Underground

Auteur : Suehiro Maruo
Editeur : Casterman
Genre : Ero-Guro + Tranche de vie
Sortie : le 9 septembre 2026

Avis de l’éditeur :

À l’aube des mouvements contestataires qui vont ébranler le Japon à la fin des années 1960, Tokyo est la ville du miracle économique, lancée dans une course effrénée à la croissance et à la consommation.

Mon avis :

Contempler une œuvre de Suehiro Maruo, c’est d’entrée de jeu se résoudre à vivre une expérience insolite peinte à contre-courant des thématiques Mainstream. Pour ceux qui l’ignorent, Maruo se veut être l’un des piliers du genre Ero-Guro ; mélange tant subtil que cruel d’une sexualité débridée, voire carrément loufoque, s’appuyant sur n’importe quelle morbidité connue à ce jour. Son registre implique le grotesque, le décadent et emprunt d’un dynamisme régnant à cent à l’heure, à l’image de ses protagonistes aussi décalés que possible.

Généralement parus aux éditions du Lézard noir pour des albums de premier cru tels que Le Monstre au teint jaune, Vampyre ou National Kids (dont la couverture à lui seul donne le ton !), les éditions Casterman, à leur tour, se sont lancés pour objectif d’approvisionner ce marché de plus en plus sollicité, par des titres phares tels que Tomino la Maudite et L’île Panorama, véritable ode de l’horreur déviante et extrême.

Pour ce nouveau tour de force intitulé Underground, Maruo nous propulse durant les années soixante en plein Japon, avec ces différents mouvements avant-gardistes poussés par une jeunesse à la fois fébrile mais convaincue d’y jouer son rôle ; et tout particulièrement deux jeunes gens : Sachiko, une jeune orpheline plutôt démoralisée par les moqueries subies au quotidien, et Migeru loin d’être épargné pour sa petite taille, qui se frottent à la difficulté et la méchanceté des autres. Tout ce qu’ils entament se conclut par d’innombrables échecs à la suite, à l’instar de nombreux tokyoïtes désabusés par une économie ne protégeant que les destinés les plus favorables à la réussite.

Dans ce schéma réaliste et tout aussi pervers, Maruo excelle avec grâce, envoutant son lecteur par une folie dont lui seul détient le secret. Indéniablement adressé à un public mature, à l’estomac solide et porté par un intérêt au-delà des normes tendances…, son crayonné ne s’embarrasse nullement d’artifices, se concentrant clairement sur ses héros, tout aussi désarticulés que l’œuvre elle-même. La détresse résonne sur chaque planche comme des tambours durant la guerre de sécession, parvenant à précipiter le lectorat vers des abysses d’où on ne ressort point indemne. Après lecture, votre cerveau risque de cogiter un long moment par-delà les méandres de pensées reptiliennes.

Lorsque la poésie à sa quintessence rencontre la douceur du macabre, donnant naissance à l’Ero-Guro dans toute sa splendeur.

Coq de combat

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