Little Joséphine – Les Jours de l’Oubli

Scénario : Valérie Villieu
Dessin : Raphaël Sarfati
Éditeur : La Boîte à Bulles
Date de sortie : 7 avril 2021
124 pages
Genre : Témoignage

« Parfois elle se livre, elle vient s’asseoir sur mes genoux… C’est une petite fille désarmée que je tiens, une détresse sans nom. Je me sens bizarre dans ce rôle de mère qu’elle me fait jouer. »

Présentation de l’éditeur

« Je suis comme un bout de bois, je regarde le ciel, les nuages, et je ne sens rien » m’a dit un jour Joséphine.
J’ai eu la chance de la rencontrer, elle, qui se disait la fille d’Arsène Lupin ! L’humour était notre langage, notre terrain de jeu et notre lien. Elle était drôle et étonnamment vivante malgré les troubles dont elle souffrait. Joséphine a questionné des choses essentielles pour moi, m’a aidée à mieux penser mon travail pour ne pas me perdre dans la passivité, l’indifférence.
Par ce récit, je voudrais dire qu’il ne faut jamais capituler face à ces troubles du comportement si déstabilisants pour nous « bien portants ». Il faut toujours chercher le lien, la porte qui nous permet d’accéder à l’autre. Et là, on peut être prêt à se laisser bouleverser par « la demoiselle aux yeux verts »
C’est cette aventure éminemment humaine de sa complicité avec une de ses patientes atteinte de dégénérescence sénile que Valérie a demandé à Raphaël Sarfati de mettre en images, pour témoigner de son vécu et surtout du peu d’attention trop souvent portée aux personnes âgées.
Émouvant et riche de questionnements.

Mon avis

Lire Little Joséphine est une plongée dans le monde d’une vieille dame -seule- qui souffre donc d’Alzheimer. L’approche se fait par deux biais : le témoignage de la scénariste Valérie Villieu, infirmière à domicile, et l’immersion dans l’esprit de l’héroïne sous le crayon de Raphaël Sarfati.

Valérie Villieu offre un récit personnel poignant, sincère, plein de force et de pudeur. Elle livre sans filtre son expérience quotidienne. Son regard, toujours empreint de bienveillance et d’empathie n’en demeure pas moins critique sur l’immobilisme et les lourdeurs de certaines administrations ou l’absence d’humanité et d’investissement de certains aidants. Mais si la colère est palpable elle se focalise davantage sur un système plus que sur des personnes : le manque de moyens, l’absence de réelle formation, des salaires plus qu’insuffisants, des politiques de santé défaillantes (« […] la gériatrie est tellement dévalorisée qu’y travailler peut vraiment être vécu comme une punition ») sont pointés du doigt.

La plongée dans l’esprit de Joséphine, la tentative de représentation de ce qu’elle vit, de ce qu’elle perçoit peut déstabiliser le lecteur. C’est en effet une toute autre façon de penser, de voir le monde, de voir SON monde qui est imagée sous le trait de Raphaël Sarfati. Comme pour mieux appréhender la maladie, mieux la comprendre, il faut accepter de perdre ses repères habituels. Certaines planches déconcertent car on s’y sent perdu. Mais Valérie Villieu nous guide, nous explique, nous traduit l’univers de Joséphine, et on y voit un peu plus clair.

Je me livre sans détours : l’Alzheimer de ma mère a été diagnostiqué en 2012, je me souviens encore du coup de fil de mon père quand il me l’a annoncé. Tant de peurs et tant d’angoisses étaient liées à cette maladie pour nous ses proches, mais surtout pour elle qui était alors parfaitement consciente de son état. J’assiste depuis près de dix ans à la solitude grandissante de ma maman, à ce « naufrage » annoncé, cet univers rétrécissant, cet enfermement qui prend le pas sur le reste, tout doucement.

Si cette lecture ne s’est pas faite sans douleur, elle m’a permis de mieux appréhender la maladie en la comprenant davantage. Elle m’a aidé à prendre encore plus conscience de la nécessité d’être patient, tendre et présent avec ma mère, de filer un coup de main régulier (même court) à mon père, juste pour leur montrer à tous les deux qu’ils ne sont pas seuls. Merci donc à Valérie Villieu et Raphaël Sarfati de m’avoir renforcé dans l’idée que si le passé s’efface et que le futur n’est pas réjouissant, c’est dans le présent qu’il faut être… pleinement, sincèrement.

ScénarioDessinico_Album
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Petitgolem13

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