Tomino la maudite T1  

Auteur : Suehiro Maruo
Editeur : Casterman
Genre : Horreur / Drame
Sortie : le 27 janvier 2021

Avis de l’éditeur :

Un soir d’hiver, les jumeaux Shoyu et Mise sont abandonnés par leur mère. C’est lorsqu’ils sont vendus à un cirque que les orphelins trouvent un foyer chaleureux dans l’effervescence du Tokyo des années 1930. Mais si les bêtes de foire deviennent leur famille, les enfants apprennent à leurs dépens que le monde du spectacle est lui aussi gangrené par les appétits les plus vils. Avec Tomino la maudite,

Mon avis :

Miso & Shôyu sont deux jumeaux abandonnés par leur mère alors qu’ils ont moins d’un an. D’abord recueillis par le frère de celle-ci, où ils seront considérés comme moins que rien, autant par les adultes les livrant aux plus basses tâches domestiques, que par les autres enfants se moquant continuellement de leur triste sort : ils répandent une atmosphère noirâtre sur leur chemin.  En dépit de la violence omniprésente et les afflictions endurées, la sœur et le frère résistent aux intempéries de la vie.

Livrés à eux-mêmes, mangeant peu, voire pas du tout si ce n’est des vers de soie, les deux jumeaux seront , ensuite, vendus à Herber Wang du quartier d’Asakusa, un dealer d’opium qui est propriétaire de bêtes de foire, profitant du malheur de ses hôtes. Cet effrayant métis germanophone bigleux  a précédemment contracté de fortes dettes et quoi de plus normal pour se refaire une santé financière que de profiter du malheur d’autrui, qu’il s’agisse d’enfants en bas âge, loués telles des marionnettes pour son théâtre. Miso recevra comme nom de scène Tomino, quant à Shôyu, il sera désigné comme Katan. D’autres enfants esclaves malformés les entourent tels qu’Elise, la princesse aux multiples bras, ou encore Shin, l’enfant velu au faciès d’un homme entre deux âges.

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Une fois encore Suehiro Maruo livre avec Tomino la maudite une œuvre saisissante et poignante. Le second chapitre nommé « Commencement de l’enfer »  introduit les deux protagonistes centraux vers les abysses de la maltraitance humaine. Bien que totalement exploités et réduits à de simples animaux domestiques (voire pire, un accoudoir ou un meuble), nous noterons tout de même que comparativement avec le geste immature de la mère qui les abandonne ou par la famille de celle-ci qui les maltraite puis les revend, les jumeaux trouvent néanmoins une place et un type de réconfort entourés d’autres enfants torturés tels qu’eux-mêmes. L’œuvre de Maruo se traduit telle une métaphore accablante où le destin s’acharne, contre vent et marées. Les jumeaux seront séparés pour une raison bien précise et Katan deviendra l’esclave d’un vieillard démoniaque qui ferait presque passer le bigleux Herber Wang pour un sain d’esprit. Souhaitant déformer physiquement le jeune corps de Katan en l’engonçant dans une armure lourde et pénible qu’il porterait en permanence, ainsi que d’un casque en acier qui allongerait son cerveau : voilà qui ressemble à la pire torture que l’on pourrait contraindre un individu…pire lorsqu’il s’agit d’un enfant en bas âge. Et pourtant, ce personnage imbu de sa personne se frotte les mains en imaginant le résultat et l’oseille qu’il pourrait en tirer. D’ailleurs, la plupart des adultes du récit reflètent cette indignation. Certes, la vie peut être cruelle et amère mais seul l’argent et la passion du pouvoir règnent ici. Une sacré bande de pervers en puissance. Nous sommes durant les années 1930, précisons-le !

« Le terme Xiang Gui » désigne les enfants aux malformations fabriquées artificiellement en Chine. On les enfermait dans des boîtes pour les empêcher de grandir, et ils étaient ensuite exhibés dans des foires »

Maruo implique bon nombre d’éléments religieux dans son contexte, comme ce fût le cas pour d’autres de ses scénarios. Difficile de préciser quels mouvements ou cultures en particuliers, tellement il aborde plusieurs entités passant par le bouddhisme, le christianisme et certains groupes sectaires ou crépusculaires. Il n’est pas rare de percevoir un Christ crucifié, cloué de bas en haut du corps ou prenant feu. Les accessoires en arrière-plan jouent également leur rôle dans cette ambiance funeste. A l’instar de films Giallo, (films d’exploitations italiens dont Dario Argento et Lucio Fulci rayonnent) de nombreuses poupées déformées, cassés ou recousues ainsi que des jouets troublants sont affichés pour accentuer ce contexte claustrophobique.

Tomino la maudite_T01_extrait

Un autre élément mis en place par l’auteur provient de l’inclinaison de la destinée, jouant au jeu du chat et de la souris avec ces malheureux humains. Le meilleur exemple résulte sûrement de cette scène choquante pour laquelle une mère encourage son jeune fils à se faire volontairement écraser par une voiture afin d’encaisser l’assurance. Sauf que, maudite comme elle le comprend, son fils perdra une jambe à vie sans toucher le moindre peco pour la cause. Résultat des courses : son gamin, bien qu’éprouvé et unijambiste tentera de remporter le tournoi de course à l’école pour impressionner sa mère. Sauf que ce jour là, elle lui laisse une missive déclarant qu’elle l’abandonne.

Sans spoiler davantage cette brique de 360 pages, qui ne compose que le premier recueil, sachez que vous tiendrez dans vos mains, si ce n’est déjà chose faite, l’un des titres phares de ce début d’année 2021.

Les fins connaisseurs de l’univers de Maruo ne seront pas spécialement choqués par ce contenu. C’est bien simple, malgré toutes les abominations relatées, ce premier tome n’en demeure que classique, loin des folies furieuses sexuelles et tortueuses d’autres de ses récits tels que La Chenille, New National Kid et surtout DDT aux éditions du Lézard Noir.

La fin de ce premier tome purement psychédélique, emportera le lecteur vers les confins des méandres de l’esprit malade. Tête d’enfant sur corps de chien ; vestibule tournant en arcs de cercles sous psychotropes ou autres effets LSD ; nouveau-nés dans des bocaux troués tels des cannettes ; on a juste l’impression (et c’est plus qu’une impression !) que la terre s’écrase contre une plate-forme de magma, donnant un résultat ahurissant. Et la bonne nouvelle : Ce n’était que le premier tome !

Graphiquement, tout est détaillé à l’extrême, et dans de telles conditions, il nécessitera pour certains lecteurs d’avoir l’estomac vide ou bien accroché. Les jets d’ombre et de lumière fustigent à tout-va. Pour les fins connaisseurs, juste un amuse-gueule qui leur permettra de tenir quelques heures éveillés.

Bon, ce Tomino la maudite est vivement recommandé. En matière de Seinen hors-classement, il répond aux nombreuses demandes ! Espérons que d’autres titres de Suehiro Maruo suivent …

Coq de Combat

3 commentaires sur “Tomino la maudite T1  

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  1. C’est vrai que le thème est sordide et pas très engageant à la lecture… d’autant qu’il semble falloir avoir l’estomac bien accroché.😱
    La chronique un tantinet indigeste m’a coupé l’appétit… bref, je n’ai plus faim !🤮🥵

    J'aime

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