), Mary Ann était cultivée. Elle était même infirmière aimée et appréciée, notamment grâce à son physique avantageux. Personne n’aurait pu deviner qu’une maladie allait s’emparer de son corps pour la rendre “effrayante”.
On peut même dire que le graphisme de Jean-Côme, loin de plaire à tout le monde, rend justice à cette femme en affichant un dessin relativement réaliste mais proche de la caricature, rendant finalement chaque intervenant assez moche. Accompagné de teintes glauques comme le contexte de son existence durant la prohibition : voilà de quoi donner la part belle à ce qui ne se voit pas. Les émotions, les motivations, les craintes et les espoirs de chacun.
Mary Ann, ne pouvant plus travailler à cause de ce corps gonflé et endolori qui ne lui laissait plus aucun répit, elle s’inscrit à cet odieux concours de “femme laide”. Désireuse d’apporter le confort financier à ses enfants afin qu’ils n’aient jamais à souffrir du manque d’argent et puissent poursuivre les études de leur choix, elle accepta de se montrer en public lors des freak shows. D’abord en Angleterre puis aux États-Unis. Sauf que l’argent ne fait pas spécialement le bonheur. S’ils ont pu, tous les quatre, vivre aisément : ils n’avaient plus leur mère pour les réconforter le soirs. Pire encore, ils la voyaient se dévaloriser dans ces spectacles de foire et se perdre dans l’alcool pour oublier les regards des badauds.
Sa relation avec son fils aîné en est le plus bel exemple, à la fois émouvant et réaliste, psychologiquement destructeur pour tous les deux. Tout ça parce qu’un jour, quelqu’un a voulu faire fortune en étalant la misère du monde comme un spectacle de divertissement. Parce que parfois, on n’a juste pas le choix. Parce que cette femme voulait le meilleur pour ses enfants. Parce qu’elle a essayé de survivre malgré son handicap. Parce que le monde est cruel. Parce que… Think about it.
ShayHlyn.







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