Bichette

Scénario et dessin : Emilie GLEASON
Editeur : Casterman
192 pages
Sortie le 1er avril 2026
Genre : roman graphique déjanté

Quand amitié rime avec dépendance affective et relation toxique.

Gui, 31 ans, est jardinier municipal à Monmignon-sur-mer. Tir-au-flanc et grande gueule, il se laisse vivre, au grand dam de sa patronne, qui n’en peut plus. Alors que la réalité professionnelle semble devoir le rattrapper, l’arrivée de Bichette, jeune stagiaire au talent inné pour les plantes et à l’enthousiasme débordant, lui permet de donner une dernière fois le change à sa direction. Pris par une véritable folie des grandeurs, ce duo bigarré va vite vouloir refaire le monde, quitte à y sacrifier tout le reste !

Bichette est de ces BD qu’in pense lire comme une comédie déjantée sur un jardinier mollasson et une stagiaire surexcitée, puis qu’on referme avec la désagréable impression d’avoir soi-même laissé quelqu’un empiéter un peu trop sur sa vie.

Gui, trentenaire végétatif à Monmignon-sur-Mer, traîne sa nonchalance au service des espaces verts. Il ne sait pas trop ce qu’il fait là, et honnêtement, nous non plus. Puis débarque Bichette, boule d’énergie solaire qui comprend tout, sait tout faire, et transforme chaque scène en feu d’artifice de répliques et de couleurs. C’est drôle, vraiment drôle, surtout au début : on savoure la loose molle de Gui face à cette gamine qui l’écrase sans même s’en rendre compte. Et c’est précisément là que commence le malaise.

Ce que j’ai trouvé le plus fort, c’est la façon dont Gleason fait glisser l’histoire de la comédie un peu lunaire vers l’étude quasi-clinique d’une relation toxique. Bichette ne devient pas « méchante » à proprement parler ; elle déborde. Elle s’invite, elle envahit, elle sature. Et Gui, par sa passivité, lui laisse toutes les portes ouvertes. On se surprend à lui en vouloir autant qu’à elle : c’est lui qui ne sait pas dire non, lui qui préfère s’annuler.

Graphiquement, c’est du Gleason pur jus : personnages en chewing-gum, tronches cabossées, couleurs qui piquent les yeux. Ce dessin qui refuse la jolie ligne claire pour épouser les angles morts des émotions. Quand la relation déraille, les pages le montrent avant même que le scénario ne l’exprime : cadres qui explosent, corps qui se distordent, mise en scène qui donne la nausée. On sent que le malaise passe par le ventre autant que par la tête.

Là où le livre m’a un peu perdu, c’est dans certaines séquences qui tirent en longueur. On a compris que Gui est coincé ; le voir s’enliser encore et encore donne envie de le secouer par les épaules. Mais au fond, c’est peut-être le but : nous faire éprouver la fatigue, la répétition, la boucle infernale de ces liens dont on ne sait plus comment sortir.

Bichette n’est pas une lecture confortable. Si tu aimes les BD qui grattent plus qu’elles ne caressent, qui parlent de fragilité affective sans pathos, et qui osent l’excès graphique pour mieux dire l’excès émotionnel, tu y trouveras quelque chose d’intéressant.

SKIPPY

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