Auteur : Tetsuya Saruwatari
Editeur : Delcourt / Tonkam
Genre : Arts Martiaux
Sortie : le 10 septembre 2025
Avis de l’éditeur :
Kîchi Miyazawa, un jeune voyou, rêve de devenir acteur dans les films d’action. Pour y parvenir, son père lui apprend l’art martial secret de sa famille, le Nadashinkage. C’est ainsi qu’une légende va naître : celle de Kîchi, l’homme le plus fort du monde !
Mon avis :
Tough – Littéralement « Dur à cuire », se veut être un Seinen d’arts martiaux créé par Tetsuya Saruwatari dans le magazine Young Jump en 1994, comptant en tout et pour tout 42 tomes officiels. C’est donc avec grand plaisir que nous accueillions cette réédition aux éditions Delcourt / Tonkam, puisque bon nombre de titres de la franchise sont pour ainsi dire introuvables, bien que proposés à des prix fortement élevés sur certains plateformes.
Les années nonante (quatre-vingt-dix pour nos amis Français) pullulaient de mangas de baston, mais avouons-le, la quasi-totalité d’entre eux arboraient un style alliant humour et combats incessants à l’image d’un GTO ou The Crows, récemment publié chez Kana. Des valeurs sûres indéniablement !
Tough ne déroge d’ailleurs pas à cette règle, étant donné qu’un humour léger s’en détache dès les premières pages. Mais à la différence près que cette série s’offre le luxe d’abonder en ultra-violence, devenant presque un pionnier dans le genre, à l’exception de Baki qui apparaît préalablement en 1991. On notera d’ailleurs de nombreuses similitudes entre les deux sagas, dévoilant d’un côté Baki et de l’autre Kibo, deux jeunes gaillards qui se battent sans retenue dans l’espoir de devenir le plus fort au monde.
Le personnage de Kibo évoluera sur deux autres arcs, à savoir Free Fight, répartis sur 39 tomes et d’ores et déjà L’Héritier du Dragon qui démarre chez nous, mais s’échelonnant également sur du long terme. Ces deux derniers segments de la franchise estomperont le côté humoristique pour poser de solides bases sur des affrontements du milieu Underground, où l’hémoglobine et les fractures sont monnaies courantes.

Ce premier tome de l’itinéraire de Kibo nous parvient enfin, conduisant de suite le lecteur là ou il s’attend être. Ses cheveux décolorés, son insouciance et sa soif de progresser font de lui, le jeune baroudeur à surveiller parmi la gangrène des lycées locaux. Les videurs et costauds aux stéroïdes cherchent tous immanquablement à défier ce jeune prodige, n’hésitant pas à l’affronter à plusieurs d’une traite et lors de partie régulièrement inégales.
L’énorme vitalité et force poignante de ce récit consiste en son réalisme parfois offusquant. Certes, les suites s’imprégneront de techniques évoluées du Tai Shi de Jet Li, grâce à des impacts à distance soufflant l’air par la force du vide pour basculer vers des marques et blessures qu’en toute logique un combattant du vrai monde ne peut insuffler, mais la genèse reprise sous l’arc Tough place Kibo sous une pluie voire, une avalanche de coups portés envers sa personne. L’ascension se veut progressive et pour atteindre ce sommet, le héros récoltera de nombreuses blessures.
On entend les os se briser sous la violence constante ainsi qu’un éventail de grimaces sévèrement mises en relief par le sang qui s’échappe des artères. Par-dessus tout, et c’est là que la saga prend tout son sens ; il s’agit de techniques martiales s’étendant sur des générations de père en fils, témoignage puissant de lignées pouvant se perdre ou s’étoffer de par les âges. Le Nadashinkage – cette arme ultime place le combattant tel un Messie de la baston acquis par le paternel de Kichhi (Kibo) du nom Seiko Miyazama, pourvu d’une très grande intégrité.
D’un point de vue graphique, le style accentué par Tetsuya Saruwatari progresse au fil des tomes, avant de dénicher sa quintessence lors de la saga Free Fight. Ici, on évolue clairement dans un pur registre Old School, avec ses forces immanquables d’un trait dynamique appuyé par un encrage épais, jouant parfaitement l’accentuation des ombres et des lumières. D’ailleurs l’ordre du monde des ténèbres et de la clarté se rejoignent indéniablement, jouant sur la caractéristique de l’âme de tout un chacun, évoluant ou non vers un paysage radieux ou hostile.
D’autres personnages viendront accentuer encore cette énergie des forces par la suite à l’instar du frère de Seiko, Kiryu, s’affirmant comme le côté noir et bestial de l’entité.
Au-delà de son aspect purement graphique pourtant fortement élogieux et de ces combats clandestins ou à la vue de tous en pleine rue, Tough résonne de par les cieux de par son éloge à la progression, au surpassement, à cette énergie boulimique qui permet à une poignée d’individus fiers et combattifs à se rallier à une cause commune, celle de devenir le plus grand combattant au monde !
Respect absolu pour ce chef d’œuvre épique !
Coq de Combat







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