Requiem – Chevalier vampire T.1

Scénariste : Victor Santosd’après l’œuvre originale de Pat Mills & Olivier Ledroit
Dessinateur : Seban
Editeur : Glénat
Genre : Médiéval, Gothique
Sortie : le 21 janvier 2026

Souhaiter réinventer Requiem – Chevalier Vampire en manga, c’est un peu comme endosser le rôle de proposer Dragon Ball en BD Franco-belge. Pari risqué ou perdu d’avance ?

Avis de l’éditeur :

Fauche par la mort, Heinrich se réveille amnésique sur Résurrection, un monde où le temps et les terres se sont inversés. Adoubé chevalier vampire sous le nom de Requiem, le voici projeté au cœur d’un conflit entre vampires et autres créatures démoniaques. Alors que ses premiers exploits s’écrivent dans le sang, une obsession le guide : retrouver Rebecca, quelle que soit sa réincarnation… Découvrez l’adaptation radicale et furieuse de Requiem en manga.

Mon avis :

Il n’est pas rare, et surtout depuis cette dernière décennie, de revoir nos héros imprimés sur papier ou sur notre petit écran au travers d’une autre vie, par le biais de Remake, de Copycat ou encore sous une multitude de formes toutes autant variables que prévisibles. Les États-Uniens, champions dans ce domaine, se voient toutefois concurrencés par le marché nippon, mais également européen depuis le Post-Covid. S’agit-il d’un manque d’inspiration criant ou simplement dans l’unique but d’étaler une marque de fabrique à l’instar de Star Wars, certes couronnés de succès mais qui s’enlise sur le long terme ?!

Reprenons-nous les mêmes ingrédients, épurés selon les mœurs générationnels ou les édulcorés selon les censures ? Un peu de tout cela en vérité. Pour cette nouvelle aventure de Requiem –Chevalier Vampire, Nous avons donc un Heinrich qui se réveille sur Résurrection, endroit toujours aussi charmant que dangereux, vu la panoplie de sales gueules patibulaires qui y règnent sans le moindre tabou. A peine arrivé que ce cher Heinrich s’est dégoté un nouveau groupe de camarades, tous décidés à vouloir l’occire.

La force prédominante de l’œuvre originale résidait dans son excellente ébauche – marque de fabrique indélébile du trait d’Olivier Ledroit. Etant donné que la comparaison n’est point de mise (comment pourrait-on égaler la quintessence d’un grand maitre ?), attardons nous sur le visuel proposé par Seban qui, avouons le, possède néanmoins de bonnes bases sans tenir toutefois de régularité. D’entrée de jeu, tous les protagonistes connus de la saga sont perceptibles et reconnaissables, autant dire que cette série annexe restitue au mieux tant les décors que chaque élément de la fiction d’Olivier Ledroit. Bien que l’aspect gothique se voit conservé, la folie imagée peinte avec grâce et volupté n’atteint nullement les valeurs du Requiem original.

Certes, les couleurs vives de la BD Franco belge sont bien évidemment ici absentes mais du coup, que dire de cette surcharge de détails qui en soit se veut être une plus value, mais se perd au format de l’ouvrage. De toute évidence, Olivier Ledroit a pour principe de surcharger efficacement ses planches mais les dimensions de la BD grand format permettent de visualiser celles-ci au mieux. Pour cette version manga, les prises de vue sont évidemment recadrées au format de l’album. Il est également important de noter une certaine variation de qualité, tant dans le trait que pour la précision entre certaines planches, comme si deux artistes s’y étaient attelés.

Le bateau pirate ainsi que les cathédrales rayonnent au firmament. Mais que diable se passe-t-il pour que cette énergie brillante se perde d’une planche à l’autre ?! Parfois, c’est clairement le jour et la nuit. On passe d’un trait nerveux, précis et foutrement bien conçu à un résultat presque agonisant demeuré à son statut prototype ?!

D’un point de vue de la trame, pareil constat retentit ! Pat Mills possède ce génie pour détailler les enfers avec louange et gravité. Chaque terme qu’il déployait, abattait les foudres des Enfers ; jouant sans cesse avec une franchise avouée et des expressions verbales hallucinantes. Le Victor Hugo des enfers, jonglant avec tant de superlatifs ainsi qu’une aisance surprenante. Alors que reste-t-il au bout du compte de cette admirable sonorité ? Malheureusement, Victor Santos, en dépit de toute sa bonne volonté, ne parvient hélas pas à produire pareil rendu.

Alors, on s’interroge et on creuse le sentier … Et à bien y réfléchir, la réponse à toutes nos interrogations se trouvent au 4ème plat de couverture, où il fait mention, sur la série originale, d’un ouvrage ultra-violent ou à caractère « osé », portant le label « Réservé à un public averti ». Or, ici, il n’y est nullement question.  Résultat des courses, ce Requiem nouvelle génération s’adresse à un public plus juvénile, loin des sentiers corruptibles d’adultes matures aux âmes en perdition. L’impression de lire un Shonen, plutôt qu’une œuvre littéraire telle que Requiem, est plus que perceptible. Mêmes les personnages clés tels que Hemrich, Otto  Von Todt et Cie manquent de profondeur, sans jamais ne fût-ce qu’une fois égalé les personnages de l’œuvre du duo Pat Mills et Olivier Ledroit. Tous sans exception évoluent dans un registre bien plus enfantin et robotisés. Toute comparaison se voit rejetée puisque le public phare n’est simplement pas le même !

Au final, nous estimons que cette nouvelle quête de Requiem plaira essentiellement aux néophytes ignorant tout de l’œuvre de Pat Mils et Olivier Ledroit. Il est évident que les plus jeunes générations s’y retrouveront sans le moindre soucis. Peut-être, par la suite, s’intéresseront-ils aussi à l’œuvre majeure. Par contre, en terrain connu, c’est un tout autre dilemme ou bien entendu chacun pourra à loisir se faire son opinion personnelle. Il s’agit donc sûrement d’un pari gagnant mais qui s’adresse à un tout autre public !

Coq de Combat

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