Antipodes.


Scénario: David B.
Dessins :Éric Lambé
Editeur : Casterman
Sortie: le 28 août 2024
NB pages : 112
Genre: Voyage, philosophie, humanisme.

Le résumé éditeur.
Au milieu du XVIᵉ siècle, l’aventurier français Villegagnon installe une colonie sur un îlot proche de la côte brésilienne. Afin de communiquer avec les Indiens Tupinambas, il charge Nicolas, jeune catholique français, d’apprendre leur langue et de servir d’intermédiaire. Échappant de justesse au cannibalisme des Indiens grâce à ses talents de chanteur, Nicolas s’intègre peu à peu à la tribu : il vit nu, épouse une Indienne nommée Pépin, et mange même du Portugais ! Il tente surtout de comprendre les coutumes et croyances de ses nouveaux compagnons. Persécutés de toutes parts par des démons réels et imaginaires, les Tupinambas décident de partir en quête de la « Terre sans Mal », pays mythique qui devrait les éloigner définitivement du malheur. Mais la réalité s’avérera beaucoup plus dure pour les Tupinambas, Pépin et Nicolas…

Mon avis.
« Nous, Européens qui osons critiquer les cannibales d’Amérique du Sud, par nos guerres et notre barbarie déguisée nous sommes encore plus cannibales qu’eux ! » dirait Montaigne, si les réseaux sociaux avaient existé au 16e siècle ! C’est avec ironie, subtilité et beaucoup d’humour qu’Eric Lambé et David B. ont transposé et prolongé la pensée de l’illustre philosophe français dans Antipodes. Certes, les deux auteurs font référence sur le fond à illustrer une figure culturelle française, mais pour la forme ils vont s’inspirer d’une personnalité belge célèbre à l’époque et issue des contrées de Liège : il s’agit de Théodore de Bry. Dès que l’on ouvre la BD, nous tombons sur la scène de cannibalisme qui est un hommage au dessinateur et graveur liégeois. Cet hommage transparaîtra tout au long de l’œuvre.

Antipodes relate les péripéties de Nicolas, un colon français fait prisonnier par la tribu indigène des Tupinambas, en 1557 au Brésil. C’est grâce à la « magie blanche » (le fusil) et à son chant que notre héros a été épargné comme festin. À travers cette œuvre, les deux auteurs jouent et relatent avec une certaine ironie les stéréotypes véhiculées par l’Europe du 16e siècle concernant les indigènes. D’ailleurs, Eric Lambé et David B. trompent nos attentes en tant que lecteur. En effet, en voyant la couverture, je m’attendais à voir des forêts représentées sur chaque planche, je m’attendais à être submergé de verdure luxuriante, d’animaux sauvages et de fleuves. Que nenni ! Certaines planches sont parsemées d’un fond blanc sans décor. Nous assistons à une esthétique du polissage : les scènes de chasse ne contiennent pas d’effusion de sang, les flèches caressent la peau des proies ou des victimes, les combats ressemblent à une partie de colin-maillard. J’avoue avoir été surpris, car je m’attendais à être transporté par un exotisme graphique. Cependant, cette esthétique minimaliste nous permet de rire de nous-mêmes car elle remet en question nos stéréotypes de lecteur. A conseiller, pour celles et ceux qui veulent apprendre tout en souriant de soi-même.


Itachi alias François K.
( sa 1ère chronique, bienvenue à lui ).

2 commentaires sur “Antipodes.

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  1. Bienvenue François, j’espère que l’ exercice t’a plu et qu’on aura d’autres chroniques par la suite.

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