Kujo l’implacable T.4

Auteur : Shôhei Manabe
Editeur : Big Kana
Genre : Drame / Maffia / Tranche de vie
Sortie : le 24 novembre 2023

Avis de l’éditeur :

Kujô a pris en charge une nouvelle affaire : défendre Shizuku, une jeune femme qui a poignardé son petit-ami. Lors de leur entretien, elle décide de raconter pourquoi la mort de son petit-ami était le seul moyen pour qu’elle puisse « redevenir elle-même ». De son côté, Reiko Kameoka, une avocate de la même promotion que Kujô, compte bien mettre en lumière les abus des sociétés tournant des films pornographiques.

Mon avis :

Tout d’abord, soulignons que le résumé de l’éditeur se veut pour le moins étrange, puisqu’il s’agit du récit à priori se déroulant lors du prochain tome, comme annoncé en fin d’ouvrage de ce 4ème opus. Petit retour dans le temps donc, où nous suivons Shizuku, une jeune fille de 17 ans désemparée, prise à parti entre une mère peu soucieuse du sort de sa progéniture et d’un Beau-père uniquement disponible lors d’abus sexuels.

Une jeune fille comme tant d’autres, en perte de vitesse, brimée, bien que succombant au charme d’un Hôte, Shôto, un beau parleur lui vantant ses qualités de future actrice dans le monde de la pornographie. Et pourtant, loin de la balader et de vouloir profiter de son innocence, il lui relate en quoi consistera son job, sous les feux des projecteurs.

Tout part cependant en vrille, lorsque son Beau-père la reconnaît en cliquant sur une vidéo pour adultes. Dès lors, lui et sa compagne, la mère de Shizuku, entament des négociations avec l’avocate de renom Reiko Kameoka, particulièrement intéressés par l’éventuel gain que pourrait rapporter le procès…

Kujo l-implacable_T04_Shohei Manabe_Big-Kana_extrait

Comme on l’avait prédit lors des premiers tomes de la saga, il n’aura pas fallu longtemps à Shôhei Manabe pour nous percer de sa flèche en plein cœur, tellement la qualité optimale de ce nouvel opus atteint des sommets, par une construction narrative digne des meilleurs tomes d’Ushijima.

Le précédent titre de Kujo l’implacable montait graduellement en puissance et en tonalité, tant on se rapprochait d’une ambiance et d’un réalisme profond bien que dénués de toute morale, avec pour leitmotiv les personnes âgées délaissées, malmenées et torturées dans des maisons de repos. Manabe repousse les limites du politiquement correct une fois encore, mêlant le monde glauque et dépravé de la pornographie, à celui de jeunes femmes éprouvant le besoin vital et viscéral de se produire en tant qu’actrice de cinéma X.

Prenons l’exemple marquant de Shizuku, qui éprouve un grand plaisir lors des tournages, profite de son argent pour se payer du parfum de luxe et se pavaner dans des vêtements qui lui plaisent. Bonheur inexistant avant sa carrière de Hardeuse. Et comme le mentionne fort bien l’auteur, une majorité de ces femmes seront destinées, par belle ou par laide, soit à tourner des kyrielles de scènes de films X ou à se prostituer, en dépit des contraintes, impossible d’assumer un autre job.

Un titre où le personnage central, l’avocat Kujo, est presque aux abonnés absents, apparaissant furtivement ci et là. Intéressant tout de même d’observer la dualité naissante avec l’avocate de la partie adverse, Reiko Kameoka, immergée à défendre des « victimes » de franchises pornographiques, surtout lorsque la soi-disant victime est une handicapée mentale. Mais encore une fois, Manabe ne prend nullement parti. Il énonce certes un système existant dans un Japon underground empreint d’un réalisme exacerbé, de par ses recherches journalistiques poussées, et dévoile au grand jour ce qui s’y trame à l’instant X où ces lignes sont écrites et sa fiction publiée. En l’occurrence : des existences pénibles que des laissés-pour-compte endurent  au quotidien.

Les trames de Manabe s’alimentent de la fange universelle, d’une décadence et une corruption omniprésente, et ajustent avec une précision chirurgicale à étendre la sublimation de l’horreur percée dans l’âme de ses lecteurs, destinés à un public conscient, loin des berges des âmes sensibles.

A défaut de se répéter, ce mangaka ne prône rien en particulier, mais relate tel un messie de la toile, ce qui se déroule derrière les rideaux de l’âme et de la chair. Indéniablement hors pair, le maestro des maestro du Seinen clandestin !

Coq de Combat

2 commentaires sur “Kujo l’implacable T.4

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