Tokyo ces jours-ci

Scénario et dessin : Taiyô MATSUMOTO
Editeur : KANA
Collection : Made in
220 pages – broché
Parution : 15 novembre 2024
Genre : tranche de vie

Ce jour-là, Shiozawa, éditeur de mangas, a démissionné de son poste pour raison personnelle après trente années passées au sein de la même maison d’édition.
Mais cet homme, qui vit seul dans un petit appartement loin de l’agitation de Tokyo et qui parle à son moineau de Java, ne parvient pas à laisser tomber les mangas.
Le voilà qui part retrouver les dessinateurs dont il s’est occupé par le passé.

Voici un manga qui tient presque de la mise en abîme. On y suit un éditeur de manga qui veut arrêter son métier mais se retrouve toujours attiré vers ce monde, il commence par conseiller sa remplaçante, peinant à interagir avec ces artistes que lui connaît si bien. 

Tokyo ce jour-ci est un manga de type tranche de vie, à la fois émouvant, sincère et d’une grande pudeur. On sent que l’auteur y met une part profonde de lui-même, qu’il aborde un sujet qui lui tient vraiment à cœur, et qu’il prend un risque en le faisant. Tout respire l’authenticité. On a le sentiment que le récit est né d’expériences vécues, que les personnages sont des reflets à peine voilés de personnes réelles. L’auteur ne cherche pas à dissimuler cette vérité, il se contente de la transposer.

Ce n’est pas une œuvre spectaculaire, ni un récit initiatique au sens classique, mais plutôt une parenthèse : un moment suspendu dans une vie, une respiration qui ouvre sur des choix, des hésitations, des désirs. Le ton reste calme, bienveillant, presque contemplatif. Le manga capte des émotions très quotidiennes sans jamais les forcer : une conversation anodine, un silence, une lumière d’après-midi, deviennent des moments d’une justesse rare. On a l’impression de respirer avec les personnages.

Le dessin n’est pas particulièrement beau, c’est voulu. Le trait est simple, parfois grossier, comme celui d’un carnet de notes. Le mangaka semble privilégier la sincérité du geste à la recherche de perfection. Et pourtant, certaines planches frappent par leur beauté : un quartier, une météo, un détail d’architecture suffisent à créer une émotion immédiate. On aimerait même qu’il s’y attarde davantage.

Le premier tome, en termes de rythme, avance lentement. Il donne parfois l’impression d’un long prologue : on lit avec curiosité, mais aussi une impatience, celle d’attendre un élan narratif plus fort. Cette lenteur fait toutefois partie du projet : elle correspond à ce ton introspectif où le temps s’étire, où l’essentiel réside dans les sensations plus que dans les événements.

C’est une œuvre sur l’identité, la création et l’amour — un manga gai, mais surtout universel. Il parle de solitude, de recherche de soi et de l’impossibilité de tout dire, sans jamais se réduire à une étiquette. Derrière chaque page, on devine la réflexion d’un artiste sur sa place dans le monde et dans son art.

Dans ses meilleurs moments, Tokyo ce jour-ci donne l’impression d’observer quelqu’un en train de se chercher à travers le dessin lui-même. C’est une œuvre sincère, parfois maladroite, mais d’une honnêteté rare. Elle ne cherche ni à convaincre ni à impressionner : elle veut simplement être juste. Et c’est sans doute ce qui la rend si touchante. Un manga qui saura nous donner le sourire lors d’un de ces jours calmes où tout nous semble au point mort mais où notre créativité aspire à plus.

ARTHUR

Laisser un commentaire

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

En savoir plus sur SambaBD

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture