Scénariste : Yann Bécu
Dessinateur : Francesco Trifogli
Editeur : Les Humanoïdes Associés
Genre : Science Fiction
Sortie : le 3 janvier 2024
Avis de l’éditeur :
Depuis l’apparition du virus Morpheus, l’humanité est condamnée au sommeil vingt heures par jour. Pour tenter de survivre à ce chaos, les principales capitales ont déclaré leur indépendance dans une Europe au bord de l’implosion.
A Prague, la mercenaire Juliette tente d’offrir une vie décente à sa fille en multipliant les missions périlleuses et en prenant des drogues pour rester éveillée. Sa rencontre avec le professeur Ivanov lui redonne l’espoir d’éradiquer le virus et de sauver sa fille.
Mon avis :
An 5 de l’Ere Mopheus, à la Cité indépendante de Prague. Juliette Bach, une agente mercenaire, survit tant bien que mal. Comme tant d’autres, elle est confrontée à une réalité bien sombre : Suite à une pandémie radicale, chaque mission qu’elle accepte met sa vie en péril, au détriment de sa santé, uniquement dans le but de permettre à sa fille Chloé d’espérer un lendemain plus joyeux.
Des agents spéciaux formés à la rudesse des rues, des mercenaires reconnaissables par leur tatouage représentant une fleur au poignet droit, équipés d’armes plasma particulièrement destructrices.
Cette œuvre axée sur une SF d’anticipation régale autant qu’elle déprime. Nos éventuelles futures technologies nous permettront certes d’accéder à une aisance comme aucun de nos ancêtres n’a pu bénéficier, tout en imprégnant une froideur tangible sous bien des aspects. Dans ce contexte de noirceur, on mange peu, on dort peu et on se contente de ce qui s’offre à soi. La drogue se retrouve aux premières loges, fortement consommée autant par la plèbe que les agents de terrain, afin de rester lucides et éveillés.
Les premières pages de ce récit dévoilent le cliché robotique classique (nommé Teacher), utile à l’apprentissage des langues étrangères à la fille de Juliette. Seul hic, la machine déraille, et l’héroïne se doit de verser une somme apparemment colossale (d’une monnaie inconnue, que l’on appelle les « Units ») à un technicien peu scrupuleux. Il va sans dire que ce futur énoncé se base sur le profit et la facilité.
Ces androïdes pullulent à chaque coin de rue, voués à rendre service, ou à faire régner l’ordre. Attention d’ailleurs si vous êtes en irrégularité, cela les démangeraient de vous occire sans la moindre attention. D’autres robots, comme c’est le cas du modèle familial, agira de manière discrète, toujours programmé à rendre service, à se montrer utile et à accomplir ses tâches comme il se doit, de manière efficace et immédiate.
Pour les humains, la danse n’est guère meilleure, condamnés à dormir une majorité de la journée, ou pour certains, à se voir ingurgiter des tonnes de cachets peu fiables afin de rester éveillés. Les mœurs eux aussi se sont affublés d’un nouveau faciès, et pas des plus brillants, puisque cette société approuve des services d’escortes où il est possible, pour le client de profiter de la fille lors de son sommeil. (La drogue du viol en quelque sorte). Quant aux rebelles, puisque tout bon récit avant-gardiste comporte au minimum une faction de contestataires, ceux-ci sont identifiés en tant que « Trolls » et entreprennent leurs méfaits aux quatre coins de la cité, taguant et détruisant des édifices comme ils l’entendent.

Une fois tous ses protagonistes figurants sur l’échiquier, demeure le vaccin que tout le monde tente de s’approprier, pour le bien ou dans un but plus mesquin.
S’inspirant directement du roman de Yann Bécu, Les Bras de Morphée aux éditions L’Homme sans nom, le scénariste développe un contexte enclin à la curiosité. Que l’on apprécie ou non la SF, cette trame concoctée à cent à l’heure mérite le temps que l’on s’y attarde. L’image du monde de demain a suscité bien des efforts romanesques de la part de nombreux auteurs. L’avenir aussi incertain soit-il interfère que l’on veuille ou non avec notre monde contemporain, s’écrivant chaque jour avec une nouvelle donne et une autre saveur. Pour le meilleur, difficile à dire. Quoi qu’il en soit, qui ne dirait pas non de se retrouver dans une foire dédiée à s’accaparer une version robotique capable de balader le chien, d’éviter des accidents de la route, ou d’avoir une relation extraconjugale sans définition même de tromperie. Toutefois, tout avantage porte également son antagoniste, loin de plaire, repliant davantage l’individu dans sa coquille vide.
D’un point de vue graphique, Francesco Trifogli livre une ébauche décente, en justesse avec l’armature scénaristique. 112 planches empreintes d’une luminosité et d’une finesse de style. Nous constatons avec surprise que peu de séquences se déroulent durant la pénombre. Un excès de lumière en effet, mais jamais avec pour priorité de nous en mettre plein la vue. Car si les effets de clarté sont de mise, elles n’étincellent pas non plus d’une brillance aveuglante, mais convergent pour exprimer la réalité fade ni plus ni moins. On aurait pu espérer une variation esthétique de la part des androïdes, copies conformes les uns des autres sur la majorité de l’intrigue.
Sans réellement apporter quoi que ce soit de neuf dans la matière, Morpheus contribue cependant à tenir le lecteur sur le qui-vive, pousse également à une certaine réflexion quant à notre éventuel futur, et les moyens mis en œuvre à l’heure actuelle pour éviter le cataclysme infernal d’une technologie à double sens.
Coq de Combat






Ayant eu l’opportunité de lire le PDF de cette BD, j’ai beaucoup apprécié ce thriller pour son scénario haletant et son graphisme expressif !
Nul doute que la fin appelle une suite que je lirai avec plaisir !