Hazara blues – Téhéran – Kaboul – Paris

Scénario : Reza Sahibdad
Dessin et couleurs : Yann Damezin
Éditeur : Sarbacane
236 pages
Date de sortie :  août 2025
Genre : témoignage

 


« Monsieur, d’après votre carte de séjour iranienne et votre carte d’identité afghane, vous êtes né à Bâmiyân, en Afghanistan. Alors pourquoi déclarez-vous être né à Mashhad, en Iran ? »

 

Présentation de l’éditeur

Quand il arrive en France à 28 ans, Reza comprend qu’il doit apprendre par cœur sa date de naissance, car c’est vital si l’on veut s’insérer de ce côté du monde. Né en 1980 à Mashhad en Iran, il est en réalité afghan car il appartient à l’ethnie Hazara, paria en Iran comme en Afghanistan. Enfant, il comprend vite que lui et les siens ne sont pas les bienvenus, qu’on n’aime pas son petit nez et ses yeux en amande. La maîtresse l’oblige à déclarer devant toute la classe qu’il est afghan, et en rentrant de l’école, il peut lire sur des affiches dans la rue « Ce pays est beau mais ce n’est pas le vôtre ». 

Mon avis

Yann Damezin nous avait enchanté en 2022 avec le somptueux conte oriental Majnoun et Leïli – Chants d’outre tombe. Il nous revient ici dans un tout autre registre, tant sur le fond que sur la forme. On est loin du conte en effet, puisqu’il met en image une histoire vraie, le récit migratoire de Reza Sahibdad, réfugié afghan de la minorité ethnique Hazara. Minorité persécutée en Afghanistan tout comme en Iran, principal « pays d’accueil » de cette minorité.

C’est en France, assis à la terrasse d’un café que Reza nous raconte son parcours incroyablement tortueux et dangereux, de Téhéran à Paris en passant par Kaboul. Dans une double narration, on suit son parcours via son audition – ou interrogatoire – à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, lorsqu’il demande l’asile politique.

Dans cette histoire dense et riche en évènements, Yann Damezin joue avec les couleurs pour marquer les unités de temps et de lieu. Il use aussi avec efficacité de son talent de calligraphe et d’illustrateur poète pour donner de la grandeur et du recul à ce périple migratoire fait de résilience, de courage et d’espoir. Ses enluminures, ses miniatures persanes et ses dessins métaphoriques apportent à ce témoignage terrible une forme de pudeur, comme s’il fallait un peu nous épargner de la violence de ce vécu.

Ce gros pavé de 240 pages se lit d’une traite, tant il est beau, sincère et instructif. Il se pose en documentaire avisé et nous ouvre les yeux sur ce monde complexe qu’est le proche-orient, fait de multiples ethnies, minorités, courants religieux, vivant côte à côte sans vraiment s’apprécier, voire en se détestant cordialement. On découvre alors un autre visage du racisme, multidimensionnel, générationnel, véritablement systémique et ancré dans l’Histoire de tous ces peuples.

Hazara Blues, à la fois récit intime et témoignage de la mémoire collective d’une minorité persécutée, nous transporte dans une autre dimension, inconfortable, périlleuse, inimaginable, mais aussi poétique et pleine d’espérance, et nous invite à voir le monde autrement.

Loubrun

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