Torso

Scénario : Brian Michael Bendis, Marc Andreyko
Dessins : Brian Michael Bendis
Editeur : Delcourt
ISBN : 978-2-413-08899-8
DL : 05/2025
NB pages : 288

« Eh bien, merci M. le Maire… »

Version originale (Torso TPB) publiée aux USA par Dark Horse Comics. Déjà paru en VF chez Semic en 2002.

Résumé éditeur :
États-Unis, 1935. Cleveland est une oasis économique gangrénée par la corruption et le crime. Le maire fait appel à Eliot Ness, auréolé de l’arrestation récente d’Al Capone. Mais le héros de l’Amérique se retrouve face à un véritable monstre, surnommé  » The Cleveland Torso Murderer « , un tueur en série insaisissable qui coupe la tête et démembre ses victimes. Basé sur des faits réels, ce tueur ne fut jamais arrêté.

Dans la trilogie polar des années 2000 de Bendis, je demande Torso. Un polar noir toujours aussi percutant. L’album mise tout sur son ambiance lourde, presque poisseuse et sur une narration qui donne une impression de feuilleter un vieux dossier d’enquête.

Le dessin de Bendis est brut, parfois même… approximatif pour le dire poliment. Pourtant, ça fonctionne. Les visages fatigués, les décors sombres, les silhouettes esquissées, le noir et blanc, tout cela renforce une certaine expression de réalisme, sans jamais tomber dans l’esthétique « polar de cinéma » trop propre, mais comme à l’époque je pense qu’une partie des lecteurs ne passera pas la sacrosainte étape du feuilletage.

Je pourrais vous dire que la trouvaille vient du mélange entre dessin, photographies et documents d’époque. Le procédé pourrait n’être qu’un gadget, mais il apporte au contraire une vraie force au récit. Dès qu’une photographie surgit dans une page, la frontière entre fiction et réalité devient beaucoup plus trouble. On n’a plus seulement l’impression de lire une enquête : on a le sentiment d’en consulter les traces.

Ou que Bendis montre également qu’il maîtrise déjà ce qui deviendra l’une de ses grandes signatures : les dialogues. Les conversations sont nombreuses, naturelles, parfois tendues et permettent à l’enquête de progresser sans avoir besoin d’enchaîner les rebondissements artificiels. Le rythme est volontairement posé, presque procédural, ce qui donne aux personnages une vraie épaisseur.

Que, de toute façon, c’est du Bendis vous n’avez donc pas besoin de vous en faire pour le scénario, par contre certaines expérimentations graphiques compliquent inutilement la lecture.

Mais le feuilletage c’est important et le trait de Bendis, tel qu’indiqué plus haut pourra laisser certains lecteurs sur le bord du chemin. Qu’importe, la réédition Delcourt est l’occasion idéale de redécouvrir cet album qui annonce déjà beaucoup du Bendis à venir. Un polar sombre, expérimental et parfois rugueux.

A la manière d’un From Hell, ou des autres albums de ce que j’appelle la trilogie Bendis que forme Jinx, Torso et Godfish, ce n’est assurément pas les plus beaux des comics policiers, mais ils n’en restent pas moins de très bons polars.

ScénarioDessinico_Album
coeur_quatrecoeur_deux_et_demicoeur_quatre

JaXoM

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