Scénario : Jean-Luc Fromental
adapté de Simenon
Dessin : Bernard Yslaire
Couleurs : Bernard Yslaire
Éditeur : Dargaud
97 pages
Date de sortie : janvier 2024
Genre : polar
« Attention, mon garçon, ces couteaux ne sont pas nés pour ne pas servir »
Présentation de l’éditeur
Frank est le fils de Lotte, tenancière de la maison close que fréquentent les forces d’occupation de cette ville moyenne d’Europe de l’Est jamais nommée, figée dans les pénuries, le froid et la sourde horreur des années de guerre. Il a 17 ans et les filles n’ont plus de secrets pour lui, puisqu’il a les pensionnaires de sa mère à disposition. Sans savoir ce qu’il cherche, Frank se laisse glisser sur la pente du banditisme, assassine, sans raison matérielle ni patriotique, un occupant particulièrement répugnant, vole et tue une vieille femme qu’il connaît depuis l’enfance, et plonge dans un avilissement que seule éclaire l’image idéalisée de Sissy, sa chaste voisine, éperdument amoureuse de lui. La déchéance volontaire peut-elle conduire à la rédemption ? C’est la question lancinante que soulève La neige était sale, le grand roman existentialiste de Georges Simenon, adapté avec brio par Jean-Luc Fromental et Bernard Yslaire.

Mon avis
On connaît Simenon pour ses enquêtes du commissaire Maigret, maintes fois portées à l’écran, mais un peu moins pour ses autres romans notamment ces 117 œuvres qualifiées de « romans durs ». Durs, parce qu’ils étaient durs à écrire, plaçant l’auteur en proie à une épreuve physique le laissant vidé et épuisé. Les Maigret à côté, c’était quasiment une récréation. Durs, aussi, comme les ambiances et les atmosphères servant de fond à ses histoires décrivant une humanité froide, et des protagonistes qui semblent perdus pour la société et pour eux-même.
La neige était sale, c’est l’histoire de Frank, fils d’une tenancière de bordel dans une ville d’Europe occupée par une armée étrangère. Ni la ville, ni l’armée d’occupation ne sont nommées. Mais on imagine aisément Paris ou Bruxelles occupées par les Allemands. Frank mène une vie plutôt facile, d’oisiveté et de bagatelle à loisir avec les pensionnaires de sa mère. L’oisiveté est mère de tous les vices, et même bien pire pour Frank qui empruntera le chemin des pires crimes.
Je n’ai pas lu le roman de Simenon, mais l’adaptation qu’en font Jean-Luc Fromental et Bernard Yslaire semble restituer à merveille l’ambiance lourde et noire de ce personnage immoral qui agit à l’instinct et sans raison. Cette histoire est véritablement sordide et glauque, mais Simenon finit par allumer une petite lumière. Cette petite lumière qui brille en chaque être humain, même ceux de la pire espèce, qui finit parfois par percer la noirceur de l’âme, montrant que même au plus profond de la déchéance, la rédemption et le rachat restent possibles.
Un roman noir lumineux dans une adaptation superbe à tout point de vue, narratif et graphique.
Loubrun

Belle chronique à la hauteur de cette superbe BD qui m’a inspiré la bannière…
http://img120.xooimage.com/views/3/6/2/ban-neige-sale-59eccf5.jpg
(l’image ne s’affiche pas !… ce blog est de plus en plus nul et chiant… bravo les développeurs !