Cécile la shérif

Scénario : Victor Coutard
Dessin : Walter Guissard
Editeur : CASTERMAN
120 pages
Sortie le 4 mars 2026
Genre : western bizarre qui bouscule les codes (juridiques)

L’émancipation d’une jeune fille qui cherche à réaliser son rêve de justice.

Jeune ingénue un tantinet badass, Cécile n’a qu’une idée en tête, faire justice ! Mais, en 1848, la magistrature reste totalement hermétique à la gente féminine, soit-elle fille de procureur. Alors qu’à cela ne tienne, après une nuit un rien alcoolisée, Cécile part avec son ami de beuverie, Louis-Moreau Gottschalk, pour une Amérique en pleine ruée vers l’or, où tout semble possible. Le chemin, semé d’embuches, sera l’occasion pour Cécile de montrer ses talents de juriste, d’oratrice et de fine gachette (entre autres), jusqu’à son arrivée à Mobile où le destin finira par lui agraffer une étoile de shérif au revers de sa veste. Ce ne sera pas sans y laisser quelques plumes… (mais sans goudron !)

Cécile la shérif est une BD qui ne demande pas la permission : elle arrive, elle s’impose, et elle laisse des bleus. C’est l’histoire d’une fille qui rêve de droit et qui se retrouve à faire régner la justice au bout d’un revolver, dans un monde où la loi est surtout du côté des bourreaux. Impossible de la lire en restant froid : l’album est une gifle déguisée en western.

Cécile traverse l’Atlantique avec ses grands principes et se fracasse sur un système qui écrase les femmes, les pauvres, les racisé·es. Elle n’est ni sainte ni héroïne lisse : elle doute, elle s’énerve, elle se plante. Mais elle revient. Toujours. C’est cette obstination, presque acharnée, qui prend aux tripes : à chaque page, elle refuse le rôle de figurante qu’on veut lui coller. Elle ne supporte pas que la loi soit une vitrine vide, alors elle s’en empare, la détourne, la tord pour protéger celles et ceux que tout condamne à se taire.

Le dessin, lui, ne lâche rien. Les cases explosent, tout va trop vite, trop fort, comme si l’univers entier tremblait avec la colère de Cécile. On ne « regarde » pas l’album, on le prend de plein fouet. Les planches donnent le mal de mer, le cœur qui accélère, la mâchoire qui se serre. On sent la sueur, la poussière, la peur – et derrière, ce refus net et sans nuances : non, ce monde-là ne peut pas rester tel qu’i est.

Ce qui rend Cécile la shérif percutant, c’est qu’il ne se contente pas de dénoncer. Il montre ce que ça coûte de se lever, seule, face à un ordre injuste. Cécile n’a pas la réponse parfaite, mais elle a quelque chose de plus dérangeant : elle n’accepte pas. Et cette non-acceptation, page après page, agit comme un coup de poing répété sur la même porte verrouillée. On referme le livre avec une question qui brûle : et moi, devant les injustices bien réelles qui m’entourent, je joue les spectateurs…ou est-ce que je deviens un peu shérif aussi ?

SKIPPY

2 commentaires sur “Cécile la shérif

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    1. OUI. Ce compagnon de route fictionnel de Cécile est un des premiers pianistes américains à avoir une renommée internationale.

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