Ce 1er mars 2024, le génie du manga Akira Toriyama nous a malheureusement quittés, laissant un énorme vide derrière lui. Car oui, à l’échelle planétaire des millions d’aficionados lui ont rendu hommage comme il se devait, à leur manière, dans la tradition d’un pur Saiyan.
Cet artiste japonais hors pair, né en 1955 à Nagoya a littéralement changé la vision d’une énorme partie de la population ayant grandi durant les années 80. Durant cette décennie et la suivante, le Japon ouvrait ses portes de créativité vers l’occident, par le biais de films et de séries animées devenus en peu de temps légendaires. C’est aussi durant cette époque, que le manga a atteint son pic, son point culminant pourvu d’œuvres soignées et ravageuses comme on en fait d’ailleurs plus !
C’était l’Old School brute, non ternie, éternelle dans les cœurs de ceux qui l’ont connu. Nous n’en étions pas réduits à des bassesses de technologies numériques d’une froideur accablante, aussitôt vues, aussitôt déféquées.
C’est ainsi entre autres que naquit ce qui restera comme le manga de combat le plus révélateur, à savoir Dragon Ball. Avant d’agencer ce qui trônera sur l’échelle du panthéon, sa série phare, Toriyama manœuvre déjà à l’aube des années 80 avec sa série Dr Slump, une œuvre rocambolesque où humour décalé et superpouvoirs sont déjà aux rendez-vous.

Mais c’est durant l’année 1984 que tout démarre avec le concept de Dragon Ball publié dans le magazine Weekly Shônen Jump (la référence !) et édité par Shûeisha en 42 volumes. Chez nous, il faut patienter jusqu’en 1993, et c’est aux éditions Glénat que nous pouvons les retrouver.
D’entrée de jeu, Dragon Ball et son héros légendaire Son Goku (Goku) marque les esprits et devient un produit à l’échelle terrestre. L’œuvre est traduite dans de nombreuses langues même si les pays anglo-saxons mettent davantage de temps à l’instaurer sur leurs chaînes.
Dragon Ball évoque l’Aventure avec un énorme A, où tout semble possible, basée sur la recherche permanente des boules de cristal (de son nom Dragon Ball), permettant à quiconque puisse réunir les 7 boules sacrées permettant d’invoquer Shenron, le Dragon sacré capable et disposé à fournir le désir de son intervenant.
L’autre aspect et caractéristique de cet univers repose sur l’apprentissage des arts martiaux, dans lequel les plus grands culturistes parviennent à atteindre des degrés de forces et de pouvoirs qu’un humain normal ne pourrait jamais disposer, même au bout de 1000 vies. Car oui, Toriyama émancipe son univers, et crée le rêve chez tous les adolescents, persuadés que Goku, cet enfant au cœur pur, devienne une forme de Messie, ce symbole mystique capable d’affronter des armées surpuissantes à l’aide de ses bras et de sa ténacité au combat.
S’ensuit alors à de multiples reprises, des tournois d’arts martiaux, aussi loufoques qu’affolants en diversité, jugulés de personnages aussi variés que distrayants.
La quête des boules de cristal enveniment nombreux à les posséder afin de devenir maitre du monde, ou de réclamer pour de sombres raisons personnelles, la jeunesse éternelle. Nombreux pervertis détruisent et dévastent des territoires du globe pour parvenir à leurs fins.
Jamais le bien et le mal comme on nous le décrit depuis le berceau n’a atteint un tel paroxysme de sensibilité. Mais ces notions de bonté ou de haine sont particulièrement véhiculées de main de maître par Toriyama, qui a la justesse de nous balader, désarticulant le personnage de Satan lui-même, qui à son tour, deviendra Satan petit cœur, également pourvu d’un cœur pur.

Honnêtement, avec du recul nécessaire, on saisit l’impact de cette œuvre en prenant de l’âge. Si bien que plus jeune, on ne perçoit que des duels et des combats, mais comme tout bon vin, prend du granit avec les années.
En 1989, c’est alors que la franchise prend un coup de rotor à 360° avec sa suite Dragon Ball Z (DBZ). On a droit à un Goku plus mature, marié à Chichi et tous deux ont engendré leur premier fils Songohan (Gohan).
Là où l’humour fanfaronesque jouait sa carte avec dévotion, cette suite signe un côté drastique basée sur des affrontements légendaires pouvant s’espacer sur presque 60 épisodes pour un seul et unique adversaire. Les gentillets combats issus de Dragon Ball donnent vie à des duels épiques où la violence et le dépassement de soi autant physique que spirituel règnent en maître.
Nous apprenons dès lors que Goku n’a rien d’un terrien bien que peu le sont réellement dans l’œuvre de Toriyama. On parle désormais de saiyans, d’êtres belliqueux privilégiés par la pleine lune où ils parviennent à décupler leurs forces en se métamorphosant en singe gigantesque.
L’arrivée d’autres saiyans dont le frère de Goku, Raditz place la série à un niveau jamais égalé auparavant et cette énergie cosmique prend son envol balayant arc sur arc avec toujours plus de magnificence. (Généralement l’opposé des séries TV actuelles où plus le nombre de saisons grossit, plus l’audimat décline par perte d’intérêt)
On peut clairement avouer sans mentir que l’apparition de Vegeta et de Freezer atteignent l’apogée de la teneur et la qualité de la création de Toriyama. Non seulement la planète Terre est la destination de toute créature venant de dehors mais devient le royaume à détruire.
Une autre facette repose sur l’immortalité et les notions bouddhiques, l’auteur enclin à accentuer sans cesse son univers par le biais du paradis et des enfers. Les personnages clés meurent à plusieurs reprises et se voient ainsi ressuscités à l’aide des Dragon Ball.
La version française cartonne et on remercie l’équipe prestigieuse s’étant attelée à cette tâche gargantuesque. Et que dire des musiques originales qui déploient tant de vigueur et de force mentale.
Au final, on parle de plus de 550 épisodes, comprenant plus de 1000 protagonistes, de plus d’une vingtaine de films, de dizaines de milliers de statuettes dont certaines hors de prix, ainsi qu’un nombre de produits défiants absolument toute concurrence. Pas sûr honnêtement que l’Humain le plus riche du monde pourrait tout posséder !

image sur reddit : Désolé, ce souhait va au-delà de mes pouvoirs.
Notons encore que dans le cœur des japonais, Dragon Ball est considéré comme le 3ème meilleur manga de tous les temps, après Slam Dunk et Jojo Bizarre Adventure. Quoi qu’il en soit, le pays du soleil levant a perdu son maître incontesté, et qu’à l’échelle universelle, Toriyama était sans conteste le plus admiré dans son ensemble.
Il a déployé durant plus de 40 ans une bénédiction, autant dans le cœur des petits que des adultes ayant vécu à partir des années 80.
Le Maître s’en est allé et on aimerait tant dans un monde parallèle invoquer Shenron pour lui redonner vie. Chapeau l’artiste.
Sayonara Toriyama.
Coq de Combat

Au revoir Monsieur…