Le vase de cristal

Mémoires de famille

Autrice : Astrid Goldsmith
Éditeur : Steinkis
208 pages
Date de sortie : 22 janvier 2026
Genre : biographie, société

« C’est que, dès la naissance, j’étais entouré d’une société qui faisait tout pour maintenir cet affreux mensonge selon lequel certains méritaient pouvoir et privilège alors que d’autres méritaient de souffrir. C’était ce même mensonge qui avait forcé mes parents à fuir leur patrie, mais pour une raison qui m’échappe ils s’étaient défaits de cette culpabilité. »

Présentation de l’éditeur :

Lorsque sa grand-mère Gisela décède, c’est à Astrid que revient la tâche de rapatrier le patrimoine familial et vider l’appartement.

Avec son père, elle entame le voyage en van jusqu’à Fribourg, saisissant cette occasion de partager un moment avec lui. Mais sur place, la tâche est vertigineuse. Astrid découvre une autre facette de son père, pris dans les vestiges des multiples vies de sa mère juive allemande.

Ils exhument tour à tour les tapis mangés par les mites, les photographies mystérieuses, mais aussi les récits de survie, les rancœurs étouffées et les secrets de famille longtemps enfouis…

Mon avis :

Un déménagement, c’est toujours source de souvenirs qu’on retrouve, cachés de-ci, de-là dans les meubles. C’est encore plus poignant quand on se retrouve à vider la demeure d’un proche qui vient de décéder. C’est ainsi qu’en chapitrant ingénieusement “Le vase de cristal” avec les étapes du deuil, Astrid Goldsmith partage, avec une certaine pudeur mais sans fard, cette expérience de plusieurs vies : la sienne, celle de son père, sa grand-mère et surtout le parcours de celle-ci, qui vient de s’éteindre.

Non seulement feue Gisela était juive allemande, jeune femme quand la seconde guerre mondiale éclata, mais en plus, son parcours de réfugiée l’a amenée dans différents pays, à des époques où d’autres radicalisations faisaient leurs offices. Toutefois, le personnage principal reste l’autrice qui nous dévoile son épopée dans un van, au départ de l’Angleterre, en passant par Bruxelles pour embarquer son papa et direction la forêt noire allemande pour vider un petit appartement riche en souvenirs mobiliers en tous genres. L’occasion pour tous les deux de parler à cœur ouvert… Autant que faire ce peut.

Outre le passé de Gisela qui dut quitter l’Allemagne pour des raisons évidentes, on découvre au fil des pages, ce qu’on nomme aujourd’hui la “transgénérationnalité”, des facteurs de nos vies qui découlent irrémédiablement de nos ancêtres. Voire même la banalisation de certains drames dans un pays là où la même chose, avec une autre ethnie, était un crime (et l’est toujours !! Dans les deux cas de figure, cela étant dit.) comme la traite des autochtones en Afrique du sud, totalement “normal” pour la population coloniale blanche de l’époque alors que l’Europe s’indignait (plus ou moins fort) de la discrimination juive quand le parti nazi n’en était encore qu’à l’étoile jaune et les lieux interdits à la communauté. Un constat troublant qui jaillit des souvenirs de ce père perdus dans la cave, à fouiller de vieux albums photos. Comment sa mère, Gisela, pouvait-elle tolérer la discrimination dans sa terre d’accueil, jouissant des avantages d’avoir la peau claire, alors qu’elle avait quitté son pays natal justement pour des raisons raciales ?!

Comment ce père, Jonathan, avait renoncé à ses rêves d’étudier la littérature en Angleterre, pour obéir aux souhaits de ses parents de le voir avocat ; une brillante carrière que la guerre les avaient empêché d’atteindre personnellement ? Comment ce même père avait suivi le même chemin avec ses enfants jusqu’à se distancier de sa fille, Astrid, qui a tenu bon et donc écouté son cœur d’artiste ?!

Avec un trait assez minimaliste, un brin journalistique, en dégradé de gris coloré par endroits en bleu très pâle, Astrid Goldsmith nous ouvre ce témoignage qui donne matière à réfléchir à tant et tant de thématiques liées et entremêlées entre elles. Quant au vase en cristal, pourquoi ce titre ? On le découvre à la fin pour boucler une belle boucle dans cette étape de la vie qu’est la mort. Think about it !

ShayHlyn.

Laisser un commentaire

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

En savoir plus sur SambaBD

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture