Scénario : Thomas Legrand
Dessin et couleurs : François Warzala
Éditeur : Rue de Sèvres
136 pages
Date de sortie : septembre 2024
Genre : Histoire ; biographie
« Mon Dieu, réveillez-moi de ce mauvais rêve ! Ils ont signé l’armistice ! On ne s’est même pas battus… »
Présentation de l’éditeur
Lorsque la France s’effondre en juin 1940, Jacques Leboy se retrouve comme tant d’autres déporté vers l’est sans aucune certitude sur son avenir. Arrivé au terme de son voyage au camp de Stalback, il est assigné à un segment du stalag 1A peu commun. Cette section dite « aspilag », fruit d’un accord entre les autorités nazies et le gouvernement de Vichy, était en effet destinée à n’accueillir que des aspirants officiers de l’armée française vaincue. Dans ce camp-université, un seul but : former une élite française pour la « nouvelle europe » d’après la victoire allemande. Au gré de sa captivité et de ses tentatives d’évasions, Jacques questionnera tour à tour ses choix politiques et moraux, ainsi que sa foi en la religion et en l’humanité. Jusqu’à pouvoir, près de quarante ans plus tard, raconter ce pan méconnu de l’histoire à son plus jeune fils.

Mon avis
Voici encore un pan de l’histoire de la seconde guerre mondiale peu connu, que Thomas Legrand met ici en lumière en racontant ce qu’a vécu son père. On pense bien sûr au récit qu’a fait Tardi sur la captivité de son père pendant la guerre dans la trilogie, Moi René Tardi Prisonnier de guerre au Stalag II-B, mais l’histoire est ici bien différente.
Plus que le récit d’un prisonnier et de ses tentatives d’évasions, c’est aussi l’histoire d’un camp très particulier. Le Stalag 1 A dont une partie dite « Aspilag » était réservée aux aspirants officiers dans le but de les rééduquer pour former une nouvelle élite pour l’Europe de la victoire allemande. Fruit de la collaboration entre le gouvernement de Vichy et les Nazis, ceux qui aspiraient à être officier pour servir leur pays se voyaient donc interdits d’évasion par leur propre hiérarchie, et recevaient quotidiennement dans ce camp-université une bonne petite propagande vichyste et pro-nazie.
Et puis, il y avait un certain de Gaulle, général refusant la défaite et appelant depuis l’Angleterre à continuer le combat. Chacun des prisonniers s’est alors trouvé face à des choix à faire. Pas si facile, quand on a une vingtaine d’années et que nos certitudes et rêves volent en éclat en quelques mois.
Jacques Leboy, qui endosse ici le rôle du père de Thomas Legrand, a refusé la trahison et fait le choix de l’honneur.
Thomas Legrand et François Warzala nous révèlent cette histoire oubliée en nous mettant en immersion au plus près des prisonniers. Nous suivons leur quotidien de prisonniers de guerre et découvrons, effarés, les discours de « rééducation » des officiers français. Les tentatives d’évasions donnent du rythme et de l’intensité à ce huis clos qui se lit avec passion.
On ressort de là plein d’admiration et de respect pour tous ces jeunes qui ont su faire les bons choix, aller au-delà de leurs peurs pour sauver leur honneur et rester fidèles à leurs convictions.
Un témoignage de la seconde guerre mondiale, inédit, intègre, juste, sobre et passionnant.
Loubrun

Ah intéressant, je ne connaissais pas ce programme de Vichy pour les « officiers ».