Tome 1
Scénario et dessin : Mari YAMAZAKI
Editeur : CASTERMAN
120 pages
Sortie le 18 mars 2026
Genre : comédie thermale
Lucius Modestus est un architecte concepteur de thermes dans la Rome du IIᵉ siècle de notre ère. Aussi fier de la grandeur de l’Empire qu’alarmé par le supposé déclin de la société romaine, cet amoureux des bains ne comprend plus son époque. Son épouse a quitté le foyer, son fils juge sévèrement ses choix de vie, les Romains délaissent l’antique virtus pour se vautrer dans les plaisirs futiles… Alors quand l’empereur Antonin le pieux fait appel à Lucius pour restaurer d’anciens bains, l’architecte en est sûr : c’est le sort de l’Empire qui repose sur ses épaules ! Et si la solution venait de cette mystérieuse contrée au-delà de l’espace et du temps, ce Japon dans lequel Lucius a autrefois été transporté, où la culture des bains a été portée à des sommets de raffinement aussi bien thérapeutique que récréatif ?
Thermae Romae Redux est à la fois une retrouvaille réjouissante et un léger choc : on revient pour un bain amusant, on se retrouve face à un héros usé qui refuse d’admettre qu’il vieillit. Lucius, sexagénaire, a mal partout, surtout à l’ego. Son corps craque, son couple est bancal, son fils lui échappe, et Rome le regarde déjà comme un classique poussiéreux qu’on exploite mais qu’on n’écoute plus. Sous les gags aquatiques, c’est le portrait d’un homme dépassé qui se débat pour rester dans le coup.
Mari Yamazaki adapte sa formule à un nouveau contexte. Les voyages entre Rome et le Japon moderne sont toujours la mécanique centrale, mais pour fuir la douleur, la médiocrité, la sensation d’être remplacé. Lucius ne découvre plus seulement des gadgets amusants, il cherche un moyen de tenir debout, de continuer à être cet « architecte de génie » que tout le monde admire de loin mais peu respecte vraiment. La blague récurrente des bains devient alors acide : il faut littéralement disparaître dans l’eau pour redevenir utile.
L’humour, justement, reste efficace mais se charge d’un arrière-goût amer. La naïveté de Lucius face au Japon – ce peuple « de visages plats » dont il réutilise les inventions en bon pillard culturel – fait sourire, mais elle souligne aussi à quel point il n’a plus de prise sur son propre monde. Ce n’est pas seulement un décalage de comédie, c’est un constat d’impuissance : pour sauver Rome, il doit mendier des idées dans un futur qu’il ne comprend pas vraiment. La série était autrefois un va-et-vient ludique entre deux cultures ; ici, c’est un symptôme d’addiction à une modernité.

Graphiquement, le dessin garde son mélange de sérieux pompier et de grotesque assumé, et c’est précisément ce contraste qui fonctionne. Les corps massifs, les profils romains taillés à la serpe, les thermes mis en scène comme des temples du génie humain. La majestueuse Rome se fait pourtant damer le pion par des salles de bains de province japonaise. On sent que Yamazaki s’amuse, mais qu’elle pousse consciemment son héros dans ses retranchements.
Ce premier tome est le retour d’un auteur sur son propre succès, avec un personnage qui a vieilli en même temps qu’elle. Ca se voit, dans le rythme plus posé, dans l’importance accordée à la famille, dans le poids du temps. L’insouciance de la première série a laissé place à l’idée d’un Lucius au bord du burn-out, cramponné à ses bains comme à une bouée de sauvetage.

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SKIPPY

Une terrible fléau que la vieillesse !!!! ;-))))