Scénario : Pierre Boisserie
Dessin : Cyrille Ternon
Éditeur : Soleil Productions
160 pages
Date de sortie : 2 avril2025
Genre : adaptation du roman de Joseph Conrad
En regardant Nostromo s’éloigner, je me disais que ce qui rendait cet homme incorruptible, c’était sa prodigieuse vanité, cette forme parfaite d’égoïsme qui peut se parer du masque de toutes les vertus.

Présentation de l’éditeur
Désireux d’établir un règne de justice et de paix au Costaguana, miné par les révolutions, Charles Gould consacre toute son énergie à la mine d’argent de San Tomé, première puissance économique du pays, dirigée de loin par des capitaux américains. La paix semblait acquise sous le régime du président modéré, Ribiera. Mais un nouveau coup d’état, fomenté par le Général Montero, anéantit les espoirs.
Mon avis
Résumer Nostromo, le roman de Joseph Conrad, est assez difficile, tant le récit bifurque entre présent, passé, présentation des personnages et intrigue complexe allant dans plusieurs directions. Le problème est le même pour cette adaptation en bandes dessinées. Pierre Boisserie raconte lui-même en fin d’album que le roman est un peu son livre de chevet. Il en a fait une brillante adaptation assez fidèle à l’œuvre de Conrad. Si l’histoire est centrée sur la mine d’argent de Costaguana, ce pays sud-américain fictif et la petite communauté occidentale qui vit assez luxueusement à San Tomé, elle bifurque rapidement vers l’importance de la révolte en cours qui inquiète les personnages principaux.

Le récit se centre ensuite sur Nostromo, marin italien et capitaine des cargadores (les dockers) du port, qui sera chargé de mettre le trésor de la mine en sûreté et perdra sa sérénité à cause de cette responsabilité. Les autres personnages sont finement dépeints : Charles Gould, propriétaire de la mine, qui délaisse sa femme Emily, tant il est obsédé par la production d’argent. Martin Decoud qui rêve d’un état indépendant et d’un peuple libre et heureux, se morfond d’amour pour Antonia, fille de Don José et sera, par son action, responsable du destin de Nostromo, Linda, promise à ce dernier, qui l’attendra jusqu’au triste final, Sotillo, militaire frondeur qui doit rejoindre le général Montero mais veut d’abord récupère la cargaison d’argent pour lui-même, et bien d’autres.

Nostromo est un conte pessimiste et ancré sur la réalité de la condition humaine, faite de soif de pouvoir, de trahison opportuniste et d’argent, seul moteur du progrès. Le récit sombre mène inexorablement les principaux protagonistes vers leur tragique fin. Si l’album est un vrai joyau narratif, il doit cependant faire des choix dans la diversité du récit à cause des contraintes de l’illustrateur dans un format qui réduit son champ d’action. Cyrille Ternon arrive quand même à produire de très belles planches qui permettent au lecteur d’oublier un peu la complexité narrative. Malgré tout, je ne pense pas que l’album puisse plaire à un large public.
JR

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