Mezkal  

Scénariste : Kevan Stevens
Dessinateur : Jef
Editeur : Soleil
Genre : Drame / Polar
Sortie : le 5 janvier 2022

Sûrement l’un des titres phares de ce début 2022, qui pourrait d’ailleurs se classer favorablement parmi les meilleurs titres de l’année. Car pour concurrencer ce bijou, faudra se lever de très bonne heure …

Avis de l’éditeur :

Un jeune américain part à l’aventure après la mort de sa mère. Il va croiser une jeune femme au sang indien sur laquelle veille un chaman aux étranges pouvoirs. Mais aussi l’un des plus grands cartels mexicains pour qui il va être forcé de travailler. Vananka n’aura qu’une idée en tête : retrouver sa bien-aimée, détenue par une famille de Hell’s Angels…

Mezkal_Kevan Stevens_Jeff_Soleil_extrait 1

Mon avis :

Pour Vananka, l’existence se résume à (comme pour la majorité de ses semblables) : peu emballante ! Sujet à d’invraisemblables cauchemars, la vraie vie ne lui occasionne également que peu de cadeaux. La preuve étant que, sur la même journée : il perd son boulot, et sa mère décède de son alcoolisme.  Un parent qui, avec son père, lui ont pourri la vie et ce autant de leur vivant que dans l’outre-tombe.

Si on ajoute à cela des dettes à régler, sans le sous : Vananka part à l’aventure, bien décidé à tenter sa chance ailleurs. Franchissant El Paso, plaque tournante en débit de citoyens comme en contrebande, il ne s’attarde guère non plus à Ciudad Juarez, considéré comme la pire ville dangereuse au monde.

Son point d’atterrissage se trouve auprès d’une jeune amérindienne autochtone nommée Leila, habitant dans une modeste demeure avec son petit frère aveugle Mattéo et leur grand-père shaman, en plein désert.

Arrivé à ce stade, autant dire la trentième page, le récit prend une tournure diabolique où se mêlent adroitement les conflits liés aux bandes de narcotrafiquants prêts à en découdre avec n’importe qui pour n’importe quoi. Et le premier danger de ce charmant patelin ne tarde pas à se faire connaître puisqu’il s’agit de Felipe, le cousin de la charmante Leila, qu’il est préférable de ne point se mettre à dos, connu pour ses ruses et l’atrocité de ses méthodes.

Toutefois, étant tombé follement amoureux de Leila, Vananka décide presque à contre cœur de s’allier au mercenaire Felipe, de quoi lui permettre d’offrir la grande vie luxueuse à sa belle. Mais tout tourne au drame en peu de temps : sa compagne défoncée à la coke et lui-même en perte de vitesse, il se retrouve confronté à un sacré dilemme… orchestrer, ou pas, l’arrestation des gros calibres de la pègre pour le compte de la DEA !

Mezkal_Kevan Stevens_Jeff_Soleil_extrait 2

Attention chef d’œuvre ! Du pur jus de reptile assaisonné à la meilleure plantation de psychotropes de ce début d’année 2022. Un concentré d’adrénaline effarant et une justesse à toute épreuve. Mais revenons au commencement de ce one shot tout juste abracadabrant.

Il ne faudra pas plus de quelques pages au lecteur pour se forger une opinion sur Mezkal. Soit on adore, soit on passe son chemin vers un autre rayon. Pour celles et ceux dont les thématiques sont à la dure, sans compassion, ni moralité mais d’un réalisme exacerbé et d’une authenticité poussant à la provocation jubilatoire : vous êtes à la bonne adresse et pas qu’un peu, chers mortel(le)s.

Tout d’abord, les protagonistes infligent à eux-seuls un uppercut agressif. Vananka s’associe à ce jeune homme dont la vie n’a pas souri, et qui après avoir longtemps douté sur son rôle sur cette Terre, pénètre dans l’inconnu ainsi que dans une inconnue qui va nettement rythmer son quotidien. Sa vie de misère dans une agence administrative en dit long. Peu engagé dans sa carrière professionnelle, la porte lui tend le bout du nez et enchaînant les échecs, son itinéraire le mène dans un coin perdu ou enfin, la chance lui réussit. Mais pour combien de temps…

Leila, quant à elle, demeure sans conteste le pion indissociable de ce schéma tactique appuyé par Kevan Stevens. Le scénariste assure sous tous les fronts et la quasi unique présence féminine, en dehors des protagonistes secondaires, pour la plupart prostituées, assure telle un fer de lance dans ce dédale psychédélique. Relativement vite, on se rend compte de l’attitude de cette jeune femme, qui tire la couverture à elle, et est prête à n’importe quoi pour atteindre ses buts (quitter sa vie au fin fond d’un trou perdu, devenir riche et surtout appâter les hommes lors de ses danses provocatrices en soirée).

Et pourtant, ces deux là s’apprécient et s’aiment. Mais c’était sans compter Camarade Felipe, qui passe ses journées à découper la concurrence en petits morceaux. Viennent, en plus, s’ajouter d’autres figurants tout aussi dingues qu’efficaces, des grands maestros de la contrebande de la poudre, du trafic de femmes ou d’armes de pointe en tout genre.

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Vous l’aurez compris, il y est question de boucherie et de sexe, mais on le soulignera une fois encore : de manière ultra efficace, gonflé à bloc et sans réellement copier sur un genre en particulier.

Certains pourraient y voir des similitudes avec du Tarantino ou encore Oliver Stone (dont notamment U-Turn avec Sean Penn) mais rectifions le tir : Ce Meskal va beaucoup plus loin et sonne encore plus juste. La trame ultra soignée de Kevan Stevens vaut son pesant d’or ! Chaque case désigne avec insistance une énumération se rapportant au leitmotiv de l’histoire. Rien n’est laissé au hasard, tout se complète et tout trouve son sens.

Les dialogues, forts en teneur, éblouiront la caste des lecteurs en mode « désarticulés à l’extrême », des phrases à ressortir en soirée si vous avez des invités de marque à faire pâlir ou rougir de rire.

Sur ce, arrivons dès lors au contexte graphique de cette œuvre. Un découpage savoureux, tantôt présenté en doubles pages, tantôt exploité de manière intrigante. Les planches s’additionnent et ne se ressemblent pas, jouant sur un effet de surprise d’une grande rareté. Notons que nous avons droit à 188 pages de ce crustacé rare, autant en profiter à s’exploser la panse et les neurones.

Et ici, on entend presque l’écho de certains récalcitrants qui crieraient : Oui, mais vous avez vu leurs bobines dans ce scénario de macchabées ?! On ne pourrait certes pas leur donner tort, mais n’est-ce pas là justement ou Jef souhaite plonger son lectorat. Dans un désert aride, les gens sont bronzés, et leurs cernes ressortent infiniment davantage. La plupart des protagonistes ont des faciès patibulaires mais expriment tant de réalisme, tant pour leur attitude que pour leur style (body-buildé, chemises hawaïennes …)

Clin d’œil aux personnages de Cartoon (dont le fameux Coyote) qui ne font que passer, et pour la plupart trépasser, et à cette maîtrise volcanique de certaines couleurs adroitement ajustées. Jusqu’à sa touche finale, Mezkal donnera le tournis, de manière viscérale, sans interruption, plongeant Vananka jusqu’au tréfonds de son être, donnant son âme pour libérer son âme sœur.

Mais Leila, est-elle la femme de ses passions ou le symbole de sa prise de conscience vers la maturité ?

Quoi qu’il en soit, vous découvrez, si ce n’est déjà fait, l’un des titres phares de ce début 2022, qui pourrait d’ailleurs se classer favorablement parmi les meilleurs titres de l’année. Car pour concurrencer ce bijou, faudra se lever de très bonne heure …

Coq de Combat

4 commentaires sur “Mezkal  

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  1. Ouf !… je suis enfin arrivé au bout de cette chronique… interminable ! (je croyais que le chef avait souhaité les raccourcir à une vingtaine de ligne ?😉)
    Sinon, j’ai l’impression que tu as… bien aimé cette BD ?🤣
    Tu as donc titillé ma curiosité, que j’essayerai de satisfaire dès que j’en aurai l’occasion !😉
    J’ai eu le nez d’en proposer la bannière hebdomadaire de la newsletter…

    Aimé par 1 personne

  2. Je viens de le lire et je dois reconnaitre que j’ai été bluffé graphiquement mais surtout au niveau des couleurs très percutantes qui flattent la rétine !
    Côté scénario, c’est peu brouillon et confus et pas très cohérent au service d’une violence gratuite qui arrive à passer grâce au côté caricatural des personnages aux trognes invraisemblables !
    Bref, ça ne laisse pas indifférent mais c’est loin d’être un chef d’œuvre ! (3,5 pour le régal des yeux).

    J’aime

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