Un auteur de BD en trop

Scénario : Daniel Blancou
Dessin : Daniel Blancou
Éditeur : Sarbacane
86 pages
Date de sortie :  8 janvier 2020
Genre : Roman graphique; arts


« – Moi, je veux créer une œuvre qui marquera les esprits !

– Comme je te comprends. dire qu’il y en a qui sont prêts à vendre leur âme pour des raisons commerciales. « 

 

Présentation de l’éditeur

Daniel, auteur de BD sans grand talent, tombe par hasard sur Kévin, ado amorphe, auteur de quelques planches faites à la va-vite. Sauf que ces planches… sont tout simplement géniales ! Ambitieuses, novatrices, magnifiques, intelligentes : le choc est violent pour Daniel, qui subit durement la comparaison. Daniel envoie alors le projet à son éditeur, en se faisant passer pour l’auteur. Aussi enthousiaste que surpris, l’éditeur le signe illico et vise le festival d’Angoulême pour la sortie de l’album… À la clé : quitte ou double ! Le succès si ça marche, la honte du plagiat si Daniel se fait prendre…

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Mon avis

Le métier d’auteur de bande dessinée n’est pas une sinécure pour tous et rares sont ceux de nos jours qui s’enrichissent par cette activité. Métier, passion, métier/passion ? Le débat est vaste et de plus en plus d’actualité avec la précarité grandissante des auteurs de BD.

Sans l’aborder par le prisme de la victimisation ou du larmoiement, Daniel Blancou y fait référence ici dans une fable au ton humoristique d’abord assez déconcertante, puis finalement plutôt réjouissante. Il utilise pour ce faire un registre aux tonalités pop-art là aussi quelque peu déroutantes au début.

On commence par la couverture qui pique un peu les yeux au premier regard. Mais on regarde en détail tout de même, on fait l’effort parce qu’on voit bien qu’il y a un sacré travail derrière. C’est bizarre cette foule dont on ne comprend pas très bien d’emblée ce qu’elle fait là. En général sur les couvertures on y voit un personnage central ou principal, ou une situation, un évènement. Alors on regarde avec un peu plus d’attention et l’on voit que la foule se dirige vers un point unique et que figure à côté un autre point isolé. Un petit personnage, chemise rouge, seul, penché sur une feuille blanche. Tout d’un coup ça fait tilt ! On comprend le dessin, on comprend le titre et on sait, grosso modo de quoi va parler l’album. C’est ce que j’appelle une couverture réussie : elle attire l’œil, elle intrigue, elle en dit beaucoup sur le contenu mais pas trop non plus.

Si vous allez prochainement au festival d’Angoulême, ou à tout autre festival, vous repenserez à cette couverture.

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Pour revenir au débat sur le métier/passion, le cynisme du business et la loi du marché rappellent vite tout le monde à l’ordre et ils ont souvent le dernier mot. C’est ce que vit ce pauvre Daniel, auteur sans grand talent, qui fait des BD documentaires très ciblées (que ceux qui sont intéressés par un documentaire sur les difficultés du commerce des chenilles alimentaires en Centrafrique ou par les conséquences de la grippe aviaire dans les Bouches-du-Rhône sortent du rang), qui rêve de faire des « BD rigolotes » mais n’y arrive pas, et qui se retrouve victime de l’essorage de catalogue pour raison économique. Mais notre Daniel est prêt à tout pour faire de la BD et gagner un peu de sous et revivre la « gloire » qu’il avait eu 20 ans plus tôt en recevant un prix à Angoulême dans un concours scolaire. S’ensuit donc ce plagiat, pour ne pas dire vol, du travail du jeune prodige Kevin qui, par dessus le marché se fout un peu de la BD, plus attiré qu’il est par l’art contemporain. Et voilà le deuxième sujet de ce livre où l’auteur juxtapose et oppose l’art dit populaire de la BD et l’art contemporain, qui nécessite un effort d’imagination démesuré pour en saisir le concept. Les quelques passages évoquant ce sujet sont vraiment bien vus !

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Un mot quand même sur ce dessin qui mélange un trait rond, des trames pour créer ou habiller les décors et de grands aplats pour colorer tout ça. La première impression est déroutante avec toutes ces trames façon old school et ces couleurs exclusivement primaires, mais suscite quand même la curiosité. Ça rappelle les vieux comics. Mais on s’y fait assez vite grâce à une narration et une mise en scène bien construites.

Mini OLNI ou bien pavé dans la marre en ce début d’année, qui parait doublement à point nommé quelques semaines avant le festival d’Angoulême et au lancement de l’année de la BD en France, Daniel Blancou propose une mise en abyme de la création artistique, du métier d’auteur de BD et du business de la bande dessinée dans une explosion de couleurs pop flashy et un style naïf. Il tente, par l’humour et l’autodérision, de dédramatiser une situation qui en vérité ne prête pas vraiment à rire.

Un livre à faire lire peut-être dans les écoles de BD, pour montrer aux auteurs en herbe où ils vont mettre les pieds ?

Loubrun

 

 

 

3 commentaires sur “Un auteur de BD en trop

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