Derrière le rideau, la liberté
Autrice : Yamada Murasaki
Éditeur : Kana Sensei
384 pages
Date de sortie : 30 août 2024
Genre : tranche de vie, roman graphique
« Les hommes vivent un véritable rêve, ils peuvent régresser en enfance quand ça leur chante. Ce comportement est toléré parce qu’ils sont en position de force. »
Présentation de l’éditeur :
À travers un joli one-shot, Yamada Murasaki nous livre un récit poignant, et parfois terriblement actuel, du quotidien d’une femme au foyer, au Japon, dans les années 80. Découvrez le quotidien touchant, sans fards ni langue de bois d’une femme s’occupant seule de ses deux enfants, tandis que son mari pratiquement toujours absent, vit dans le monde extérieur.
Profitez également d’une postface de 40 pages, rédigée par Ryan Holmberg, pour présenter Yamada Murasaki, son œuvre et son importance dans l’histoire du manga.

Mon avis :
On devine souvent la vie des mères au foyer au Japon au travers des mangas, mais également des films et des séries. Mais s’est-on déjà plongé dans leur quotidien et leur état d’esprit H24 ? Yamada Murasaki est considérée comme une pionnière du manga alternatif, celui qu’on ne peut pas classer dans les catégories habituelles. “Shinkirari” est l’un de ces titres, loin d’un shôjô alors qu’il vise principalement un lectorat féminin, pas spécialement un seinen non plus… c’est la vie, sans fioriture, d’une femme qui mène sa barque du mieux qu’elle peut dans les conditions de vie au Japon des années 80.
Le but n’est pas de faire pleurer dans les chaumières, ni d’impressionner la galerie, mais de suivre les hauts et les bas de cette femme qui pourrait tout à fait être “madame tout le monde”. Puis, sans crier gare, on finit par l’apprécier. Il faut dire que le graphisme totalement dans le style des Eighties, simple mais expressif, y est pour beaucoup (personnellement j’adore le visage de l’héroïne).
Une immersion dans son quotidien rythmé par ses deux filles. Leur préparer le petit déjeuner, les tâches ménagères toute la journée, puis le retour des enfants. S’occuper des devoirs, de leur goûter, leur souper, le coucher… le retour du mari qui glisse ses pieds sous la table chauffante du salon et qui se laisse servir. De quoi faire hérisser les poils de la moins féministes des femmes. Notamment cette scène où l’épouse vaque à ses occupations ménagères, son mari est dans le salon à regarder la TV (de celles dont on changeait la chaîne avec un bouton à côté de l’écran) et alors qu’elle est occupée, à pendre le linge si ma mémoire est bonne, il l’appelle pour qu’elle lui serve une boisson et change de chaîne (non mais oh !).
Et quand on y pense : c’était encore comme ça, même ici en Europe, il n’y a pas si longtemps non plus... Les femmes à la maison, les maris au travail pour ramener l’argent du ménage. Crise générale si jamais madame décidait de se trouver un petit boulot comme notre héroïne le fera d’ailleurs et cette dualité entre “c’est la norme, c’est comme ça qu’on vit dans notre société” et toutes les aspirations, légitimes, d’une plus grande autonomie, de liberté, d’indépendance et d’égalité. Un combat encore bien d’actualité en fin de compte, vous ne croyez pas ?!
ShayHlyn.



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