Scénario : David Cénou
Dessin et couleurs : David Cénou
Éditeur : La boite à Bulles
320 pages
Date de sortie : janvier 2024
Genre : biographie
« Votre demande d’admission pour le mandat en ex-Yougoslavie a été acceptée, Marchadier »
Présentation de l’éditeur
Juin 1992, les nations constitutives de la Yougoslavie se déchirent. Pendant ce temps, en France, Samuel Marchadier, jeune skinhead nationaliste effectue son service militaire au 126e régiment d’infanterie de Brive-la-Gaillarde. Attentif aux débuts de ce conflit, Samuel voit se présenter une opportunité inespérée d’en devenir un de ses acteurs car son régiment est appelé à y intervenir, dans le cadre du mandat donné à la Force de protection des Nations Unies (FORPRONU).
Demander à Samuel ses motivations pour partir là-bas, c’est aller au-devant d’une vraie déception car le sens du devoir humanitaire et de l’aide à son prochain ne font pas partie de ses valeurs : faire la guerre, partir au feu constituent le leitmotiv de ce jeune homme aux idées aussi courtes que ses cheveux, bien content par la même occasion d’arrondir quelque peu sa solde de conscrit.
Pourtant, il se retrouvera bientôt face à une réalité bien différente de celle qu’il attendait et à ses émotions d’homme.

Mon avis
10 ans après Mirador Tête de mort, David Cénou revient sur son histoire et son parcours personnel en se mettant en scène dans la peau de Samuel Marchadier. Nous sommes en juin 1992 en pleine guerre de l’ex Yougoslavie. Samuel est un jeune skinhead néonazi, il fait son service militaire et n’a qu’une envie, c’est d’aller sur le terrain de la guerre pour en découdre. Ça tombe bien, son régiment est mobilisé dans le cadre de la Force de protection des Nations Unies. Samuel va découvrir la guerre sous le prisme des casques bleus, c’est à dire qu’il ne verra pas grand-chose de la réalité des combats. Son quotidien sera fait d’attente, d’ennui, de rancœurs, de tensions entre conscrits et de déceptions. Rien de ce qu’il attendait.
Le lecteur est invité sur plus de 300 pages à suivre ce quotidien morne et triste à mourir. A force de voir ces soldats s’emmerder profondément, se pourrir les uns les autres (on est loin de l’idéalisation de l’esprit de corps de l’armée !), on est gagné par cette monotonie ambiante et l’atmosphère délétère qui règne au sein du régiment.
Si cette reconstitution n’a pas réellement d’objectif documentaire sur le conflit, elle permet tout de même d‘en effleurer les contours complexes par de très rares éclairages sur la situation géopolitique de l’époque. Ce témoignage a aussi le mérite de nous questionner sur la pertinence et la réelle utilité de la présence des forces de maintien de la paix que sont les casques bleus.
Le dessin semi-réaliste à l’encrage appuyé fait le job et apporte sont lot de froideur à l’ambiance générale déjà glaciale.
Ce voyage en Yougo est déroutant et assez démoralisant, mais David Cénou a le mérite d’apporter sa propre petite pierre à l’Histoire sans rien nous cacher de ce qu’il fut, et de nous inviter à réfléchir sur le sens de l’engagement et la portée des idéologies.
Loubrun

Et une médaille pour Loubrun qui réalise la 1er chronique d’un titre de 2024. Bravo !